La Moufette d’Amazonie (Conepatus amazonicus syn. Conepatus semistriatus amazonicus) également connue sous le nom de Moufette de Qitto, est une espèce de mammifère carnivore de la famille des Méphitidés. Ce conépate (Méphitiné du genre Conepatus) serait, selon les bases de données taxonomiques, soit une sous-espèce du Conépate rayé (Conepatus semistriatus) selon , soit une espèce distincte selon .

Dénominations Nom scientifique valide : Conepatus amazonicus (H. Lichtenstein, 1838) selon ; Nom normalisé anglais : Amazon Hog-nosed Skunk ; Nom recommandé en français : Moufette d’Amazonie ; Noms vulgaires : Moufette de Qitto (Moufette de Quito), Zorra de Quito ; Noms vernaculaires : Atok, Conépate, Moufette (ou Mouffette). Taxonomie

Description originale et localité type L'espèce a été décrite pour la première fois scientifiquement en 1811 par le naturaliste allemand Alexander von Humboldt dans son ouvrage Recueil d'observations de zoologie et d'anatomie comparée. Humboldt relate y avoir observé et mesuré un spécimen mâle tué près de Calpi, dans les hautes savanes de Louisa, au pied du Chimborazo, au sein de la région froide du royaume de Quito (actuel Équateur). Localement désigné sous le nom d'« Atok » par les indigènes quichuas ou de « Zorra » par les Créoles, l'animal est décrit par l'auteur sous la diagnose latine de . Humboldt caractérise l'espèce, qu'il nomme la « zorra de Quito », par son corps entièrement noir orné de deux bandes blanches longitudinales s'étendant du sommet de la tête jusqu'à l'origine de la queue, cette dernière étant extrêmement touffue, bicolore et représentant environ un tiers de la longueur totale du corps. Le naturaliste souligne également les mœurs nocturnes de cette moufette, son habitude de piller les cultures de pommes de terre (Solanum tuberosum) pour y débusquer des insectes ainsi que la possession de puissantes glandes anales sécrétant une odeur fétide redoutable, bien que jugée légèrement moins tenace que celle de Viverra mapurito (le Conépate rayé).

En 1838, le médecin et zoologue allemand Martin Hinrich Carl Lichtenstein décrit à son tour l'espèce sous le nom de Mephitis amazonicaLichtenstein, H. (1838). Über die Gattung Mephitis. Abhandlungen der Königlichen Akademie der Wissenschaften zu Berlin 1832, 249-312., en indiquant pour seule localité type : « habite dans la région du fleuve Amazone ». Le collecteur d'origine, un voyageur nommé Mawe (ou Mauve), avait parcouru les États brésiliens de Ceará, Maranhão et ParáTate, G. H. H. (1939). The mammals of the Guiana region. Bulletin of the American Museum of Natural History 76: 151-229.. En raison de l'immensité de la région drainée par l'Amazone, la localité type a été restreinte par la suite au « Sitio Barreiros, municipalité de São Benedito, État de Ceará, Brésil »Cabrera, A. (1958). Catálogo de los mamíferos de America del Sur. Revista del Museo Argentino de Ciencias Naturales “Bernardino Rivadavia”, Ciências Zoológicas 4(1):1-307., zone dont provient le matériel type de référence (sous le code MN 29990 — neotype) déposé au Musée national du Brésil à Río de JaneiroAnderson Feijó & Alfredo Langguth (2013). Mamíferos de médio e grande porte do Nordeste do Brasil: distribution e taxonomie, com descrição de novas espécies. Rev. Nordestina Biol. Vol.22 Nº.1..

Systématique moderne Bien que les populations de conépates du centre et de l'est du Brésil aient été historiquement identifiées sous le nom de Conepatus semistriatus (que l'on croyait répartie de manière continue depuis le Mexique jusqu'au nord-est du Brésil)Eisenberg, J. F. (1989). Mammals of the Neotropics: the northern Neotropics. University of Chicago Press, Chicago, U.S.A.Eisenberg, J. F. and Redford, K. H. (1999). Mammals of the Neotropics: the central Neotropics (Ecuador, Peru, Bolivia, Brazil). University of Chicago Press, Chicago, U.S.A., les révisions génétiques et zoogéographiques récentes ont permis de valider l'utilisation du nom spécifique Conepatus amazonicus pour désigner ces populations.

En effet, les populations de C. semistriatus au sens strict n'occupent que le nord-ouest de l'Amérique du Sud (jusqu'en Colombie et à l'ouest du Venezuela)Hall, E. R., and Kelson, K. R. (1959). The mammals of North America. v. 1-2. Ronald Press Company, New York. 1083 p.Handley, C. O. (1976). Mammals of the Smithsonian Venezuelan Project. Brigham Young University Science Bulletin, Biological Series 20:1-89.. Elles sont séparées des moufettes du nord-est du Brésil par les GuayanesHusson, A. M. (1978). The mammals of Suriname. J.E. Brill, Leiden. 569 p.Voss, R. S., Lunde, D. P and Simmons, N. B. (2001). The mammals of Paracou, French Guiana: a Neotropical lowland rainforest fauna. Part 2. Non volant species. Bulletin of the American Museum of Natural History 263: 1–236., l'est du Venezuela et les parties centrales et inférieures de la forêt amazonienneThomas, O. (1920). On mammals from the lower Amazons in the Goeldi Museum, Para. Annals Magazine Natural History (9)6:266-283.Patton, J. L.; da Silva, M. N. F. and M Malcolm, J. R. (2000). Mammals of the Rio Juruá and the evolutionary and ecological diversification of Amazonia. Bulletin of the American Museum of Natural History 244:1-306.Trolle, M. (2003). Mammal survey in the Rio Jauaperí region, Rio Negro Basin, the Amazon, Brazil. Mammalia 67(1):75-83.George, T. K.; Marques, S. A.; de Vivo, M.; Branch, L. C.; Gomes, N. & Rodrigues R. (1988). Levantamento de mamíferos do Parna, Tapajós. Brasil Florestal 63:33-41., des zones d'où le genre Conepatus est naturellement absent.

En 2013, une étude phylogénétique approfondie utilisant des marqueurs d'ADN mitochondrial (Cytb, COI, CR) a révélé qu'un spécimen du Mexique (localité type de C. semistriatus) appartenait à un clade totalement distinct des spécimens issus du Cerrado et de la Caatinga brésilienne (États de Goiás, Minas Gerais et Piauí), confirmant que ces populations n'appartiennent pas à la même espèceSchiaffini, Mauro I.; Magalí Gabrielli, Francisco J. Prevosti, Yamila P. Cardoso, Diego Castillo, Roberto Bo, Emma Casanave and Marta Lizarralde (2013). Taxonomic status of southern south American Conepatus (Carnivora: Mephitidae). Zoological Journal of the Linnean Society 167(2):327-344.. Suite à ces résultats, Anderson Feijó et Alfredo Langguth ont formellement séparé les populations du nord-est brésilien en leur attribuant le premier nom scientifique disponible prioritaire : Conepatus amazonicus (Lichtenstein, 1838), élevant ainsi le taxon au rang d'espèce distincte. Cette réévaluation a été adoptée dans la liste actualisée des mammifères du Brésil publiée en 2020Fernando Marques Quintela, Clarissa Alves da Rosa and Anderson Feijó (2020). Updated and annotated checklist of recent mammals from Brazil. Anais da Academia Brasileira de Ciências (2020) 92 (Suppl. 2): e20191004 DOI 10.1590/0001-3765202020191004..

Néanmoins, bien que cette scission soit reconnue par les spécialistes, l'appellation globale de Conepatus semistriatus demeure historiquement très ancrée et conservée par défaut dans les évaluations de certaines listes rouges internationales et nationales comme celle de l'UICN. Physiquement, cette moufette est caractérisée par un long nez large et glabre, et un corps noir marqué de deux bandes blanches longitudinales sur le dos.

Phylogénie Phylogénie des Méphitinés basée sur le superarbre de Nyakatura & Bininda-Emonds (2012)⁠, modifié au niveau du genre Conepatus pour positionner la Moufette de Humboldt sur une branche adjacente au Chinga, conformément aux affinités génétiques discutées par Schiaffini et al. (2013) :

Description

Caractéristiques physiques La moufette d’Amazonie est un Méphitiné de taille moyenne, mesurant environ 328 mm de longueur de la tête-corps. La coloration dominante de sa fourrure est d'un noir profond sur les membres, le museau, le ventre et le corps. Ce fond sombre contraste fortement avec deux larges bandes blanches longitudinales sur le dos, qui s'unissent sur le dessus de la tête et s'étendent vers l'arrière jusqu'à la base de la queue ou la région antérieure de la croupe (la longueur et la largeur de ces bandes blanches peuvent varier selon les individus).

Le poil de la tête est court et le rhinarium est contourné par de longues vibrisses. Ses oreilles sont relativement courtes et se caractérisent par un petit toupet de poils blancs situé à la base de leur bord postérieur.

La queue mesure environ 182 mm et possède une fourrure particulièrement dense, avec des poils nettement plus longs que ceux du dos. La coloration de la queue est majoritairement blanche : seul le premier tiers basal présente des poils noirs, le reste étant composé de longs poils blancs parsemés de rares poils noirs jusqu'à l'extrémité. Les membres sont courts et robustes, les pattes antérieures étant pourvues de griffes très développées adaptées au fouissage. Sa formule dentaire s'écrit : i 3/3, c 1/1, p 2/3, m 1/2.

Caractéristiques distinctes et différences des autres espèces La Moufette d'Amazonie se distingue de sa congénère Conepatus chinga par la coloration de sa queue, qui est à prédominance blanche (alors que celle de C. chinga est noire ou grisâtre), ainsi que par ses bandes blanches dorsales qui ont tendance à être plus longues et plus rapprochées les unes des autresCheida, C. C.; Nakano-Oliveira, E.; Fusco-Costa, R.; Rocha-Mendes, F. & Quadros, J. (2011). Ordem Carnivora. pp. 235-288 In: Reis, N. R.; Peracchi, A. L.; Pedro, W. A. e Lima, I. P. (Eds.), Mamíferos do Brasil. 2ª Edição. Universidade Estadual de Londrina, Londrina..

Dimorphisme sexuel La Moufette d'Amazonie présente un dimorphisme sexuel marqué au niveau corporel et dentaire, mis en évidence pour la première fois en 2024. Les mâles s'avèrent environ 30 % plus lourds que les femelles, avec un poids moyen de 2,56 kg contre 1,96 kg pour ces dernières. En accord avec l'hypothèse de la sélection sexuelle, les mâles possèdent également des pattes de plus grande taille ainsi qu'une dentition plus développée que celle des femelles. Écologie et comportement vignette|gauche|Individu pris de nuit à Mato Grosso du Sul. Habitat et répartition L'aire de répartition de la Moufette d'Amazonie s'étend principalement à travers le biome du Cerrado. Une étude publiée en 2018 a permis de documenter pour la toute première fois la présence de l'espèce dans l'État du Mato Grosso au Brésil, élargissant son aire de répartition connue d'environ 200 kilomètres vers l'ouest par rapport aux limites précédemment établies, qui s'arrêtaient au niveau du parc national das Emas, dans l'État de Goiás. Les occurrences répertoriées, enregistrées entre 2009 et 2015, se situent majoritairement dans des habitats de savane boisée typiques du Cerrado. La première et unique observation confirmée de l'espèce au sein d'une zone protégée de cette région a été réalisée en janvier 2015 dans le parc écologique João Basso, à proximité de Rondonópolis. Toutefois, cette présence demeure localisée et strictement restreinte au sud-est du Mato Grosso, sa progression géographique vers d'autres secteurs étant entravée par des barrières naturelles majeures, notamment le fleuve Araguaia à l'est, les reliefs montagneux des serra de São Jerônimo et des Coroados à l'ouest et au nord-ouest, ainsi que par les zones humides inondables du Pantanal au sud.