Le Mercure galant, ou la Comédie sans titre, est une comédie en cinq actes et en vers d’Edme Boursault créée le au théâtre de l’hôtel Guénégaud par la troupe de la Comédie-Française.
Célèbre pour sa dimension satirique et ses démêlés de censure avec le fondateur de la revue éponyme, Jean Donneau de Visé, cette pièce marque une première historique dans la dramaturgie en érigeant la presse périodique et la profession journalistique en sujets centraux de l'intrigue. Par sa démarche analytique, le texte anticipe en soulignant la capacité naissante du journalisme à influencer durablement l'opinion publique et les structures sociales..
Historique Lors de sa création en 1683, la pièce porte le titre de la première revue littéraire et mondaine française ciblant un public plus large et moins grave que la Gazette créée 41 ans plus tôt par Théophraste Renaudot.. Elle est d’abord attribuée de manière fictive à l’acteur Raymond Poisson, ami de Boursault, qui a été l’interpréte du rôle de M. de la Motte., qui prête son nom pour l’impression.
Cependant, le fondateur de la revue, Jean Donneau de Visé, s’oppose vigoureusement à l’utilisation du nom de son journal. Craignant que la satire ne nuise à sa réputation, il se plaint auprès du lieutenant général de police La Reynie.. Celui-ci ayant lu la pièce et l’ayant trouvée trop jolie pour la supprimer, il a obtenu de Boursault qu’il consente, pour contenter Visé, à supprimer toute mention du Mercure du titre, en appelant sa pièce la Comédie sans titre, pour ne pas lui donner un nom qui ne signifiait rien. Cet incident a beaucoup fait rire à la Cour..
À la suite de cette polémique, Boursault assume publiquement la paternité de l’œuvre, la rebaptise La Comédie sans titre et la publie , onze ans plus tard, en 1694., accompagnée d’un avertissement « Au lecteur » expliquant qu’après avoir assuré le succès de l’ouvrage, Poisson a renoncé à s’en attribuer la paternité, refusant une gloire qu’il estimait imméritée.. La comédie a repris son véritable titre quelques années plus tard.
Personnages Oronte, gentilhomme, cousin de l’Auteur du Mercure Galant, et amant de Cécile. Mr de Boisluisant, père de Cécile. Cécile, maitresse d’Oronte. Merlin, valet d’Oronte. Lisette, suivante de Cécile. Monsieur Michaut. Madame Guillemot. Longuemain, receveur des Gabelles. Boniface, imprimeur. Monsieur de la Motte, amant de Claire. Claire, maitresse de Monsieur de la Motte. Du Mesnil, professeur de Langues. Monsieur Brigandeau, procureur du Châtelet. Monsieur Sangsue, procureur de la Cour. Madame de Calville, veuve. Le Marquis. Oriane, Élise, sœurs, qui ont appris l’art de se taire. Beaugénie, poète, Larissole, soldat. Deux laquais'.
La scène est dans la maison de l’auteur du Mercure Galant.
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Oronte et Cécile sont amoureux. Cependant, le père de Cécile, monsieur de Boisluisant, admirateur inconditionnel du journal Le Mercure galant, refuse cette union car il veut précisément pour gendre le célèbre et influent rédacteur en chef. Oronte est un cousin de ce dernier ; il profite de l’absence de son parent pour se faire passer pour le journaliste, afin d'impressionner le père et d'obtenir son consentement au mariage avec sa fille. Lorsque monsieur de Boisluisant apprend la supercherie, loin de se fâcher, il inclut Oronte dans son admiration pour la famille de l'auteur du Mercure et consent volontiers à l'union d'Oronte et de Cécile.
Analyse La dimension satirique est dissimulée sous les apparences d’une comédie de mœurs commentant une des nouvelles du Mercure. La forme du théâtre dans le théâtre permet d'exprimer une satire sociale, en faisant défiler dans le bureau du faux secrétaire de journal une galerie de personnages ridicules prêts à tout pour obtenir quelque visibilité publique : bourgeois en quête de notoriété mondaine, auteurs ratés rêvant de gloire, individus peu scrupuleux tentant d’acheter des articles publicitaires, de corrompre ou de monnayer leur influence.
Portée Au-delà du comique de situation, La Comédie sans titre constitue un témoignage historique précieux sur la naissance de la presse et des premiers périodiques en France au . Elle met en lumière de façon prémonitoire l’importance grandissante du narcissisme social de l’opinion publique en quête obsessionnelle de célébrité, et l’apparition de la publicité, résultant de l’ouverture par Donneau de Visé, dans le Mercure, d’une sorte d'agence de publicité.
Réception La Comédie sans titre a été un succès de représentation jusqu'à la Révolution : elle est jouée en pièce principale entre et , et en pièce de complément entre 1754 et 1793..
Éditions notables 1683 : Le Mercure galant, Paris (première édition sous le nom de Poisson). 1694 : La Comédie sans titre, revue & corrigée par son véritable auteur'', Paris, chez Jean Guignard.
Notes et références
Liens externes
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