Les massacres de Sanski Most désignent l'ensemble des massacres, exécutions sommaires, disparitions forcées et autres crimes commis contre les populations civiles bosniaques et croates de la municipalité de Sanski Most entre 1992 et 1995, durant la guerre de Bosnie-Herzégovine.

Ces crimes ont été commis par des membres des forces serbes de Bosnie, notamment des unités de l'Armée de la Republika Srpska (VRS), des forces de police relevant du Ministère de l'Intérieur de la Republika Srpska (MUP RS), ainsi que par des formations paramilitaires serbes opérant dans la région de la Bosanska Krajina.

Selon les faits établis par le Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie (TPIY), ces crimes s'inscrivent dans une campagne de persécution visant les populations non serbes des territoires revendiqués par les autorités serbes de Bosnie.

Contexte Située dans la région de la Bosanska Krajina, dans le nord-ouest de la Bosnie-Herzégovine, la municipalité de Sanski Most occupe une position stratégique entre les villes de Prijedor, Ključ et Bihać. Avant la guerre, cette région est caractérisée par une population multiethnique composée principalement de Bosniaques, de Serbes et de Croates de Bosnie.

À la fin des années 1980 et au début des années 1990, la montée des nationalismes en Yougoslavie provoque une profonde crise politique entre les différentes républiques fédérées. En République de Serbie, les dirigeants nationalistes regroupés autour de Slobodan Milošević défendent l'idée que les populations serbes vivant en dehors de la Serbie doivent être réunies au sein d'un État unique de Grande Serbie.

Dans cette perspective, les dirigeants serbes de Bosnie mettent progressivement en place des structures politiques et administratives parallèles dans les territoires où ils revendiquent une autorité. En 1991 et au début de 1992, plusieurs régions autonomes serbes sont proclamées en Bosnie-Herzégovine. Le 9 janvier 1992, ces territoires sont réunis au sein de la République serbe de Bosnie-Herzégovine, entité autoproclamée par les dirigeants serbes de Bosnie.

La municipalité de Sanski Most, située dans une zone considérée comme essentielle pour relier les territoires contrôlés par les forces serbes de la Bosanska Krajina, devient un objectif militaire et politique majeur. Les structures parallèles serbes locales, telles que les unités de défense territoriale serbes et les unités du ministère serbe de l'Intérieur (MUP), ont été créées et soutenues par les autorités de la Serbie. Elles cherchent à prendre le contrôle des institutions municipales et des zones stratégiques.

Au printemps 1992, l'Armée populaire yougoslave (JNA), alors sous le contrôle des autorités de la République de Serbie, appuyée par des forces de police et des formations paramilitaires serbes, lance des opérations destinées à prendre le contrôle de plusieurs municipalités du nord-ouest et de l'est de la Bosnie-Herzégovine.

Prise de contrôle de Sanski Most Avant la prise de contrôle militaire, les dirigeants serbes locaux, principalement liés au Parti démocratique serbe (SDS), mettent en place des structures politiques parallèles destinées à remplacer progressivement les institutions municipales existantes. Des organes de crise (Krizni štab) sont créés afin d'organiser l'administration des territoires revendiqués par les autorités serbes de Bosnie.

En avril 1992, l'Armée populaire yougoslave (JNA), ainsi que de forces de police et de formations paramilitaires serbes, prennent le contrôle des principaux points stratégiques de la municipalité.

Après cette prise de contrôle, les autorités serbes installent une nouvelle administration locale et placent les institutions publiques, la police, les entreprises et les services municipaux sous leur autorité. Les responsables bosniaques et croates sont progressivement écartés des fonctions politiques, administratives et judiciaires.

Le contrôle de la municipalité est assuré par les forces militaires et policières serbes, ainsi que plusieurs formations paramilitaires présentes dans la région comme SOS (Srpske odbrambene snage) et Aigles blancs.

Le Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie (TPIY) a établi que cette prise de contrôle constituait le début d'une campagne organisée de persécution dirigée contre les populations bosniaques et croates de la municipalité. Cette campagne comprenait notamment des arrestations massives, des détentions arbitraires, des expulsions forcées, des exécutions, des violences sexuelles et des destructions de biens.

Reprise de la municipalité (1995) À l'automne 1995, dans le cadre de l'Opération Sana, les forces de l'Armée de la République de Bosnie-Herzégovine (ARBiH) lancent une offensive destinée à reprendre les territoires du nord-ouest de la Bosnie-Herzégovine, dont la municipalité de Sanski Most. Face à cette progression, des renforts de l'Armée de la Republika Srpska (VRS) sont déployés dans la municipalité, tandis que des unités de la Garde des volontaires serbes arrivent également de Serbie.

Les civils bosniaques et croates encore présents dans la municipalité sont alors victimes d'une nouvelle vague de persécutions. Des arrestations, des détentions, des actes de torture et des exécutions sont commis durant la retraite des forces serbes. Parmi les crimes établis figure notamment le "massacre de Sasina", au cours duquel 64 civils bosniaques et croates sont exécutés par des membres de la Garde des volontaires serbes.

Avant la reprise de la ville, une grande partie de la population serbe quitte Sanski Most avec les forces en retraite. Dans le même temps, des unités de la VRS et de la Garde des volontaires serbes commettent de nouveaux crimes contre les civils non serbes demeurés dans la région. De nombreuses personnes sont arrêtées, transférées vers le camp de Manjača, tandis que d'autres sont exécutées ou portées disparues. Selon une enquête publiée par le Chicago Tribune, entre 300 et 700 hommes auraient disparu dans la municipalité durant cette période.

Le 10 octobre 1995, l'Armée de la République de Bosnie-Herzégovine reprend le contrôle de Sanski Most, mettant fin à plus de trois années d'administration serbe de la municipalité. Les massacres, les expulsions forcées, les détentions, les violences sexuelles et les destructions commis entre 1992 et 1995 ont profondément modifié la composition démographique de la municipalité.

Massacres et exécutions Après la prise de contrôle de la municipalité de Sanski Most par les forces serbes au printemps 1992, de nombreux massacres, exécutions sommaires et meurtres de civils bosniaques et croates sont commis dans la ville et les villages environnants. Ces crimes sont perpétrés par des membres de l'Armée de la Republika Srpska (VRS), des forces de police ainsi que par diverses formations paramilitaires serbes.

Le Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie (TPIY) a établi que les victimes sont principalement des civils non armés. Les hommes sont fréquemment séparés des femmes et des enfants, arrêtés, transférés vers des centres de détention puis exécutés. Ces crimes s'inscrivent dans la campagne de persécution et de nettoyage ethnique menée contre les populations bosniaques et croates de la municipalité.

Parmi les principaux épisodes documentés figurent notamment : Le 31 mai 1992, au moins 28 hommes bosniaques du village de Vrhpolje sont exécutés sur le pont de Vrhpolje après leur arrestation par les forces serbes.

Le 31 mai 1992, au moins quinze membres d'une même famille, principalement des femmes, des enfants et des personnes âgées, sont tués dans un garage du hameau de Kukavice, près de Hrustovo, lorsque des soldats serbes ouvrent le feu sur les civils qui s'y étaient réfugiés avant d'incendier le bâtiment.

Le 22 juin 1992, environ dix-sept détenus extraits du centre de détention de la Betonirka sont conduits près du cimetière des Partisans à Sanski Most, contraints de creuser une fosse puis exécutés.

Vers le 27 juin 1992, une vingtaine d'hommes bosniaques arrêtés dans le hameau de Kenjari sont conduits dans une maison de Blaževići, où des soldats serbes placent des explosifs avant d'ouvrir le feu sur les victimes qui tentent de s'échapper. Les corps sont ensuite replacés dans la maison, qui est incendiée.

Le 7 juillet 1992, un groupe de détenus est transféré de la Betonirka vers le camp de Manjača dans des remorques fermées. En raison de la chaleur, du manque d'air et de la durée du trajet, plus de vingt prisonniers meurent asphyxiés.

Le 1er août 1992, quatorze civils appartenant à une même famille sont exécutés dans le hameau de Budim, près de Lukavice.

Au début du mois de novembre 1992, neuf civils croates sont rassemblés dans le village de Škrljevita avant d'être conduits dans la forêt de Glamošnica, où ils sont exécutés par des paramilitaires serbes.

À la fin du mois de septembre 1992, douze détenus bosniaques emprisonnés à l'hôtel Sanus sont conduits dans la région de Trnova, où ils sont exécutés.

Le 21 septembre 1995, 65 Bosniaques et Croates sont transportés en autobus jusqu'au village de Sasina, où ils sont exécutés par des membres de la Garde des volontaires serbes. Après la guerre, les corps des victimes sont exhumés de deux fosses communes situées à proximité du village.

Dans plusieurs autres villages de la municipalité, des civils bosniaques et croates sont tués lors d'opérations militaires et policières. Les victimes comprennent notamment des personnes âgées, des civils demeurés dans leurs habitations après les attaques ainsi que des personnes arrêtées par les forces serbes.

Plusieurs personnes arrêtées dans la municipalité sont exécutées après leur transfert vers des centres de détention ou d'autres installations contrôlées par les autorités serbes. Les jugements du TPIY établissent que de nombreux détenus ont subi des mauvais traitements, des actes de torture et, dans certains cas, des exécutions sommaires.

Centres de détention Au cours des opérations menées en 1992 par les forces serbes dans la municipalité de Sanski Most, les autorités serbes de Bosnie mettent en place un réseau d'au moins seize centres de détention destinés principalement aux civils bosniaques et croates arrêtés lors des arrestations massives.

Les arrestations sont effectuées par des membres du MUP RS, par les structures du Centre de sécurité publique (CSB) compétent pour la région, ainsi que par des unités de l'Armée de la Republika Srpska (VRS) et des formations paramilitaires serbes. Parmi les personnes arrêtées figurent des responsables politiques locaux, des policiers bosniaques, des intellectuels et de nombreux civils capturés lors des attaques contre les villages de la municipalité.

Selon les constatations du Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie (TPIY), au moins 1 655 personnes, dont 1 528 Bosniaques, ont été détenues dans les différents centres de détention de Sanski Most.

Parmi les principaux lieux de détention documentés figurent :.

La Betonirka : créée au début du mois de mai 1992, elle devient l'un des principaux centres de détention de Sanski Most. Des centaines de Bosniaques et de Croates y sont détenus dans des conditions difficiles. Les prisonniers y subissent des interrogatoires, des passages à tabac, des mauvais traitements et des actes de torture.

La salle Krings (Krings Hall) : utilisée comme lieu de détention pour des civils arrêtés dans les villages environnants, notamment après les attaques contre Hrustovo, Vrhpolje et d'autres localités. Environ 600 personnes y sont détenues à certaines périodes dans des conditions marquées par la surpopulation, le manque d'hygiène, l'insuffisance de nourriture et les mauvais traitements.

L'école Hasan Kikić : utilisée comme lieu de détention temporaire avant le transfert de certains prisonniers vers d'autres installations, notamment le camp de Manjača. Des hommes y sont séparés du reste des détenus avant leur transfert vers des lieux contrôlés par les forces serbes.