vignette|Toto avec un keffieh devant un tag anarchiste lors du premier mai 2026 à Paris Les anarchistes autonomes, aussi appelés anarcho-autonomes ou totos, sont un type d'anarchistes et d'autonomes correspondant plus ou moins à la deuxième partie de l'histoire du mouvement autonome (2000-présent). Ils sont caractérisés par leur abandon du marxisme ou du communisme qui marquaient les premières générations d'autonomes pour rejoindre le mouvement anarchiste.
Au départ, le mouvement autonome est exclusivement marxiste, mais il évolue progressivement vers l'anarchisme, qu'il redécouvre au fil des générations. En France et en Europe de l'Ouest, ces deux mouvements convergent largement à partir de la fin des années 1990, notamment au travers de stratégies communes, comme le black bloc, l'action directe, la mise en place d'assemblées générales ou de squats et leur adhésion croissante au même héritage historique et théorique.
Les anarchistes autonomes commencent à être remarqués par l'État français au tournant des années 2000 ; ils s'engagent dans une série de pratiques allant du sabotage à la mise en place de zones autonomes, et à une pluralité de formes d'action contre l'État et le capitalisme. Ils se répandent pendant la première moitié du siècle, et si certains de leurs premiers groupes, comme les appellistes, conservent des positionnement ambigus vis-à-vis de l'anarchisme, cette situation évolue au cours des années 2010, en réponse à la répression étatique qui les vise. D'abord en large conflit avec les institutions anarchistes traditionnelles en France, des rapprochements croissants s'effectuent dans ces mêmes années. Très actifs dans les ZADs puis au sein des Gilets jaunes, ils gagnent une importance croissante au sein de l'extrême gauche en France, une situation actée depuis les années 2010-2020, lorsqu'ils parviennent par exemple à éliminer la CGT de la manifestation du 1er mai, l'accusant d'être réformiste et complice du pouvoir.
Sociologie Contrairement aux idées reçues propagées par le Parti communiste français depuis les années 1970 pour discréditer les autonomes, les militants anarchistes autonomes sont loin de tous être des enfants de bourgeois. En réalité selon Sylvain Boulouque, spécialiste de l'extrême gauche en France, une telle étude n'a jamais été menée, et il est donc impossible d'évaluer la sociologie des individus concernés. Selon ses analyses, il s'agit surtout d'un issu des thèses du PCF.
Histoire Contexte Le mouvement autonome est un mouvement marxiste contestataire apparu pendant les années 1960 et 1970 en Italie. Il s'agit d'un mouvement issu de réflexions marxistes antiautoritaires à l'origine. En Italie, il concerne surtout des ouvriers marxistes souhaitant se séparer des structures communistes vues comme trop autoritaires, comme le Parti communiste italien. À la suite d'un développement réunissant des centaines de milliers de travailleurs, le mouvement italien disparaît, emporté par une répression de plus en plus importante. vignette|Tag d'un ou une anarchiste autonome en France (2026) Le mouvement autonome se répand ensuite en Europe, surtout en Allemagne et en France, où il commence à toucher une démographie plus jeune et plus marginalisée, toujours sur des bases marxistes. Là, les pratiques adoptées par ces groupes sont plus radicales, certains se réunissent ainsi dans des groupes de nature terroriste comme Action directe (AD) ou la Fraction armée rouge (FAR). À partir de la seconde moitié des années 1980 cependant, plusieurs dynamiques minent ces deux mouvements autonomes : d'une part, les K-Groups commencent à être réintégrés dans l'État ouest-allemand et disparaissent par la suite ; ce processus est en partie entraîné par la légalisation des squats en Allemagne de l'Ouest à partir de 1984. D'autre part, les actions terroristes de groupes comme Action directe aliènent les autonomes plus modérés en France, qui quittent le mouvement.
Entre la fin des années 1980 et 1991, l'URSS et ses États satellites, le bloc de l'Est, traversent une série d'événements qui mènent à leur effondrement et à la réunification de l'Allemagne en un seul État. Parallèlement à ces développements géopolitiques majeurs sur la scène mondiale, d'autres dynamiques prennent forme au sein de l'extrême gauche, notamment le discrédit croissant du marxisme-léninisme et des formes de socialisme d'État en général. Cela conduit, entre autres, à la renaissance du mouvement anarchiste, qui progressivement ces tendances opposées au sein de l'extrême gauche et regagne une importance de plus en plus centrale en son sein, selon les historiens Spencer Beswick et l'historien marxiste Max Elbaum.
Au cours de ces années, une stratégie est propagée par le mouvement anarchiste renaissant : le black bloc. Bien que le mouvement autonome soit dans une période de déclin interne durant les années 1990, cette stratégie exerce une influence durable sur lui.
Histoire des anarchistes autonomes vignette|Tag d'un ou une toto lors du premier mai 2026 à Paris - un appel pour Louise Michel lors des élections françaises de 2027 Au tournant du siècle, plusieurs mobilisations poussent les anarchistes et les autonomes dans les mêmes luttes, notamment au sein du mouvement altermondialiste, particulièrement lors de la bataille de Seattle (1999) ou des manifestations anti-G8 à Gênes (2001), où les deux participent largement au black bloc, puis lors de mobilisations ultérieures en Europe dans les années 2000.
En réalité, cette dynamique de rapprochement croissant n'est pas entièrement nouvelle, car les autonomes des générations précédentes, essentiellement marxistes, ont progressivement, et dès les années 1970, redécouvert l'anarchisme et commencé à réintégrer de plus en plus certaines de ses pratiques et idées. Dès 2000, les services de renseignement français font état de ce qu'ils nomment le mouvement (en abrégé : ), qui occupe alors une place relativement marginale dans un rapport ; huit ans plus tard, ce mouvement occupe une place centrale dans leurs rapports. Ces convergences s'accompagnent d'un abandon progressif des traditions marxistes et communistes qui ont marqué les origines du mouvement autonome.
En 2006, le mouvement contre le CPE rassemble de nouveau ces mêmes forces de plus en plus unitaires. Puis, deux ans plus tard, alors même que les rapports des services de renseignement français sont de plus en plus alarmistes à leur sujet et les soupçonnent de vouloir mettre en place des actions de terrorisme international, l'affaire de Tarnac, une affaire de sabotages de caténaires, se produit, impliquant les appelistes, qui sont alors un des principaux sous-groupes (bien qu'adoptant des positions ambigües vis-à-vis de l'anarchisme) de cette tendance émergeante. vignette|Camion anarchiste autonome durant la manifestive du 6 juin 2026 à Nantes
Au tournant des années 2010, de nouvelles mobilisations impliquent largement les anarchistes autonomes, dont, le mouvement des Zones à défendre (ZADs), au premier rang desquelles figure Notre-Dame-des-Landes (2009-2018), une occupation et zone anarchiste autonome créée pour résister à la volonté de l'État français d'y bâtir un aéroport. À partir de ces années au moins, les développent la structure des assemblées générales (AGs), qui rassemble une série d'individus sans affiliation politique officielle, sans élus, et tenues de manière autogestionnaire - où toute personne a le droit à la parole à condition que ses propositions et interventions ne rompent pas la structure anti-autoritaire du rassemblement. La chercheuse Manon Him-Aquilli donne un exemple de convocation à un tel rassemblement pour une AG de Notre-Dame-des-Landes, qui déclare :Notre collectif est une structure ouverte à toutes celles et ceux qui viennent aux AG. Il n'y a pas d'encartage, pas de structure autre que l'AG régulière et les “commissions" qui sont totalement autogérées, et de manière complètement horizontale, sans bureau, ni membres élus ni quoi que ce soit. Nous ne sommes pas une association loi 1901 ! vignette|Pancarte anarchiste autonome prise en photographie par la compagnonne Mel à Nantes (2026) Au départ, les organisations anarchistes traditionnelles en France, comme la Fédération anarchiste (FA) ou la Confédération nationale du Travail (CNT), voient les anarchistes autonomes avec suspicion et rejet ; une position qui est partagée en sens inverse, les liens étant relativement distendus voire même conflictuels. Cela est aussi dû, selon l'historien anarchiste lui-même proche des milieux , Francis Dupuis-Déri, à un individualisme dogmatique que ceux-ci peuvent avoir, et un rejet systématique à cette période de ces organisations. Malgré ces oppositions originelles qui se poursuivent en partie jusqu'aux années 2020, la situation évolue pendant les années 2010 vers une plus grande porosité entre les deux, si bien qu'il note que des individus peuvent, en 2018, tout à fait évoluer entre anarchisme autonomisme et ces organisations au cours de sa vie voire même au sein d'une même mobilisation.
En 2016, la mobilisation et la répression des revendications anarchistes lors du passage de la loi El Khomri provoque en effet deux dynamiques, selon Isabelle Sommier ; d'une part, une nouvelle génération de militants commence à rejoindre le mouvement, et, d'autre part, les organisations syndicalistes (dont la CNT fait partie) voient avec de plus en plus de sympathie le black bloc et ses militants, vus de manière croissante comme souhaitables et utiles. Des conflits naissent cependant de manière croissante entre et syndicats réformistes, comme la CFDT, dont les locaux sont visés pendant cette mobilisation comme complices de l'État français et du capitalisme. vignette|Logo du Bloc Lorrain - incluant un A cerclé Vers la fin de la ZAD de Notre-Dame-des-Landes, de graves conflits opposent les appellistes, qui ont une relation ambiguë et critique de l'anarchisme et les autres autonomes anarchistes plus jeunes et plus radicaux, qui eux souhaitent rester sur des lignes idéologiques anarchistes. Ces conflits ont pour fondement plus pragmatique la proposition faite par l'État français de négocier avec les zadistes et de les faire propriétaires des terres occupées en échange du fait de leur donner leur identité ; une position acceptée par les appelistes mais repoussée par ces autres groupes. Leurs conflits internes s'achèvent par de la violence physique entre militants et la fin de la ZAD.
Les anarchistes autonomes participent largement au mouvement des Gilets jaunes, qui se déclare à partir de 2018 en France, et se poursuit les années suivantes. Ils sont à la fois critiques du caractère raciste, homophobe, etc, de certaines revendications, mais décident d'y participer tout de même pour éviter qu'il ne soit repris par l'extrême droite. De manière générale, on trouve deux pôles anarchistes opposés au sein des Gilets jaunes, où ils cherchent à occuper une place centrale ; d'une part, une orientation fermée, cherchant à transmettre l'idéologie anarchiste à tous les Gilets jaunes possibles, d'autre part, une orientation plus ouverte, qui admet les différences politiques à condition de poursuivre les actions de nature insurrectionnelle - et donc anarchistes. De larges convergences existent entre les anarchistes autonomes et les Gilets jaunes : par exemple, le Bloc lorrain, réunissant surtout des Gilets jaunes et arborant un logo où l'on trouve un A cerclé, se situe à la jonction entre les deux.