Edward Jones, né à Charleston en Caroline du Sud, entre 1807 et 1808, et mort à Londres en 1865, est un missionnaire africain-américain en Afrique. Fils d'un esclave affranchi, il est en 1826 le premier diplômé noir du Amherst College. Devenu missionnaire il quitte, en 1830, les États-Unis pour le continent africain et Freetown en Sierra Leone. Il y exerce comme instituteur dans le village de entre 1831 et 1840, avant de devenir le premier principal noir du Fourah Bay College entre 1840 et 1858. Il exerce également pendant plusieurs années les fonctions de principal de la , de secrétaire pour la colonie, et d'éditeur du journal Sierra Leone Weekly Times and West African Record. Engagé politiquement en faveur de l'amélioration des conditions d'existence des noirs, il est également impliqué dans plusieurs conflits qui l'opposent aux gouverneurs de la colonie de Sierra Leone, dont il est le premier citoyen naturalisé.
Enfance et jeunesse Edward Jones, né en 1807 ou 1808, à Charleston, en Caroline du Sud, est le fils de Jéhu Jones, un ancien esclave qui s'est affranchi lui même et qui est ensuite devenu membre de l'élite métisse de Charleston. Devenu riche, Jéhu Jones acquiert plusieurs biens immobiliers, dont un hôtel à Charleston qui accueille aussi des personnes blanches de Charleston et des EuropéensNemata Amelia Blyden, « Edward Jones: An African American in Sierra Leone », dans John W. Pulis (dir.), Moving On: Black Loyalists in the Afro-Atlantic World, New York, Garland, 1999, p. 159-182.. Jéhu Jones est notamment membre de la , une société qui fait crédit à ses membres et offre une éducation à leurs enfants. C'est dans ce contexte que grandit Edward Jones qui, après sa scolarité primaire et secondaire, rejoint, à l'automne 1822, le Amherst College dans le Massachusetts et devient le premier africain-américain à y être diplômé en 1826. Son intégration, malgré sa couleur de peau, est facilitée par sa situation socio-économique aiséeDavid W. Wills, « Remembering Edward Jones: First Black Graduate, Missionary Hero, "Genteel Young Man of Excellent Disposition" », dans Martha Saxton (dir.), Amherst in the World, Amherst, Amherst College Press, 2020, p. 29-50.. Durant sa scolarité à Amherst, il s'engage activement dans l'Athenian Society, au sein de laquelle il participe à des débats et des expositions publiques. Après un court passage à l'Andover Theological Seminary, il rejoint l'African Mission School à Hartford dans le Connecticut, une institution qui forme des missionnaires noirs afin qu'ils partent évangéliser les populations sur le continent africain. Edward Jones est admis au Deacons order en août 1830 avant d'être ordonné prêtre au sein de l'Église épiscopalienne en septembre 1830.
Missionnaire en Sierra Leone En 1830, Edward Jones quitte les États-Unis depuis Baltimore pour se rendre au Liberia, mais son navire accoste au Royaume-UniDaniel J. Paracka, Jr., The Athens of West Africa: A History of International Education at Fourah Bay College, Freetown, Sierra Leone, New York, Routledge, 2003.. Il embarque finalement à destination de la Colonie britannique de Sierra Leone et rejoint Freetown en 1831, où il exerce comme instituteur avant d'être envoyé dans le village de , au sud-ouest de Freetown, qui a été créé pour accueillir des . Là-bas, il se marie avec la fille du révérend , l'un des pionniers de la Church Mission Society.thumb|Gravure du village de Kent en Sierra Leone au XIXe siècle|gaucheEn 1836 à l'occasion de sa nomination en tant que responsable de l'enseignement scolaire dans le district Ouest de la colonie, il entre en conflit avec les autorités coloniales. Sa requête demandant un congé pour raisons de santé lui est refusée par le gouverneur Henry Dundas Campbell, qui a interprété celle-ci comme un signe d'indifférence à l'égard des missions qui lui ont été conférées, ce que Jones conteste. Jones rejoint son poste à Kent, mais le conflit perdure et conduit à la suspension de Jones et à son transfert à Freetown. Après une décision du Colonial Office en sa faveur, Jones retrouve finalement son poste et sa solde. Il quitte le service gouvernemental de la colonie en 1840 pour devenir principal du Fourah Bay College.
Principal du Fourah Bay College
La place des noirs dans la diffusion du christianisme au sein des sociétés africaines Edward Jones est un homme de son temps et considère que les sociétés africaines sont primitives et doivent être accompagnées vers la civilisation. Néanmoins, il se distancie du discours dominant et conteste l'idée que l'infériorité des Africains serait innée. Selon lui la diffusion de la civilisation chrétienne est un vecteur de progrès et un levier de la libération du continent africain. Comme lui, d'autres africains-américains considèrent et considèreront, à l'instar de l'évêque Henry Turner, que cette mission de « rédemption » leur revientWalter L. Williams, Black Americans and the Evangelization of Africa, 1877-1900, p. 99., et que la diffusion du christianisme au sein des sociétés africaines doit être menée par des personnes noires, notamment par des membres des populations autochtones formés pour cela. La création du Fourah Bay College en 1827 a, dans cette perspective, pour objectif de former des Africains selon un enseignement occidental, afin qu'ils puissent devenir missionnaires et enseignants dans leur propre communauté, ouvrir l'intérieur du continent au christianisme et au commerce européen, et administrer les colonies à la place des Européens, dont le taux de mortalité est très élevé dans ces régions.
Un enseignement de qualité destiné à l'amélioration de la colonie et de ses habitants thumb|Ancien bâtiment du Fourah Bay College, à Freetown, en Sierra Leone C'est dans ce contexte qu'Edward Jones devient entre 1840 et 1858 le premier principal noir du Fourah Bay College, succédant au missionnaire allemand Isaac Smith. Fondé en 1827, le Fourah Bay College est la première université publique sur le modèle occidental instituée en Afrique et a été mis en œuvre sous l'impulsion de la Church Mission Society. Cet établissement d'enseignement accueille des étudiants originaires de Sierra Leone et des , mais également des étudiants originaires d'autres territoires voisins. Dès son arrivée, Edward Jones profite de son statut de principal pour chercher à améliorer le niveau académique des enseignements de l'établissement. Ses rapports détaillent le contenu de ses cours et accordent une large place au niveau et aux progrès de ses élèves, révélant des attentes élevées à leur égard. Il enseigne aussi, notamment le grec, le latin, l'arabe, l'hébreu, les mathématiques et la théologie, mobilisant les savoirs classiques qu'il a acquis au Amherst College.
En 1853, il devient également principal de la , une seconde école créée par la Church Mission Society à Freetown en 1845 pour préparer les élèves à l'entrée au Fourah Bay college. Il cumule ces fonctions avec celle de secrétaire colonial, un poste d'adjoint du gouverneur dans l'administration coloniale, dès la fin de la décennie 1850, puis entre 1861 et 1864. Les activités de missionnaire d'Edward Jones ne se restreignent pas au Fourah Bay College et à la colonie de Sierra Leone ; il voyage à plusieurs reprises dans des territoires africains le long des rivières Pongas et Nunez.
Activités politiques d'Edward Jones Edward Jones et , gouverneur noir de la colonie entre 1841 et 1842 puis entre 1844 et 1845, se font les portent parole des et réclament aux autorités coloniale en leur nom davantage d'aide humanitaire et de moyens pour leur éducation. Edward Jones les considère comme des populations travailleuses, réticentes à l'idée d'émigrer et favorables au christianisme. Néanmoins il opère une distinction entre les Africains nés dans la colonie et les Africains récemment affranchis sur lesquels les efforts doivent être concentrés, soulignant les difficultés d'apprentissage de ces derniers à cause de l'esclavage. Ces différences sont vouées à disparaître, selon lui, grâce au contact avec la civilisation chrétienne. Edward Jones se montre plus dur à l'égard des populations indigènes de Sierra Leone qu'il considère comme trop indépendantes et conservant ses coutumes et traditions propres, et donc moins disposés à adhérer au message de l'Église.
Au-delà de ses activités de missionnaire et de secrétaire, Edward Jones s'implique dans plusieurs querelles politiques qui touchent la colonie de Sierra Leone. Un conflit éclate en 1859 entre le gouverneur par intérim Alexander Fitzjames, natif de Trinidad, et le gouverneur Hill. Pendant l'absence de ce dernier, Fitzjames capture un navire négrier, la traite ayant été abolie par la Grande-Bretagne en 1807, et réclame la prime associée à cette capture. À son retour, c'est finalement Hill qui perçoit cette prime. Le conflit qui s'ensuit polarise les élites de la colonie sur une ligne raciale. Plusieurs figures importantes de la colonie, membres de la communauté antillaise et victimes de discriminations raciales, soutiennent Fitzjames, et Edward Jones leur témoigne sa solidarité. Edward Beckles, né à la Barbade et évêque de la Church Mission Society s'oppose publiquement au comportement du gouverneur Hill envers les Noirs et affirme son soutien à Fitzjames. Face à cette opposition, le gouverneur Hill les accuse de conspiration liée à leur « race ». En tant qu'éditeur du Sierra Leone Weekly Times and West African Record, Edward Jones soutient l'engagement de l'évêque Beckles. En réponse, Hill se plaint de son comportement auprès du Colonial Office, qui contacte alors la Church Mission Society. Son comité se réunit, déclare qu'Edward Jones est sorti de son rôle de missionnaire en prenant parti, mais ne le sanctionne pas. Jones continue ses activités de missionnaire et d'activiste jusqu'en 1865, date à laquelle il meurt en Angleterre.
Étudiants notables et reconnaissance Edward Jones bénéficie d'une importante reconnaissance de la part des étudiants qu'il a formé. Il est décrit comme un enseignant dévoué et proche de ses élèves. À sa mort, plusieurs d'entre eux envoient une photo d'Edward Jones en Angleterre afin qu'elle soit agrandie et encadrée. Son travail est également reconnu par des personnes extérieures au Fourah Bay College, à l'instar du commissaire spécial R. R. Madden, qui met en avant le rôle d'Edward Jones dans la réussite de l'université, décrite comme une sorte d'« école normale » en raison du grand nombre d'enseignants qui y ont été formés.
Plusieurs étudiants originaires de Sierra Leone qui ont suivi les enseignements d'Edward Jones au Fourah Bay College se distinguent ensuite dans des carrières d'intellectuels, de militants et de chefs de communauté. C'est le cas de James Horton et de , qui ont été des fervents défenseurs de l'auto-détermination africaine et de l'importance d'établir des universités occidentales en Afrique. Diplômé du Fourah Bay College en 1855, James Horton est sélectionné puis formé au King's College de Londres pour devenir médecin, avant de faire carrière dans la Royal Navy et d'occuper des postes à responsabilité dans les colonies africaines britanniques. Il s'engage à la fois en faveur de l'implantation d'universités sur le continent africain et d'un accès à l'éducation supérieure, mais également en faveur d'une autonomie gouvernementale [self-government] africaine inspirée du modèle occidental. , diplômé du Fourah Bay College en 1858, devient lui-même enseignant avant d'être recruté par la Church Mission Society et d'officier dans la Côte-de-l'Or britannique, puis au Nigeria. Il souligne également l'importance d'une éducation chrétienne sur le modèle occidental afin d'atteindre des conditions matérielles et sociales équivalentes à celles de la Grande-Bretagne, de former une élite politique, et de lutter en faveur de l'Émancipation de la tutelle européenne. Parmi ses élèves se trouve aussi Thomas Cole John l'un des pionniers de l'étude de la langue haoussa.
Voir aussi Bibliographie