Narcisse Orédjé, est un journaliste tchadien mort par balle le à N'Djamena, lors de la répression de manifestations contre le maintien au pouvoir du président de transition Mahamat Idriss Déby. Jeune reporter formé en France, il collabore au moment de sa mort avec la radio privée du Centre d'études pour la formation et le développement (CEFOD), à N'Djamena.

Biographie

Formation Narcisse Orédjé étudie le journalisme multimédia à l'École supérieure de journalisme de Lille (ESJ Lille), en France, où il obtient une licence.

Il termine sa formation comme major de sa promotion, une performance saluée publiquement par l'établissement après sa mort.

Pendant son cursus, il participe à des travaux collectifs d'observation de terrain, notamment une enquête publiée en 2020 sur les effets du confinement lié à la pandémie de Covid-19 au Tchad, particulièrement à N'Djamena, réalisée dans le cadre d'un carnet de reportage tenu par des étudiants de la licence journalisme multimédia de l'école.

Carrière journalistique Avant même la fin de ses études, Narcisse Orédjé travaille comme chargé des productions pour Saï Productions, une société tchadienne de communication audiovisuelle basée à N'Djamena. Il effectue également un stage de journaliste au sein du site d'information Tchadinfos, où il se consacre à la rédaction d'articles d'actualité.

Au moment de sa mort, il exerce comme reporter pour la radio du CEFOD à N'Djamena, une station privée détenue par l'Église catholique et financée notamment par un partenaire américain.

Contexte politique et mort Le , plusieurs centaines de personnes manifestent à N'Djamena et dans d'autres villes du Tchad pour réclamer la fin de la transition militaire dirigée par Mahamat Idriss Déby et un retour rapide des civils au pouvoir.

Les forces de sécurité répriment durement le mouvement, recourant aux gaz lacrymogènes et à des tirs à balles réelles, ce qui provoque de nombreux morts et blessés dans plusieurs quartiers de la capitale.

Narcisse Orédjé se trouve ce matin-là dans le quartier de Chagoua, non loin de l'ambassade des États-Unis, alors qu'il se rend à son travail.

Il est atteint par balle devant son domicile, par des individus portant l'uniforme militaire tchadien, et succombe à sa blessure après avoir été transporté à l'hôpital. Des témoins oculaires cités par une organisation internationale de défense des droits humains confirment qu'il ne participait pas à la manifestation au moment des faits.

Le Comité pour la protection des journalistes indique n'avoir pas pu établir avec certitude si Narcisse Orédjé couvre ou non l'événement lorsqu'il est abattu.

Cette journée, surnommée localement le « jeudi noir », fait au total plusieurs dizaines de morts selon les autorités tchadiennes elles-mêmes, ainsi que de nombreuses arrestations et des cas de disparition forcée dans les jours suivants.

Réactions et hommages La mort de Narcisse Orédjé est largement relayée par la presse tchadienne et internationale ainsi que par des organisations professionnelles de journalistes. L'École supérieure de journalisme de Lille, dont il est diplômé, exprime publiquement sa tristesse et présente ses condoléances à la famille du jeune homme, rappelant qu'il avait terminé sa formation comme meilleur élève de sa promotion.

L'Institut international de la presse condamne également ce qu'il qualifie d'assassinat et demande que les responsables soient identifiés et tenus pour comptables de leurs actes. Reporters sans frontières classe par la suite le décès de Narcisse Orédjé parmi les meurtres de journalistes recensés au Tchad depuis 2019, en soulignant qu'aucun de ses agresseurs n'a été arrêté.

Un rapport d'enquête publié en 2023 par l'Organisation mondiale contre la torture revient également sur les circonstances de sa mort dans le cadre d'une analyse plus large de la répression du 20 octobre 2022.

À l'occasion de l'inauguration officielle de la radio CEFOD en janvier 2023, plusieurs journalistes présents regrettent publiquement qu'aucun hommage n'ait été rendu à leur ancien collègue lors de la cérémonie.

Postérité En juillet 2025, la Maison de la presse du Tchad, à N'Djamena, organise la première édition d'un prix portant le nom de Narcisse Orédjé, destiné à distinguer des journalistes tchadiens engagés dans la défense des droits humains.

Références

Articles connexes Droits de l'homme au Tchad Médias au Tchad Radio au Tchad

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