Égine (, ) est une île grecque du golfe Saronique, au sud-ouest d'Athènes. Ses habitants sont les Éginètes.
De forme triangulaire, elle est située au centre du golfe Saronique. Le mont Oros domine l'île, qui dispose de peu de ports.
Elle est célèbre pour son temple d'Aphaïa, un des trois temples du triangle sacré qui comprend également le Parthénon et le Sounion. Elle fut longtemps une grande rivale d'Athènes, dans l'Antiquité comme au début du . Égine fut une des premières cités maritimes et commerçantes de la Grèce antique : elle eut la première marine de Grèce, et fut la première cité à battre monnaie. En 1828-1829, elle fut la première capitale de la Grèce luttant pour son indépendance, et les premières pièces du jeune État grec y furent frappées. L'île est aussi la principale productrice de pistaches de Grèce.
Géographie Géographie physique vignette|alt=carte marine|Situation géographique de l'île. vignette|alt=photographie : paysage montagneux et végétation|Végétation d'Égine.
La superficie d'Égine est comprise entre . L'île est située au centre du golfe Saronique, à une vingtaine de kilomètres au sud-ouest d'Athènes.
D'un périmètre d'à peu près , elle est de forme triangulaire, avec la pointe vers le sud. Sa plus grande longueur du nord-est (cap Tourla) au sud-est (cap Perdika) est de . L'île se divise en trois régions : un massif montagneux de marne calcaire du Tertiaire au nord ; une plaine côtière alluviale à l'ouest (cette dernière est le seul endroit fertile de l'île) ; le reste de l'île est constitué de trachyte volcanique. Les pierres ponces furent un temps une des principales exportations de l'île. Égine se trouve à l'extrémité nord-ouest de l'arc volcanique sud-égéen, à un endroit où la croûte terrestre mesure moins de . Elle a connu deux phases de volcanisme au Pliocène. La première a entraîné la formation du centre de l'île autour d'andésites basaltiques suivi d'un dépôt de marne. La seconde a entraîné la formation du sud de l'île, toujours en andésites basaltiques mais aussi des pyroclastes.
Le plus haut sommet d'Égine, de forme conique, l'Oros (« la Montagne » en grec) ou Profitis Ilias (anciennement mont Panhellénion), culmine à .
Hormis le port d'Égine à l'ouest, celui de Souvala au nord et la petite baie d'Aghia Marina, l'île est presque totalement accore (formée de falaises ne proposant pas de mouillage correct).
Sa végétation est typique de la garrigue méditerranéenne (pelouse sèche à plantes épineuses en coussins), appelée en grec phrygana. Les anciennes pinèdes ont presque disparu pour être remplacées par des chênes verts, des oliviers sauvages et des cyprès.
Le climat d'Égine est méditerranéen : doux en hiver et chaud et sec en été. L'île est épargnée par les trop grands écarts de température. La saison des pluies au printemps est courte.
Administration, communes et villages vignette|alt=carte en couleurs : une île triangulaire|Carte de l'île. Égine compte en 2011, à comparer aux ( de 1911Guide Joanne Grèce, 1911.).
Depuis la réforme Kallikratis, Égine appartient au district régional des îles qui comprend toutes les îles saroniques et la Trézénie. Le district dépend de la périphérie (région) de l'Attique .
L'île est divisée en cinq communautés : Égine (Chora) : , Kypséli : , Perdika : , Messagros : et Vathy : .
Les différentes localités de l'île sont: La capitale, Égine, est parfois appelée aussi Chora (« la ville » en grec) afin de faire la différence avec l'île elle-même. On dit aussi, pour les touristes « Égine-town ». La capitale se situe au nord-ouest de l'île, sur l'emplacement de la ville antique. Elle a donc plus de . En amphithéâtre face à la mer, elle allie les petites ruelles tortueuses et les maisons patriciennes néoclassiques. Sur le port, l'église d'Aghios Nikolaos accueille les navires. L'ancien collège Eynardeio est situé juste à côté de la cathédrale de l'île Aghios Dionysos, construite au début du . Le quartier nord est le quartier des maisons de maîtres du comme le « château Zaïmi », la « tour Ralli » ou la demeure des Vénizélos. Kypséli, à au nord-est de Chora, est la deuxième localité de l'île. C'est un gros bourg maintenant agricole, spécialisé dans la production de pistaches et d'amandes, mais qui doit sa taille à la pêche aux éponges de la fin du et du début du . L'église d'Evanghélistria date d'ailleurs de 1887. Aghia Marina est une station balnéaire dans la baie du même nom au nord-est de l'île et protégée par l'église du même nom. Elle est surtout remarquable à cause de sa plage de plus de de long, bordée de pins. L'été, Aghia Marina est reliée directement au Pirée. Messagros est un village rural consacré à l'agriculture sur la route entre Chora et Aghia Marina. On y trouve cependant aussi l'un des derniers potiers de l'île, alors qu'au début du , Égine était un grand centre de production. On peut voir aussi la « maison de Rodakis ». Cette maison très délabrée est l'archétype même de la maison rurale éginète de la fin du : une seule longue pièce voûtée, divisée en deux par deux marches, d'un côté la salle à manger-cuisine et de l'autre la chambre à coucher. Dehors, la maison est remarquable aussi par ses quatre statues symboliques (le cochon : la fortune ; l'horloge : le temps ; le serpent : le mal ; la colombe : la paix). Portes est un petit port au sud d'Aghia Marina, probablement fondé par les Vénitiens. Son nom serait une déformation de porto. Anitsaiou est un petit village au sud-ouest de Portes, au pied d'Oros, sur le versant est de la colline. Sfyriktrès, au pied d'Oros sur le versant ouest de la colline. Pachia Rachi est un village sur le flanc ouest de la colline. La plupart de ses maisons, rachetées par de riches Athéniens, ont été restaurées dans le style local. Vathy est un petit village au nord-est de Kypséli. Souvala, sur la côte nord de l'île, possédait une petite station thermale (source d'eau chaude sulfureuse). C'est aussi le deuxième port de l'île après Chora. Vaya est un petit port dans la baie du même nom habité depuis l'Antiquité. Marathon est un village rural et agricole dans la baie du même nom au sud de Chora. Ce fut dans cette baie que la flotte grecque se serait rassemblée avant la bataille de Salamine, et que le gouvernement grec de Kapodistrias débarqua lorsque Chora devint capitale de la Grèce lors de la guerre d'indépendance. Perdika est un village de pêcheurs au sud-ouest de l'île. Les maisons basses construites le long du port ont toutes des cours ouvertes reliées entre elles.
vignette|centré|alt=photographie couleur d'un port|upright=2.8|Le port d'Égine.
Activités économiques alt=photographie en couleurs : un port : une petite église au premier plan ; une ville en arrière plan|vignette|La ville moderne d'Égine (Chora) et principal port de l'île.
Les principales activités économiques d'Égine sont le tourisme, l'agriculture, le secteur de la construction et les activités maritimes (pêche et transport).
L'île d'Égine produit beaucoup de pistaches ( par an qui font vivre près de ). La culture de celles-ci est récente sur l'île, les premières plantations datent du début du vingtième siècle. « Pistache d'Égine » est depuis 1994 une AOP. On trouve aussi sur Égine des amandiers, des oliviers et de la vigne.
L'île a depuis l’Antiquité une longue tradition en céramique. Elle était célèbre, avant l'arrivée du réfrigérateur, pour ses gargoulettes.
Transports Les touristes profitent de la liaison maritime directe entre Égine (Chora ou avec une fréquence moindre Souvala) et Le Pirée. L'île est en effet desservie plusieurs fois par jour par des hydrofoils : les Flying Dolphins ou les Catamarans qui mettent depuis Le Pirée. Les ferrys traditionnels font le trajet en . L'été, une liaison est mise en place (principalement pour les touristes) avec Aghia Marina.
Mythologie thumb|alt=tableau néoclassique : une femme nue, un ange à ses pieds|La nymphe Égine par Ferdinand Bol. Dans la mythologie grecque, l'île est le royaume d'Éaque. Elle se serait d'abord appelée Oinoné (« aux vignes »), avant de prendre le nom de la mère d'Éaque, la nymphe Égine, fille du dieu-fleuve Asopos, aimée de Zeus.
Après avoir enlevé la nymphe Égine, Zeus la cacha sur l'île saronique d'Oinoné. Sisyphe, le roi de Corinthe, révéla à Asopos, qui cherchait sa fille, où elle se trouvait. Zeus foudroya alors Asopos et l'obligea à ne plus jamais quitter son lit.
De l'union entre Égine et Zeus naquit Éaque sur l'île d'Oimoiné. Éaque, bien des années après, revint sur son lieu de naissance accompagné d'une colonie de Pélasges et renomma l'île d'Oimoiné " Égine " en l'honneur de sa mère.
Par la suite, Héra se vengea alors de l'infidélité de son époux en punissant les habitants de l'île. Elle y envoya des serpents qui l'infestèrent très rapidement. L'île subit aussi une vague de chaleur et d'obscurité. La sécheresse fut telle qu'Éaque en appela à son père. Zeus accepta de rendre sa fertilité et sa fécondité à l'île, ainsi que de la délivrer des serpents. Il transforma les fourmis qui se trouvaient sur un olivier en autant d'hommes. Ainsi sont expliqués le surnom et la réputation des habitants d'Égine : les Myrmidons (de myrmix, « fourmi ») et leur grande capacité de travail.
Histoire
Préhistoire Des découvertes archéologiques remontant au Néolithique, à Kolona, près de la ville actuelle d'Égine, à Aghia Marina à l'est et au pied de la colline qui porte le temple d'Aphaïa, montrent que l'île fut occupée dès la fin du quatrième millénaire avant notre ère, probablement par des populations arrivant du Péloponnèse. À l'Helladique Ancien, un peuple originaire d'Asie mineure et parlant un dialecte lycien serait arrivé sur l'île et y aurait introduit le culte d'une de leurs divinités, dont le nom, hellénisé, aurait donné Aigàios.
Vers 2500, le commerce maritime d'Égine était prospère et en relation avec la civilisation minoenne de Crète. Les imposantes ruines découvertes sur le promontoire de Kolona sont la preuve de cette puissance.
Des populations parlant éolien et/ou arcadien (langues helléniques) et adorant Poséidon, se seraient installées sur Égine (comme ailleurs en Grèce) aux environs du , à l'âge du bronze. Vers 1800, l'île disposait d'une flotte importante et, profitant de sa position favorable au centre du Golfe saronique, était devenue un centre commercial avec des échanges jusqu'en Crète.
Protohistoire Vers 1400, des Achéens, qui auraient été guidés par Éaque, auraient installé un régime équivalent à celui des royaumes mycéniens du continent. Ce sont les Myrmidons de la légende. Ils installèrent leurs fortifications au sommet de l'Oros.
Antiquité
Âges obscurs et époque archaïque Vers 1200, les Doriens y introduisirent leur dialecte et leurs coutumes, principalement le culte de Zeus Hellanios (le Porteur de pluie), adoré au sommet le plus élevé de l'île, l'Oros. Le culte d'Aphaïa, variante locale de la déesse-mère, aurait été pratiqué à la même époque.