Georgia Douglas Johnson ( - ) est connue comme la de la Renaissance de Harlem. C'est un pilier du paysage culturel de la période à Washington : les grands noms de l'art et la culture afro-américaine de la première moitié du se rencontrent, créent des amitiés et collaborent dans ses salons du samedi. Au fil de ces soirées, elle devient un mentor pour les écrivaines afro-américaines et facilite leur publication.

C'est aussi l'une des premières dramaturges noires qui parvient à publier et produire ses pièces. Malgré tout, elle peine à diffuser la majorité de son œuvre et reste longtemps invisible dans l'histoire du mouvement. Son travail est redécouvert à la fin des années 1990. En 2010, elle entre dans le Hall of Fame de la Géorgie.

Biographie

Jeunesse : 1880-1920 Georgia Blanche Camp naît à Atlanta le de deux parents métis : Laura Douglas et George Camp. Elle apprend le violon en autodidacte durant sa scolarité car elle se sent isolée par ses camarades. Elle étudie à Rome (en Géorgie) puis entre à l'École normale d'Atlanta en 1893. Elle obtient son diplôme en 1896 et devient enseignante à Marietta puis à Atlanta. Elle démissionne de son poste en 1902 pour étudier la musique au Conservatoire de musique d'Oberlin dans l'Ohio.

Après ses études, elle retourne à Atlanta où elle devient vice principale dans le système scolaire. En 1903 elle épouse l'avocat républicain Henry Lincoln Johnson qui a de plus qu'elle, et dont elle a deux fils. Elle prend alors le nom de sa mère et devient Georgia Douglas Johnson.

Durant cette période, elle compose de la musique et des poèmes pour ses enfants et pour différentes églises, où elle est par ailleurs organiste. Elle déménage avec sa famille à Washington D. C. en 1910, alors que la ville est connue pour être une capitale de la culture afro-américaine malgré la ségrégation.

Vie d'artiste : années 1920 et 1930 vignette|438x438px|Affiche du NAACP contre le lynchage, publié par le en 1922 Georgia Douglas Johnson est publiée pour la première fois en 1916 et continue d'écrire toute sa vie. C'est l'autrice noire la plus prolifique de Washington à son époque. À la fin des années 1920, elle est invitée à donner des conférences et à rencontrer des personnalités éminentes du monde littéraire noir dans tout le pays.

Sa vie est emblématique des difficultés rencontrées par les écrivaines afro-américaines de la première moitié du . En raison de son mariage, elle doit s'occuper du foyer et évoluer loin des cercles littéraires new-yorkais. Elle fait alors venir la culture de Harlem à elle : aux alentours de 1920, Johnson commence à organiser des salons d'artistes le samedi soir chez elle, au . Pendant plus de , sa demeure reste un lieu primordial du milieu littéraire afro-américain à Washington, surtout pour les écrivaines noires.

Ces salons du samedi permettent à A. Philip Randolph et Chandler Owen de créer le syndicat de cheminots Brotherhood of Sleeping Car Porters en 1925. Johnson s'intéresse aux luttes raciales de l'époque, participe à des conférences sur le sujet, écrit des pièces engagées contre le lynchage et encourage les écrivaines blanches à rejoindre le combat. Elle devient membre de , de la National Association for the Advancement of Colored People (NAACP) et du .

Son mari meurt en 1925 et elle trouve un emploi au Département du Travail des États-Unis, ce qui lui permet de subvenir aux besoins de la famille. Entre 1926 et 1932 elle rédige différentes chroniques sur des thèmes traditionnellement féminins et domestiques, qui paraissent dans 28 journaux afro-américains et sont parfois signées par le pseudonyme Nina Temple. Il est possible qu'elle soit prête-plume pour des feuilletons pulp pour supplémenter ses revenus. Ces responsabilités compliquent d'autant plus sa carrière d'écrivaine. En 1932, elle est listée dans le sous le qualificatif .

L'étude de sa correspondance fait dire aux spécialistes qu'elle est d'un optimisme sans limite malgré les nombreuses réponses négatives qu'elle reçoit lorsqu'elle propose ses textes à la publication.

Élargissement des horizons : 1940-1966 La fin des années 1930 marque pour Georgia Douglas Johnson, comme pour la plupart des auteurs de la Renaissance de Harlem, la fin d'un certain âge d'or. En 1941, elle est chroniqueuse pour , et écrit sur le racisme. Durant les années 1960, elle publie dans la presse des articles sur des sujets politiques nationaux, sous le pseudonyme M. V. Strong. Dans sa présentation du recueil , jamais publié, elle exprime sa volonté d'écrire pour promouvoir l'amitié entre les races.

En 1941, elle est invitée à rejoindre de Washington : un club d'écrivains et d'intellectuels locaux, qui compte parmi ses membres Sterling Brown et Dorothy Porter. Johnson reste membre jusqu'à la dissolution du groupe en 1960.

À la fin des années 1940, elle collabore avec la compositrice .

En 1965 elle reçoit un doctorat de littérature à titre honorifique de la part de l'Université d'Atlanta. À , elle étudie le journalisme à la .

Elle meurt le à Washington et est enterrée au selon les rites épiscopaux.

Elle laisse derrière elle une grande correspondance avec les écrivaines Langston Hughes, Alain Locke, Jean Toomer, Jessie Redmon Fauset, Zora Neale Hurston et Zona Gale. Elle considère toute sa vie Langston Hughes, Glenn Carrington et Harold Jackman comme ses fils adoptifs.

Les salons du samedi vignette|1461 S Street, résidence historique de Georgia Douglas Johnson (2010) vignette|Diagramme représentant les auteurs majeurs de la Renaissance de Harlem Les soirées du samedi chez Georgia Douglas Johnson permettent à de nombreux artistes de la Renaissance de Harlem de se rencontrer et collaborer, parmi les plus célèbres Langston Hughes, Jean Toomer, Jessie Redmon Fauset, et Zora Neale Hurston. Elles fédèrent également les grands noms du théâtre afro-américain naissant : Angelina Weld Grimké, , , Alice Dunbar-Nelson, May Miller, Marita Bonner, Alain Locke, Shirley Graham Du Bois, W. E. B. Du Bois et .

Des écrivaines moins connues sont régulièrement conviées : Arna Bontemps, , , Anne Spencer, James Weldon Johnson, William Stanley Braithwaite, , , Clarissa Scott Delany et Richard Bruce Nugent.

Johnson invite aussi des poétesses blanches comme Edna St. Vincent Millay, Vachel Lindsay et Rebecca West, et des intellectuels comme , et Charles S. Johnson. Elle fait également venir des hommes noirs à leur sortie de prison.

Les salons du samedi sont incontournables pour l'intelligentsia noire des années 1920 et 1930. Ils sont remarqués pour la première fois en 1926 dans la presse par les chroniques de Gwendolyn Bennett et restent dans les mémoires comme un espace important pour la promotion du soutien et de l'amitié entre les écrivaines afro-américaines de l'époque. Les discussions et collaborations qui naissent des salons permettent, à terme, aux femmes dramaturges qui y participent de produire des textes engagés en faveur de l'antiracisme et des droits des femmes. Certains chercheurs considèrent que ce travail de mentor et d'hôtesse impacte encore plus la Renaissance de Harlem que sa propre production littéraire.

De nombreuses publications importantes pour l'art afro-américain font remonter leur genèse aux soirées de Johnson : le journal Fire!! créé en 1926 par Langston Hughes et Richard Bruce Nugent; de Carter G. Woodson, la première anthologie entièrement composée de pièces écrites par des Afro-Américains (1930); (1935).

Johnson surnomme son foyer car elle se voit comme « à mi-chemin entre toutes les choses et tous les hommes pour essayer de les réunir ».

Œuvre

Musique Sa passion pour la musique la pousse à beaucoup composer entre 1898 et 1959. Elle met en musique son poème « » pour qu'il soit chanté par Harry Burleigh. Elle compose également la musique qui accompagne ses pièces : des hymnes, des marches et du blues.

En tout, elle compose et publie au moins une douzaine de titres, dont plusieurs avec .

Cependant, elle abandonne l'idée de vivre de la musique assez rapidement. Ses amis la poussent à privilégier la poésie.

Nouvelles Georgia Douglas Johnson rédige au moins 31 nouvelles mais la plupart n'est jamais publiée. Elle en co-écrit au moins 17 avec Gypsy Drago, une figure mystérieuse qui raconte des anecdotes de sa vie qu'elle couche sur papier.

Ses nouvelles explorent souvent la contradiction entre les aspirations des personnages et leur condition matérielle. Les protagonistes finissent toujours par accepter leur sort avec résignation. Poésie gauche|vignette|412x412px|Couverture de The Crisis (1920)vignette|342x342px|Illustration de An Autumn Love Cycle par Georgia Douglas Johnson (1928)|gaucheGeorgia Douglas Johnson est parfois considérée comme la deuxième poétesse noire à faire parler d'elle au niveau national après Frances Harper et la plus connue des poétesses de la Renaissance de Harlem. Elle est publiée pour la première fois en tant que poétesse en 1916 dans le journal The Crisis édité par la National Association for the Advancement of Colored People (NAACP). Entre 1916 et 1926, le journal publie 35 de ses poèmes.

Les poèmes de son premier recueil, , tournent autour des thèmes de l'amour, des regrets et de la jeunesse perdue. Elle cherche à aborder des sujets typiquement féminins et anglosaxons. Elle est critiquée pour son manque d'intérêt pour la condition noire et fait alors publier un deuxième recueil en 1922 : . W. E. B. Dubois rédige une préface jugée condescendante de cet ouvrage qui explore en profondeur les enjeux raciaux de l'époque et est salué par la critique.

est publié en 1928, pendant l'âge d'or de la Renaissance de Harlem, et retourne aux sujets familiers du « cœur des femmes ». Le recueil est préfacé par Alain Locke qui ne peux pas frontalement analyser le caractère érotique de la collection, et cherche plutôt à donner une respectabilité au nom de Johnson en rappelant son rôle de mère et de veuve. Son dernier recueil , publié avant sa mort, est tiré à peu d'exemplaires. Les quatre ouvrages sont publiés à compte d'auteur.

De nombreux poèmes de Johnson sont publiés dans les anthologies les plus importantes de la Renaissance de Harlem : de James Weldon Johnson en 1922, de Robert T. Kerlin en 1923, de Newman I. White et Walter C. Jackson en 1924, de Countee Cullen en 1927 et de Charles S. Johnson en 1927. Ils sont aussi publiés dans des anthologies aux Pays-Bas, en Tchécoslovaquie, en Suède, en Chine, en Israël et en Amérique du Sud.

Elle écrit majoritairement en dans un style quasi-Victorien, en tout cas traditionnel. Pour Alain Locke, elle présente le même conformisme artistique et philosophique que les autres écrivains noirs de l'époque. Cependant, le conservatisme de son style lui permet d'adoucir ses critiques acerbes des oppressions de genre et de race au sein des États-Unis du début du , et, ainsi, d'être entendue. Ses poèmes sont empreints d'une sensualité hédoniste, rare parmi les poétesses de l'époque. Selon Claudia Tate, le sentiment amoureux et l'érotisme des poèmes de Johnson ne sont que des instruments qui lui permettent l'introspection. Elle manie l'ironie pour alléger la douleur des sujets abordés et utilise l'érotisme pour idéaliser et accepter ses déceptions.

Son œuvre est protéiforme mais la poésie semble être le format qui lui tient le plus à cœur compte tenu de la quantité de poèmes qu'elle écrit jusqu'à la fin de sa vie, bien qu'elle ne puisse pas tous les publier. Ses poèmes, toujours lyriques, lui permettent de faire une expérience plus intense de la vie.

Théâtre vignette|Couverture du journal Opportunity de juillet 1926