Le désigne le principe selon lequel la véritable beauté d'un objet naît de son usage. Selon Yanagi Sōetsu, un objet fabriqué pour être utilisé quotidiennement possède une beauté intrinsèque qui ne dépend ni de l'ornementation, ni de la recherche d'un effet artistique, mais de l'adéquation entre sa forme, sa fonction et sa fabrication.
Le terme est parfois rapproché de l'expression yō soku bi (用即美), littéralement « l'utilité est beauté », utilisée dans les études consacrées à l'esthétique de Yanagi.
Origine Le concept est développé dans les années 1920-1930 par Yanagi Sōetsu (1889-1961), fondateur du mouvement mingei (« arts populaires »). En réaction à la valorisation des beaux-arts et de l'œuvre individuelle, Yanagi soutient que les objets artisanaux du quotidien possèdent une valeur esthétique propre précisément parce qu'ils ont été conçus pour être utilisés. Il privilégie les objets anonymes, produits par des artisans, simples, robustes et destinés à la vie quotidienne.
Principes Selon Yanagi, la beauté d'un objet utilitaire ne résulte pas de la recherche d'un effet esthétique, mais découle naturellement de plusieurs qualités :
l'adaptation à une fonction précise ; la simplicité de la forme ; la sincérité de la fabrication ; la qualité des matériaux employés ; la répétition d'un savoir-faire transmis par la tradition.
Dans cette perspective, la beauté n'est pas opposée à l'utilité ; elle en est la conséquence. Un objet conçu pour être bien utilisé acquiert progressivement une beauté qui lui est propre.
Application à la céramique La céramique constitue l'un des domaines où le yō no bi s'exprime avec le plus de force. Les bols à thé (chawan), théières (kyūsu), bouteilles à saké (tokkuri) ou récipients domestiques illustrent cette esthétique : leur beauté provient autant de leur ergonomie que de leur matière, de leur équilibre et de leur aptitude à l'usage quotidien.
Cette conception conduit également à valoriser les irrégularités produites par le façonnage, la cuisson ou le vieillissement de la pièce, dans la mesure où elles résultent naturellement du processus de fabrication et ne compromettent pas sa fonction. Elle explique en partie l'intérêt porté à des notions telles que le keshiki, le tsuchi aji ou les transformations de cuisson (yōhen).
Influence Le yō no bi constitue l'un des fondements de l'esthétique du mouvement mingei. Son influence s'étend bien au-delà de la céramique et concerne également les textiles, la laque, le bambou, le bois ou encore le mobilier. Plus largement, ce principe a contribué à renouveler la réflexion sur les rapports entre artisanat, fonction et beauté dans le Japon du .
Voir aussi Céramique japonaise
Références
Catégorie:Concept esthétique de la céramique japonaise