La Grande Salle du Palais de Binche est un dessin réalisé vers 1550 par un auteur flamand anonyme. Il est conservé au Cabinet des Estampes de la Bibliothèque royale de Belgique.

Exécuté à la plume et à l'encre brune, avec lavis gris-brun, aquarelle, gouache et rehauts d'or, le dessin mesure .

L'œuvre représente une scène des triomphes de Binche, organisés par Marie de Hongrie, gouvernante des Pays-Bas et sœur de Charles Quint, en l'honneur du prince Philippe, futur Philippe II d'Espagne, à l'occasion de son voyage dans les Pays-Bas en 1549. Elle illustre la grande féerie donnée dans la salle d'apparat du premier étage du palais, dans la nuit du 28 août 1549, après le tournoi connu sous le nom de L'Aventure de l'Épée enchantée et du Château sombrePas d'armes..

Le dessin représente la salle d'apparat dite « aux médaillons » au moment du ballet du rapt des dames par des hommes sauvages, l'un des principaux divertissements de la fête. Il constitue à la fois un témoignage des spectacles de cour organisés à Binche et une source iconographique majeure pour la connaissance de l'architecture et de la décoration intérieure du palais, récemment agrandi et remanié à l'initiative de Marie de Hongrie.

Au premier plan, la partie gauche de la composition montre l'enlèvement des dames par des hommes sauvages vêtus de feuillages, tandis que la partie droite représente une danse ou momerie, mettant en scène un combat chorégraphié.

Selon le récit des festivités, quatre chevaliers et quatre dames exécutent d'abord une allemande. Quatre autres gentilshommes viennent ensuite inviter les dames, provoquant un affrontement entre les huit chevaliers. Des hommes sauvages surgissent alors, combattent les gentilshommes et enlèvent les dames. Le lendemain, 29 août 1549, les prisonnières sont symboliquement délivrées d'un château construit à proximité du pavillon de chasse de Mariemont, où se poursuit la célébration.

Description de la grande salle de bal. La scène se déroule dans la grande salle d'honneur située au premier étage du château de Binche. Celle-ci mesure environ 30 mètres de long sur 13,5 mètres de large et s'élève jusqu'à la charpenteMarie pour tous.. Son plafond est couvert d'une voûte en berceau de bois revêtue de bardeaux et ornée de caissons sculptés ainsi que de pendentifs. Les murs sont revêtus de lambris moulurés décorés de mufles léonins et rythmés par des pilastres. Les encadrements des portes sont réalisés en marbre rouge de Rance. Les fenêtres sont encadrées de termes à l'aspect guerrier, de trophées d'armes et de deux des quatre grands tableaux mythologiques commandés au Titien. Le dessin permet d'identifier Sisyphe et Tantale, tandis que les toiles représentant Ixion et Tityos ne figurent pas dans la composition.

La partie supérieure des murs, laissée vide sur le dessin, est normalement recouverte d'une tenture de soie et d'or illustrant les Sept Péchés capitaux. Au-dessus de la cheminée, une loggia permet de rejoindre les appartements de l'étage supérieur par deux portes. Entre celles-ci se trouve un tableau, dont l'auteur demeure inconnu, représentant Apollon et Marsyas rivalisant de virtuosité musicale à la lyre et à la flûte.

La salle est chauffée par l'une des deux monumentales cheminées en marbre rouge de Rance. La hotte est ornée d'un buste antique, identifié comme Cesar ou Hadrien, provenant de Rome et placé dans un chapeau de triomphe. Sous ce médaillon figure un cartouche portant l'inscription latine VESPASIANO AUGUSTO. De part et d'autre prennent place deux grands écus d'albâtre entourés du collier de l'ordre de la Toison d'or. L'écu de gauche, surmonté de la couronne impériale, porte l'aigle bicéphale des Habsbourg. Celui de droite, coiffé d'une couronne royale, présente un écartelé complexe que le dessinateur ne reproduit que sommairement, probablement les armoiries de Marie de Hongrie ou des Habsbourg.

Entre la cheminée et le mur est aménagée une estrade recouverte d'un dais. L'empereur Charles Quint y prend place aux côtés de ses sœurs, les reines Éléonore et Marie de Hongrie, ainsi que du prince Philippe. Marie de Hongrie est identifiable à sa silhouette plus élancée, à sa robe noire et à sa coiffe blanche dont les deux bandes de toile retombent sur la poitrine. Le long du mur droit, de nombreux courtisans et membres de la haute noblesse assistent au spectacle, assis ou debout, témoignant du caractère solennel et prestigieux de cette représentationDe Marie de Hongrie au gilles de Binche : une double réalité, historique et mythique par Samuel Glotz page 93.

Reconstitutions numériques Dans le cadre du projet européen MARY4ALL, une reconstitution numérique de la mascarade du 28 août 1549 a été réalisée à partir de l'aquarelle représentant la grande salle du palais de Binche lors des festivités organisées par Marie de Hongrie. S'appuyant sur des recherches historiques, architecturales, musicologiques et acoustiques, cette reconstitution restitue les volumes de la grande salle, les décors, les costumes, les danses et les compositions musicales associées à cet événement de cour. Le projet a été développé par un consortium réunissant notamment le Domaine et Musée royal de Mariemont, la KU Leuven, le Centre d'études supérieures de la Renaissance (CESR/CNRS, Université de Tours) et RicercarLab, dans le cadre d'une réflexion sur la médiation numérique du patrimoine disparu.

Cette reconstitution a été présentée au public lors de l'exposition Marie de Hongrie. Art et pouvoir à la Renaissance organisée au Musée royal de Mariemont en 2025-2026.

Notes et références

Catégorie:Dessin de la Renaissance Catégorie:Bal Catégorie:Binche