La Grande Mosquée de Ksar El Kébir (en , Al-Masjid al-A'dham) est une mosquée située au cœur de la médina de Ksar El Kébir, ville du nord-ouest du Maroc, dans le quartier de Bab el-Oued. D'origine almohade, réputée pour son architecture andalouse, elle se distingue par un minaret construit en pierres de remploi romaines et byzantines, particularité rare dans le patrimoine religieux marocain.

Histoire et fondation

Les textes médiévaux attribuent l'urbanisation et la fortification de Ksar El Kébir aux califes almohades, qui donnèrent à la ville son nom actuel — « Le Grand Palais ». Avant eux, la cité portait d'autres noms : Ksar Ketama, Ksar Sanhaja. Carrefour entre le nord atlantique et l'intérieur du Maroc, elle fut de tous temps une étape sur la route des dynasties, ouverte aux érudits, aux mystiques et aux réfugiés d'al-Andalus et de l'Algarve.

Les historiens locaux situent la fondation de la Grande Mosquée au . Dès cette époque, le savant Abou al-Mahasin al-Fasi y établit l'une des premières chaires d'enseignement religieux de la région ; ses disciples, devenus oulémas, partirent enseigner jusqu'à Cordoue et au Caire.

L'architecture de la mosquée est l'héritage direct des vagues successives de réfugiés de Santarém, d'Évora, d'Alcácer do Sal et de Silves qui trouvèrent refuge à Ksar El Kébir après la Reconquista. Ibn Ghalib, originaire de Silves, s'installa dans la ville dans la seconde moitié du et y fit venir plusieurs disciples d'Ibn al-Arif, grand mystique d'Almería.

Le minaret porte une particularité remarquable : l'archéologue Ahmed Achaabane, en charge du site, a établi qu'il est construit avec d'anciennes pierres prélevées dans l'environnement romain antique, provenant de la ville d'Oppidum Novum. Certaines portent des inscriptions latines à caractère funéraire datant du après J.-C., d'autres des inscriptions grecques remontant au Ahmed Achaabane, cité dans Zamane, « Des inscriptions latines sur la mosquée de Ksar El Kébir », juin 2020..

Description

La façade s'ouvre sur un portail à arc outrepassé à claveaux blancs, encadré d'un bandeau de zellige vert et d'un réseau de motifs géométriques sculptés dans l'enduit. Les murs sont revêtus de panneaux alternant formes en étoile et entrelacs. Une frise de merlons dentelés court le long de la corniche, rappelant les crénelages almohades des remparts de Rabat.

Le minaret s'élève au-dessus de la toiture de tuiles vertes. Sa base est carrée, selon la tradition maghrébine, et sa surface laisse deviner les pierres de remploi romaines dont il est bâti. Un lanternon coiffé d'un petit dôme et de sphères de cuivre couronne l'ensemble.

L'édifice est doté d'un grand patio et d'une médersa. L'intérieur respecte les canons de l'architecture religieuse marocaine : salle de prière hypostyle, arcs en fer à cheval, plafonds de bois ouvragé, zellige sur les soubassements. Près du mihrab se dressent trois colonnes singulières, sans équivalent connu dans les autres mosquées du royaume. Sous la salle de prière s'étend une vaste citerne (maṭfiyya) d'époque mérinide, destinée à l'alimentation en eau et aux ablutions. L'influence andalouse se lit dans la délicatesse du décor stuqué et la qualité de la menuiserie.

La mosquée accueille les cinq prières quotidiennes et les grands rassemblements du vendredi. La médina environnante conserve d'autres monuments remarquables : la kasbah de Gailan adjacente, l'ancienne alcaicería (halle aux étoffes) et les vestiges de la muraille almohade avec le minaret Al-Banat et le Borj Belabbes.

Notes et références

Bibliographie Ministère des Habous et des Affaires islamiques (Maroc), Atlas des mosquées historiques du Maroc. « Des inscriptions latines sur la mosquée de Ksar El Kébir », Zamane, juin 2020.

Voir aussi Ksar El Kébir Bataille des Trois Rois Architecture almohade

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