La Ligue tchadienne des droits de l'homme, plus connue sous son sigle LTDH, est l'une des organisations non gouvernementales les plus anciennes et les plus influentes du Tchad en matière de défense des droits humains. Elle figure parmi les organisations de défense des droits humains les plus importantes du pays et revendique aujourd'hui plus de répartis sur l'ensemble du territoire tchadien.
Fondation et contexte historique La ligue naît en , dans une période marquée par l'ouverture démocratique amorcée dans plusieurs pays africains, à un moment où le processus de démocratisation s'engageait sur le continent, porté par la volonté de défendre et de promouvoir les droits humains.
Sa création précède de peu le renversement du régime d'Hissène Habré en , et s'inscrit dans un mouvement plus large de renaissance de la société civile tchadienne au sortir d'une longue période de dictature. La LTDH voit ainsi le jour la même année que d'autres structures similaires. L'Association tchadienne pour la promotion et la défense des droits de l'Homme (ATPDH), elle, ne sera fondée que deux ans plus tard, en 1993.
Parmi les artisans de cette fondation figure Dobian Assingar, alors jeune haut fonctionnaire de retour de ses études en France, qui devient l'un des cofondateurs de l'organisation et l'un des artisans du renouveau démocratique tchadien. La ligue joue rapidement un rôle central dans la vie politique du pays : elle contribue activement, en 1993, à la mise en place d'une conférence nationale souveraine chargée de sortir le Tchad de la dictature.
Quelques années plus tard, aux côtés de nombreuses autres organisations tchadiennes et avec l'appui de la Banque mondiale, la LTDH obtient que les revenus tirés de l'exploitation pétrolière, entamée en 2003, bénéficient au développement du pays, un combat qui débouche sur la création d'un collège de contrôle et de surveillance des revenus pétroliers, au sein duquel elle obtient une représentation permanente pour la société civile.
Missions et domaines d'intervention L'organisation affiche pour ambition la construction d'un État de droit et d'une société démocratique où chaque citoyen dispose d'une pleine connaissance de ses droits et de ses devoirs. Pour y parvenir, elle œuvre à la défense et à la promotion des droits inscrits dans les textes internationaux et nationaux, contribue à garantir l'indépendance de la justice et milite pour une bonne gouvernance, tant au niveau tchadien qu'africain et mondial.
Son champ d'action recouvre plusieurs volets. Elle mène un travail d'éducation civique et de sensibilisation aux droits humains et à la citoyenneté, et s'implique dans les questions de gouvernance, notamment l'observation électorale et la lutte contre l'impunité et la corruption. Elle intervient également dans le champ de la consolidation de la paix, en particulier sur les tensions liées au retour de Tchadiens depuis la République centrafricaine, aux réfugiés centrafricains eux-mêmes.
Ses activités sont financées par des projets soutenus par des bailleurs tels que l'Union européenne ou l'Allemagne, ainsi que par des contributions individuelles.
L'affaire Hissène Habré et la lutte contre l'impunité La LTDH s'est fortement engagée aux côtés de l'ATPDH dans le combat judiciaire mené contre l'ancien dictateur Hissène Habré, accusé de crimes contre l'humanité et de torture durant son règne entre 1982 et 1990, période durant laquelle une commission de vérité a établi que son régime avait été responsable de à motivation politique.
L'avocate Jacqueline Moudeina, figure centrale de ce combat, a porté plainte en 2000 contre Habré tant au Sénégal, où il s'était réfugié, qu'au Tchad, contre ses agents de sécurité, à une époque où d'autres avocats tchadiens refusaient de s'impliquer.
Cette bataille judiciaire aboutit finalement en 2016 à la condamnation d'Hissène Habré pour crimes contre l'humanité, crimes de guerre et torture.
Répression et harcèlement des militants Tout au long de son histoire, la LTDH et ses responsables ont fait l'objet de nombreuses formes de représailles de la part des autorités tchadiennes. En , l'organisation est publiquement accusée d'être une structure de « traîtres et de mercenaires » pour avoir maintenu des contacts avec Radio France Internationale et l'Agence France-Presse, ses membres et dirigeants ayant même été menacés d'être tués un par un après l'élection présidentielle du .
Lors des événements de février 2008 à N'Djamena, plusieurs responsables d'associations de défense des droits humains, dont des figures liées à la LTDH, sont contraints à la clandestinité ou à l'exil, à l'image de Dobian Assingar, cofondateur de la ligue et directeur de la radio privée FM Liberté, fermée sur ordre du ministère de l'Intérieur le 16 janvier 2008.
Les années suivantes sont marquées par une succession d'actes d'intimidation contre les cadres de l'organisation. En 2012, le domicile de Dobian Assingar, alors président d'honneur de la ligue, est visité par des hommes armés en tenue militaire prétendant rechercher un véhicule volé, quelques jours seulement après que sa consœur de l'ATPDH, Jacqueline Moudeina, eut été agressée devant chez elle.
En 2016, Dobian Assingar est révoqué sans motif valable de son poste de directeur administratif et financier de l'Office national de développement rural, un renvoi que l'Observatoire pour la protection des défenseurs des droits de l'Homme relie directement à ses prises de position publiques en faveur des libertés fondamentales. En , il est de nouveau convoqué par la police judiciaire de N'Djaména en raison de ses activités au sein du Mouvement pour l'éveil citoyen.
En , à la veille de l'élection présidentielle, Maxvelt Yogangnan Loalngar, alors président de la LTDH, est arrêté arbitrairement avec Mahamat Nour Ahmat Ibedou, secrétaire général d'une autre organisation de défense des droits humains, en marge d'une manifestation pacifique contre un sixième mandat du président Idriss Déby Itno.
En , Baldal Oyamta, coordinateur national de la ligue, échappe à une tentative d'assassinat à N'Djamena, après avoir déjà reçu, en , une vingtaine de messages de menaces liés à ses travaux sur l'accaparement des terres.
Répression du 20 octobre 2022 Le , des manifestations pacifiques organisées dans plusieurs villes du pays pour dénoncer le maintien au pouvoir du général Mahamat Idriss Déby Itno et la prolongation de la période de transition sont violemment réprimées par les forces de défense et de sécurité, qui ouvrent le feu à balles réelles sur les manifestants, causant de nombreux morts et blessés.
Entre le et le , des équipes de la LTDH parviennent à documenter et à vérifier d'exécutions délibérées de manifestants et de militants de l'opposition par les forces de défense et de sécurité, et recensent dans les morgues et hôpitaux de N'Djamena et de Moundou portant des impacts de balles au front, à la poitrine ou dans le dos. Parmi les victimes figure le journaliste Narcisse Orédjé, abattu devant son domicile alors qu'il se rendait à son travail.
En , six mois après ces événements, l'OMCT et la LTDH publient conjointement un rapport d'enquête intitulé « Ils ont enlevé trois de mes fils », fondé sur trois mois d'investigations à N'Djamena et dans les villes de Moundou, Mongo, Doba et Koumra, et sur une cinquantaine de témoignages. Ce rapport établit que la répression a causé la mort de , des dizaines de cas de torture, des centaines de blessés, au moins forcées et .
Gouvernance et dirigeants La direction de la LTDH a connu plusieurs figures marquantes au fil des décennies. Dobian Assingar, cofondateur de la ligue, en a assuré la présidence avant de devenir président d'honneur et délégué permanent de la FIDH auprès de la Communauté économique et monétaire de l'Afrique centrale (CEMAC) ; il est également le tout premier directeur de la radio FM Liberté.
Baldal Oyamta occupe pendant plusieurs années la fonction de coordinateur national de l'organisation. Maxvelt Yogangnan Loalngar, avocat également porte-parole de la coalition citoyenne Wakit Tama, préside la ligue au moins jusqu'en 2023, période durant laquelle il vivait en exil à la suite des manifestations meurtrières d', déclarant que son éventuel retour au pays servirait uniquement à poursuivre le combat qu'il avait engagé.
Depuis 2023-2024, la présidence de la LTDH est assurée par Adoum Mahamat Boukar.
Références
Articles de presse
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