La culture de Bura, aussi appelée culture de Bura-Asinda-Sikka ou système de Bura, est une culture archéologique de l'Âge du fer récent et du Moyen Âge africain identifiée dans la moyenne vallée du fleuve Niger, principalement dans le sud-ouest du Niger. Des objets présentant des caractéristiques comparables ont aussi été signalés dans les régions voisines du Burkina Faso.
Elle se développe entre le environ. Elle est connue par un ensemble de nécropoles, d'espaces rituels et de sites d'habitat caractérisés par des urnes funéraires anthropomorphes, des statuettes en terre cuite, des objets en fer et des parures. Son nom provient du site archéologique de Bura, découvert en 1975 dans la région de Tillabéri, au Niger.
Aire géographique
Les sites attribués à la culture de Bura sont répartis le long d'une partie de la moyenne vallée du Niger, entre la frontière malienne et les méandres du W du Niger. Le dossier présenté par le Niger à l'Unesco décrit une aire archéologique longue d'environ , dont la partie la mieux documentée se situe au nord-ouest de Niamey..
Le site archéologique de Bura se trouve dans le département de Téra, à environ au nord-ouest de Niamey. Il occupe un cirque naturel d'environ un kilomètre de diamètre, entouré de buttes-témoins hautes de dix à vingt mètres.
L'appellation « Bura-Asinda-Sikka » associe les noms de plusieurs sites importants. Elle ne désigne pas un peuple connu par des sources écrites, mais un ensemble archéologique défini à partir de pratiques funéraires, de formes de poteries et d'objets présentant des caractéristiques communes.
Découverte et fouilles
Le site de Bura est découvert fortuitement en 1975 lorsqu'une statuette en terre cuite est mise au jour par un habitant. En 1983, l'archéologue nigérien Boubé Gado, alors responsable du département d'art et d'archéologie de l'Institut de recherches en sciences humaines de Niamey, entreprend les premières fouilles méthodiques de la nécropole..
La zone fouillée mesure environ du nord au sud, sur d'est en ouest. Sur les protégés par une couverture métallique, environ ont été fouillés jusqu'au niveau des squelettes, situé à près de trois mètres de profondeur.
Les travaux de Boubé Gado mettent en évidence une organisation fondée sur deux pôles : la nécropole et les espaces consacrés aux cérémonies religieuses. Les résultats sont présentés en 1993 dans le catalogue de l'exposition Vallées du Niger..
Typologie des sites
On distingue trois catégories principales de sites dans l'ensemble de Bura : les nécropoles, caractérisées par des jarres-cercueils et des urnes funéraires anthropomorphes ; les espaces rituels, constitués d'amoncellements ou d'alignements de blocs de pierre formant des esplanades et des tumulus aplatis ; les sites d'habitat, plus difficiles à identifier, reconnaissables à la présence de fragments de poterie, de blocs aménagés et de déchets provenant de la taille du quartzite ou du silex.
Les nécropoles occupent généralement des emplacements protégés par le relief. À Asinda-Sikka, deux niveaux archéologiques ont été distingués. Les espaces rituels de Karey-Tondi, Jajé-Tondi et Mebera-Tondi ont livré des pieds de vases tripodes et des fragments de petits récipients cylindriques décorés.
Les sites d'habitat restent moins bien connus que les nécropoles. Leur organisation sociale, leurs activités agricoles et leurs relations avec les communautés voisines ne peuvent pas encore être reconstituées avec précision.
Chronologie
La datation de la culture de Bura repose sur des analyses de datation au carbone 14, l'étude de la stratigraphie et l'observation des dépôts éoliens qui recouvrent les nécropoles.
Le sol sur lequel repose la nécropole de Bura est antérieur au . Les urnes et les sépultures ont ensuite été recouvertes par des dépôts de sable formés après le . Ces observations conduisent à situer l'utilisation principale du site entre le .
D'autres publications proposent une chronologie plus resserrée, comprise entre le , en fonction des contextes étudiés. L'absence de datations directes pour une grande partie des objets conservés dans les collections publiques ou privées empêche d'établir une chronologie détaillée des formes artistiques.
vignette|redresse=0.6|Marqueur funéraire en terre cuite attribué à la culture de Bura.
Pratiques funéraires
Les morts étaient déposés dans des fosses, parfois accompagnés de parures, d'objets en fer et de récipients. Des urnes anthropomorphes étaient ensuite placées à l'envers au-dessus ou à proximité des sépultures. Ces récipients ne contenaient pas toujours l'ensemble du corps : certains étaient associés à des crânes, à des ossements dispersés ou à des offrandes.
Les fouilles ont permis de distinguer plusieurs formes de récipients funéraires : des vases tubulaires hauts de , surmontés d'une tête, d'un personnage debout ou d'un cavalier ; des vases hémisphériques hauts de , généralement associés à une tête modelée ; des jarres semi-ovoïdes hautes de , portant une statuette complète ou une représentation humaine.
Les figures possèdent des visages stylisés, des coiffures en relief et des scarifications modelées ou incisées. Certaines urnes représentent des caractères sexuels, tandis que d'autres prennent une forme cylindrique ou phallique. Leur signification exacte et le statut des personnes auxquelles elles étaient associées restent inconnus.
Les sépultures ont aussi livré des perles en quartzite, des anneaux de nez en laiton et des bracelets en fer ou en alliage cuivreux. Des pointes de flèche et d'autres objets en fer accompagnaient certains défunts.
Vestiges matériels vignette|redresse=0.85|Objet en pierre attribué à la culture de Bura et conservé au musée d'Art africain Arellano Alonso. Sa datation n'est pas déterminée.
Terres cuites
Les terres cuites constituent les objets les plus caractéristiques de la culture de Bura. Elles comprennent des urnes funéraires, des têtes humaines, des personnages debout, des animaux et des cavaliers.
Le dossier d'inscription sur la liste indicative du Patrimoine mondial de l'Unesco considère les statuettes équestres de Bura comme les plus anciennes représentations de cavaliers en terre cuite connues dans le bassin du Niger. Elles témoignent de la place du cheval dans les sociétés de la région, sans permettre de déterminer si l'animal était utilisé pour la guerre, le transport, le prestige social ou les cérémonies.
Les fragments de vases tripodes recueillis sur les espaces rituels diffèrent des urnes funéraires. Leur fonction pourrait être liée à la préparation ou au dépôt d'offrandes.
Objets en pierre et en métal
Les sites ont livré des outils et des déchets de taille en quartzite et en silex. Des objets polis ou sculptés en pierre sont également attribués à la culture de Bura, mais leur contexte archéologique et leur datation ne sont pas toujours connus.
Les productions métalliques comprennent des bracelets, des anneaux, des pointes de flèche recourbées et des objets en fer forgé. La présence de ces pièces confirme l'intégration des communautés de Bura aux traditions sidérurgiques de l'Afrique de l'Ouest durant le Moyen Âge africain.
Relations avec les cultures voisines
Les liens entre la culture de Bura et les autres sociétés anciennes du Sahel restent difficiles à déterminer. Des ressemblances existent avec les terres cuites anthropomorphes et équestres découvertes dans le Delta intérieur du Niger et à Djenné-Djeno.
Des perles et d'autres objets importés découverts à Bura et Asinda-Sikka montrent que les communautés de la moyenne vallée du Niger participaient à des réseaux d'échanges régionaux ou à longue distance..
Les données disponibles ne permettent pas d'établir une continuité directe entre la culture de Bura et les formations politiques postérieures telles que l'Empire du Ghana, l'Empire du Mali ou l'Empire songhaï. Les rapprochements avec les mégalithes de Tondidarou, au Mali, reposent principalement sur l'emploi de monuments funéraires et restent de simples hypothèses.
Pillage et protection
La diffusion des terres cuites de Bura dans les expositions et sur le marché international de l'art durant les années 1990 entraine une augmentation du pillage des sites. De nombreux objets sont retirés de leur contexte sans relevé stratigraphique, ce qui empêche de déterminer leur datation, leur fonction et leur association avec les sépultures.
Les urnes anthropomorphes et les statuettes de Bura figurent sur la Liste rouge des biens culturels ouest-africains en péril publiée par le Conseil international des musées. Cette liste aide les services de police, les douanes, les musées et les professionnels du marché de l'art à reconnaitre les catégories d'objets susceptibles de provenir de fouilles clandestines..
Le site archéologique de Bura est inscrit depuis le sur la Liste indicative du Patrimoine mondial au Niger. Une structure métallique protège la partie fouillée de la nécropole, mais le projet initial de création d'un musée de site n'a pas été réalisé.
Notes et références
Voir aussi Bibliographie . .
Articles connexes Site archéologique de Bura Histoire du Niger Histoire du Burkina Faso Art africain traditionnel
Liens externes
Bura Bura Catégorie:Archéologie au Niger Catégorie:Archéologie au Burkina Faso