Biuro Szyfrów est le bureau du chiffre du renseignement militaire polonais, de 1919 à 1945.

Histoire Le , la section de cryptographie de l'armée polonaise est fondée par le lieutenant Józef Stanslicki. Quelques mois plus tard, cette section est baptisée Biuro Szyfrów. Elle contribue à la victoire de Piłsudski sur les bolchevistes, pendant la guerre russo-polonaise de 1919-1920. En 1929, le colonel Gwido Langer prend la tête du service. Les transmissions allemandes deviennent la cible prioritaire. Le BS-4 (section allemande) est dirigé par Maksymilian Ciężki. Dans les années trente, Ciężki embauche trois jeunes mathématiciens : Jerzy Różycki, Henryk Zygalski et Marian Rejewski. En 1932, Rejewski fait une des plus grandes avancées de l'histoire de cryptographie, en appliquant des méthodes de mathématiques pures contre Enigma. L'invasion de la Pologne chasse les décrypteurs du Biuro Szyfrów en France, au PC Bruno, puis au Centre Cadix. Quand la zone libre est envahie, ils cherchent à passer en Grande-Bretagne.

Déchiffrement des messages du commandement soviétique Les codes russes les plus fréquemment utilisés sont brisés, dès 1919, par un jeune mathématicien, Stefan Mazurkiewicz, futur vice-recteur de l'université de Varsovie.

Pendant la guerre russo-polonaise de 1919-1920, l'état-major russe suit les mêmes procédures de sécurité que sous le tsar pendant la Première Guerre mondiale. Ainsi, l'armée polonaise est informée par les stations radiotélégraphiques russes des mouvements de l'armée soviétique, des objectifs et des ordres d'opérations. L'état-major russe, selon le colonel polonais Mieczysław Ścieżyński : « n'avait pas la moindre hésitation à envoyer tous ses messages opérationnels par radiotélégraphie ; il y avait des périodes pendant la guerre où, dans un but de transmissions opérationnelles et de commandement par l'état-major, aucun autre moyen de transmission ne fut utilisé, les messages étant transmis, soit entièrement ("en clair") soit chiffrés, par des moyens tellement peu sophistiqués que, pour nos spécialistes entrainés, lire ces messages était un jeu d'enfant. Il en était de même pour le bavardage du personnel des stations radiotélégraphiques, dont la discipline était affreusement relâchée. »

Pendant le mois d' seulement, les cryptologues polonais décryptent près de 410 messages : du général soviétique Mikhaïl Toukhatchevski, commandant du front nord ; de Léon Trotsky, commissaire soviétique à la guerre ; de commandants d'armée, tel le commandant de la , ; le commandant des troupes montées, Semion Boudienny ; le commandant des trois corps de cavaleries, Gaya ; les états-majors des , et armées ; de l'état-major du « Groupe Mozyr » (du nom de la ville biélorusse) ; le « Groupe Zolochiv » (du nom de la ville ukrainienne) ; le « Groupe Yakir » (celui du général Iona Yakir) ; des 2, 4, 7, 10, 11, 12, 16, 17, 18, 24, 27, 41, 44, 45, 53, 54, 58 et d'infanterie ; des 8 divisions de cavalerie, etc.

Les interceptions sont, en général, décryptées le jour même, ou le jour suivant, puis immédiatement envoyées à la Section II (renseignement) et à la section opérations de l'état-major polonais. Les messages les plus importants sont lus en entier par le chef d'état-major, voire parfois par le commandant en chef, maréchal Józef Piłsudski.

L'interception et la lecture des signaux par les services secrets polonais fournissent à ces derniers la totalité des ordres d'opérations russes. Les Polonais sont capables de suivre toute la progression de l'armée de Boudienny, pendant la moitié d', avec une grande précision, simplement en écoutant la correspondance radiotélégraphique de Toukhatchevski, y compris les conflits historiques entre les deux commandants russes. Les interceptions incluent aussi un ordre de Trotsky au Conseil révolutionnaire de guerre du Front occidental, confirmant les ordres d'opérations de Toukhatchevski, leur conférant ainsi l'autorité du chef suprême des forces armées soviétiques. Un ordre d'opération entier de Toukhatchevski à Boudienny, intercepté le , est lu le 20, expliquant les missions de toutes les armées de Toukhatchevski, à propos desquelles peu de choses étaient connues auparavant.

Ścieżyński suppose que les Soviétiques ont réussi, de quelque manière, à intercepter les transmissions opérationnelles polonais ; mais il doute que cela leur rapporte quoi que ce soit, puisque la cryptographie polonaise est à la pointe de la cryptographie moderne. En effet, seul un petit nombre de quartiers-généraux soviétiques sont équipés de stations radios, pour cause de pénurie. Les quartiers-généraux polonais sont plus prudents que ceux des Russes, car presque toutes les divisions polonaises utilisent des lignes téléphoniques.

Les cryptologues polonais sont appuyés, sous le commandement du colonel Tadeusz Schaetzel, chef de la Section II de l'état-major polonais. Ils travaillent à la station de radio de Varsovie WAR, un des deux émetteurs radio longue portée de l'époque.

Les cryptologues polonais découvrent, entre autres, l'existence d'un large brèche au flanc gauche de l'Armée rouge. Les Polonais peuvent enfoncer ce flanc pendant la bataille de Varsovie d'août 1920. Grâce à leur travail, le renseignement polonais peut aussi calculer que la rouge, ayant perdu contact avec son quartier-général, continue d'avancer vers la Poméranie (Pomorze) le long de la côte balte, quand bien même une retraite générale de l'armée rouge est en cours : la est totalement détruite.

L'entre guerres - décryptage d'Enigma Le , Gwido Langer prend les fonctions de chef du bureau de renseignements transmissions de l'état-major général. En 1931, le Biuro Szyfrów est formé, par fusion du bureau de renseignement transmissions et du bureau de cryptographie. Le Biuro Szyfrów est chargé de la cryptographie, des transmissions des services de renseignements, du renseignement transmissions et de la radio-goniométrie. En outre, il s'occupe de l'interception et du décryptage des trafics russes et allemands. La section russe est le BS-3. Le BS-4 (section allemande) est dirigé par Maksymilian Ciężki. Le bureau est en rapports avec le département de mathématiques de l'université de Poznań et avec les ingénieurs de la Société Radio AVA.

Approches d'Enigma L'après-midi du dernier samedi de , un colis d'Allemagne est bloqué par la douane de Varsovie. D'après le manifeste, il contient de l'équipement radio. Le représentant de l'entreprise allemande exige que ce colis, expédié par erreur hors valise diplomatique, soit renvoyé en Allemagne avant de passer en douane. Alertés par son insistance, les douaniers préviennent le bureau du chiffre qui s'intéresse de très près aux nouvelles techniques. Mandatés par le bureau du chiffre, Ludomir Danilewiecz et Antoni Palluth ouvrent avec mille précautions la boîte qui contient, non pas une radio, mais une machine à chiffrer. Du samedi soir au lundi matin, ils examinent l'engin sous toutes les coutures, avant de le remballer soigneusement. Il s'agit d'une machine à chiffrer commerciale, de marque « Enigma ». Le bureau du chiffre s'empresse d'en acheter un exemplaire, par des voies tout à fait légales, auprès de son inventeur allemand le Arthur Scherbius, qui la commercialisait dès 1923' Cryptographie - Enigma ',sur le site commentcamarche.net, consulté le 31 décembre 2013.

Depuis le , les stations radio allemandes émettent des messages chiffrés à la machine qui sont interceptés par les stations d'écoute polonaises et transmis à la section allemande du bureau du chiffre polonais dont les efforts sont vains. L'affaire est mise de côté. Seules traces, l'Enigma commerciale et plusieurs feuilles de papier couvertes de lettres.

En 1929, le prédécesseur de Langer, commandant Pokorny (parent du capitaine Herman Pokorny, célèbre cryptologue de l'armée austro-hongroise de la Grande guerre), Ciężki et Palluth, animent un stage secret de l'université de Poznań à l'intention d'une sélection d'étudiants en mathématiques. Dix ans plus tard, Marian Rejewski, alors en France (dans le cadre du PC Bruno), découvrira que le cours s'appuyait sur le livre de cryptographie d'un général français, Marcel Givierge, publié en 1925. En , Maksymilian Ciężki propose à trois jeunes espoirs du stage de Poznań de travailler pour le bureau du chiffre : Marian Rejewski, Jerzy Różycki et Henryk Zygalski.

Progrès et revers En 1926, la Kriegsmarine adopte une machine Enigma modifiée ; en 1928, l'armée de terre allemande fait de même. En 1930, le système est très compliqué par l'introduction d'un tableau de connexions (Steckerbrett), qui, pourtant n'utilise encore que six fils de connexion. En septembre et , le bureau du chiffre reçoit du capitaine français Gustave Bertrand des copies de documents allemands, deux manuels et deux pages de clefs quotidiennes. Titres des documents : Gebrauchsanweisung für die Chiffriermaschine Enigma (Instructions de mise en œuvre de la machine à chiffrer Enigma) et Schlüsselanleitung für die Chiffriermaschine Enigma (Instructions de réglage de la machine à chiffrer Enigma). L'an passé, ces copies avaient été communiquées au bureau du chiffre français et au GC&CS qui en avaient reconnu l'intérêt, tout en affirmant qu'elles ne pouvaient pas servir à entamer le décryptage. En , Marian Rejewski fait l'un des plus grands bonds en avant de l'histoire de la cryptologie, en employant des mathématiques pures, la théorie des permutations et groupes. Il reconstitue les interconnexions des rotors et du réflecteur.

thumb|300px|left|Cyclomètre, conçu, dans les années trente, par Rejewski afin de cataloguer les permutations des cycles mathématiques des structures d'Enigma . 1: Couvercle rotor fermé, 2: Couvercle rotor ouvert, 3: Rhéostat, 4: Lampes, 5: Commutateur, 6: Lettres.

Une fois les structures logiques de l'Enigma militaire mises en équations par Rejewski, le bureau du chiffre passe, à la Société Radio AVA, dont Antoni Palluth est l'un des quatre directeurs, commande de plusieurs répliques d'Enigma aux spécifications de Rejewski. La méthode de Rejewski consiste à exploiter deux faiblesses des procédures opérationnelles allemandes. Première faiblesse, le réglage quotidien de l'indicateur est écrit dans les feuilles de réglage de clefs. Deuxième faiblesse, l'indicateur de trois lettres est frappé deux fois au clavier, ce qui donne six lettres cryptées. Les caractéristiques de l'indicateur ne dépendent pas de l'enfichage du tableau de connexion. Ce qui implique la compilation d'un catalogue de cartes de certaines caractéristiques du réglage de l'indicateur, donc des rotors. Il y a 26 × 26 × 26 = possibles des rotors pour chacun des six ordres de rotors, au total possibles.

Les messages Enigma deviennent plus difficiles à décrypter quand l'intervalle entre modifications de l'ordre des rotors, de trimestriel, devient mensuel () puis journalier (). De plus, le nombre de fils d'interconnexion passe de six à un nombre compris entre cinq et huit. La méthode de la grille devient moins facile citant qui repose sur des paires de lettres non connectées au tableau de connexion. Encore plus méfiante que l'aviation et l'armée de terre, la marine allemande () introduit une nouvelle procédure, bien plus hermétique, de choix de l'indicateur, qui ne sera plus brisée avant plusieurs années.

Entre 1932 et 1936, le bureau du chiffre est chargé de responsabilités supplémentaires : transmissions radio entre les postes du service de renseignements en Pologne et à l'étranger, contre-espionnage radio, goniométrie mobile, stations d'interception et d'analyse de trafic pour la localisation des émetteurs d'espions ou d'agents de la Cinquième colonne opérants en Pologne.