Selon la Bible, David et Salomon sont deux rois qui ont régné sur Israël vers le
L'article ci-dessous présente un inventaire des principales interprétations des données archéologiques concernant leur époque. Pour les données archéologiques voir l'article Données archéologiques sur David et Salomon. Pour les aspects autres que les données archéologiques, on se reportera aux articles David et Salomon.
Problèmes chronologiques Les dates reconstruites d'après la Bible et reposant uniquement sur le texte biblique, ne sont pas utilisées en archéologie (la date du début du règne de David va de -1050, d'après James Ussher, à -960, d'après E. Bullinger).
Les dates utilisées par les archéologues pour les rois, personnages et événements bibliques, après Salomon, s'appuient en grande partie sur les relations avec les chronologies assyriennes (reconnues fiables entre 912 et 648), reposant sur des événements astronomiques et mentionnant des rois d'Israël et des événements décrits dans la Bible (les Assyriens entrent en contact en 853 avec les Israélites). Ainsi les conquêtes assyriennes de 732 et 701 sont attestées à la fois par des archives assyriennes et la Bible et correspondent à des strates archéologiques précises de nombreux sites de la terre d'IsraëlG. Galil, "The Chronology of the Kings of Israel and Judah", Brill, 1996Amihai Mazar, The debate over the chronology of the iron age, in The Bible and Radiocarbon Dating'. Archaeology, Text and Science, Equinox Publishing Ltd, p.26, 2005..
Pour les périodes plus anciennes de l'histoire de la terre d'Israël, les archéologues font principalement des corrélations avec les chronologies égyptiennes. Ainsi, le douzième siècle est associé avec la vingtième dynastie, la fin par destruction de certaines strates correspondant aux règnes des Ramsès IV à VI.
Les règnes de David et Salomon se situent avec certitude entre les deux événements ci-dessus. En remontant à partir de la bataille de Qarqar en 853, David aurait régné de -1010 à -970, et Salomon de -970 à -930. Ce sont les dates utilisées par les archéologuesHandbook of Biblical Chronology by Jack Finegan (Revised edition, 1998), K.A. Kitchen, "On the reliability of the old Testament", Grand Rapids : Eedermans, 2003.
La campagne de Sheshonq en Palestine en 925 sert également de marqueur chronologique, Sheshonq étant traditionnellement assimilé au pharaon Shishak de la Bible, intervenu en Palestine peu après le règne de Salomon.
Archéologiquement, ces datations permettent d'associer la monarchie unifiée au et lui font correspondre des constructions précises. Mais il existe un débat important sur la chronologie de ce siècle, introduit par la proposition d'Israël Finkelstein de décaler les datations des poteries. Selon la chronologie utilisée, l'ampleur des constructions et l'étendue du royaume de cette époque sont radicalement différentes. La chronologie basse décale les bâtiments autrefois attribués à Salomon vers la dynastie des Omrides. En 2005, une présentation des principales analyses des désaccords de datation ainsi que des apports des datations au C14 est publiée dans : T. Levy and T. Higham, editors, "Radiocarbon Dating and the Iron Age of the Southern Levant : The Bible and Archæology Today", Londres, 2005 (27 contributions, 448 pages)..
Généalogie des différentes chronologies La chronologie conventionnelle
Cette chronologie est issue de l'école d'archéologie biblique de William F. Albright et Yigaël Yadin dans les années 1960, qui situaient le Fer IIA au Les difficultés à fouiller l'intérieur de Jérusalem pour trouver des traces archéologiques de la monarchie unifiée ont poussé les spécialistes à orienter leurs recherches vers les sites de trois autres anciennes cités : Hazor, Megiddo et Gézer. La Bible les mentionne explicitement dans le premier livre des Rois (9,15)« Voici ce qui concerne la corvée que le roi Salomon leva pour construire le Temple de Yahvé, son propre palais, le Millo et le mur de Jérusalem, Haçor, Megiddo, Gézèr ». in Bible de Jérusalem.
Megiddo est la première de ces cités à faire l'objet dès 1920 de fouilles intensives, conduites par l'Oriental Institute de l'université de Chicago. À l'époque, les équipes travaillaient, selon l'expression usuelle depuis, une pioche dans la main et la Bible dans l'autre, la Bible étant la référence chronologique pour les fouilles du Proche-Orient. Ces vestiges furent donc datés de l'époque de Salomon. Cette mission archéologique dégagea deux séries de larges bâtiments publics, édifiés d'après un plan singulier. Chacun de ces édifices était composé de longues structures rectangulaires, attachées les unes aux autres, en rangées. Chacune de ces structures comprenait trois longues travées, séparées par des rangées de piliers en pierre de taille, alternant avec des cuves de pierre. Le directeur de l'expédition, Philip Langstaffe Orde Guy, identifia ces bâtiments comme des écuries et les data de l'époque de Salomon. Le lien qu'il voyait entre ces édifices à piliers, les références aux travaux salomoniques de construction de Megiddo (1 Rois 9,15) et la mention des villes de la charrerie et de la cavalerie de Salomon (1 Rois 9,19"toutes les villes-entrepôts qu'avait Salomon, les villes de chars et de chevaux, et ce qu'il plut à Salomon de construire à Jérusalem, au Liban et dans tous les pays qui lui étaient soumis." - Traduction Bible de Jérusalem) justifiait à ses yeux cette identification.
Au milieu des années 1950, Yigael Yadin, de l'université hébraïque, se mit à fouiller Haçor, autre cité liée au règne de Salomon. Ce site est le plus vaste tertre biblique d'Israël. Situé au nord du lac de Tibériade, il comporte des couches d'occupation qui remontent au Bronze Ancien. Dans une aire de fouille, Yadin et son équipe dégagèrent la porte d'une cité datant de l'âge du fer. De chaque côté d'un corridor central, trois salles se succèdent, précédées d'une tour. D'emblée, Yadin nota la similitude - plan et dimensions - entre cette porte et celle qui avait été exhumée à Megiddo. Cela lui parut confirmer le verset biblique sur les activités de Salomon à "Haçor, Megiddo et Gézer".
En étudiant le rapport de fouilles de l'archéologue britannique du début du siècle R.A.S. Macalister sur la ville de Gézer, Yadin découvrit les tracés d'un édifice qui avait été décrit par le fouilleur comme étant un "château macchabéen". À l'intérieur, l'ensemble semblait correspondre à un plan d'architecture semblable à l'un des côtés des portes de Megiddo et Haçor. À partir de ce moment-là, Yadin émit la théorie qu'un architecte à la cour du roi Salomon avait appliqué le même plan pour ces trois villes.
Toutefois une contradiction majeure apparaissait : les portes étaient attachées à des fortifications de types différents. À l'âge du fer, on construisait deux genres de remparts : le mur plein, de pierres ou de briques avec des renforts intérieurs et extérieurs, le "mur à casemates". Les portes de Haçor et de Gézér étaient reliées à un mur à casemates, tandis qu'à Meggido, la porte était reliée à un mur plein, ce qui remettait en question la théorie du plan unique. Convaincu que le récit biblique ne pouvait mentir, Yadin décida de se rendre à Megiddo avec une nouvelle équipe pour vérifier la stratigraphie. Découvrant un élégant palais sous les écuries et le mur plein se dressant en bordure du tertre, Yadin pensa qu'il s'agissait du mur à casemates "manquant", qui avait été construit (d'après lui) avec la porte en triple tenaille.
Un autre palais fort ressemblant ayant été dégagé, par l'équipe précédente de l'Oriental Institute, de l'autre côté du tertre, et se situant en dessous de la cité aux "écuries", Yadin fut incité à croire qu'il venait de découvrir les vestiges de la splendeur salomonique. Cette ville comportait des traces d'un incendie important, qui fut relié par Yadin à la campagne du pharaon Sheshonq . Cette expédition se trouve à la fois dans la Bible (1 Rois 14, 25-26) et sur l'un des murs du temple d'Amon, à Karnak, en Haute-Égypte. La présence d'un fragment de stèle érigé par Sheshonq à Megiddo fut reliée à ce passage biblique malgré l'absence d'un contexte stratifié ou daté.
Les sites furent donc attribués à Salomon en raison d'une lecture littérale de trois versets bibliques, en dehors de toute approche de la critique littéraire de l'exégèse biblique. Une vingtaine d'années plus tard, cette chronologie allait être progressivement abandonnée.
La nouvelle chronologie ou « chronologie basse » À partir de 1970, l'archéologie biblique sort de sa vision restrictive limitée au texte biblique, et commence à appliquer les méthodes de l'archéologie moderne. Pour la première fois, les archéologues qui sondaient la terre biblique cessèrent de voir dans chaque découverte exhumée une simple illustration de la Bible. Se tournant vers les méthodes des sciences sociales, ils se mirent en quête de la réalité humaine qui se cache derrière le texte. En adoptant les méthodes employées par les archéologues et les anthropologues dans d'autres régions du monde, un nombre croissant de chercheurs tentèrent de comprendre comment l'interaction entre l'élément humain et l'environnement naturel, complexe et morcelé, de la terre d'Israël avait favorisé l'éclosion d'un système social, d'une religion et d'un testament spirituel uniques au mondeLa Bible dévoilée, Israël Finkelstein & Neil Asher Silberman, Bayard, 2002, page 45.
Si ces travaux étaient connus dans la communauté scientifique, le grand public n'eut principalement connaissance de ces changements que par la publication en 2001 du livre d'Israël Finkelstein et Neil Asher Silberman, La Bible dévoilée. En outre, la période des rois David et Salomon était explorée plus en profondeur dans le livre qui suivit en 2006 : Les rois sacrés de la Bible.
L’archéologie biblique avait déterminé que le plus gros des vestiges archéologiques de la Jérusalem de David et de Salomon était situé au sommet du promontoire, dans la zone du mont du Temple, et que les activités de construction de grande ampleur menées par Hérode le Grand à l’époque romaine avaient enseveli ou effacé toute trace d’installation davidique ou salomonique. Cependant si Jérusalem était une capitale royale animée d’une intense activité quotidienne, une partie au moins de ses déchets auraient dû se conserver. Les pentes des tertres des anciennes cités du Proche-Orient servaient de décharges aux habitants ; à l’extérieur des murailles, on trouve d’épaisses couches d’ossements, des matériaux de construction, et des tessons en abondance. Malheureusement, les fouilles approfondies des versants sud et sud-ouest du mont du Temple n’ont permis de mettre au jour qu’une poignée de tessons datant du Les Rois sacrés de la Bible, Appendice B, Israel Finkelstein et Neil Asher Silberman, Bayard.2006.
Bien que cette partie de Jérusalem se soit révélée riche en impressionnantes trouvailles archéologiques, elles ne correspondaient pas à la chronologie du récit biblique. Malgré le fait que le site ait été occupé de façon continue depuis le Chalcolithique ( avant notre ère) et jusqu’à nos jours, avant l’époque romaine, il n’a connu que deux périodes majeures de constructions et d’expansion dont aucune ne correspond aux règnes de David et Salomon: Au Bronze moyen, soit six ou sept siècles avant l’époque présumée de David A la fin du début du , donc deux à trois cents ans après David et Salomon.
Face à ce trou chronologique et l’absence d’indice permettant d’y voir la présence d’une opulente cité et la capitale d’un vaste royaume, telle que le récit biblique la décrit, les archéologues et les historiens ont commencé à remettre sérieusement en question la qualité de « Grand Constructeur » attribuée à David, et cela à partir de 1990La Bible et l’invention de l’histoire, Mario Liverani, Bayard, pp.136-141, 2008.