vignette|Inscription « 1,5° » réalisée par Fridays for Future sur les rives de l'Elbe, dans le quartier de Neustadt à Dresde, pour appeler au respect de l'objectif de (2022). L’objectif de 1,5 degré (ou limite de 1,5 degré) est un objectif climatique visant à limiter à l’augmentation de la température globale d’origine humaine causée par l’effet de serre. L'augmentation est calculée entre la période préindustrielle et 2100, la valeur moyenne des années 1850 à 1900 est utilisée comme valeur préindustrielle.
Contexte Lors de la Conférence des Nations Unies sur les changements climatiques (COP 21) en 2015, la quasi-totalité des pays du monde ont signé l'Accord de Paris, par lequel ils s'engagent à limiter le réchauffement climatique à 1,5 degré. Selon un rapport spécial du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC), atteindre l'objectif de 1,5 degré serait bien plus positif que de se contenter de l'objectif de 2 degrés. Cependant, le GIEC notait en 2019 que . En 2023, le groupe d'expert observait que les efforts déployés jusque là pour réduire les émissions de gaz à effet de serre étaient loin d'être suffisants. Sans une intensification immédiate des mesures, le réchauffement climatique pourrait atteindre environ 3,2°C au cours des 70 prochaines années, avec des conséquences catastrophiques pour les populations et l'environnement.
L’ Organisation météorologique mondiale (OMM) avait prédit que le seuil de température de 1,5 degré serait dépassé au moins une année entre 2023 et 2027. Et en effet, 2024 a été la première année civile à dépasser par rapport aux niveaux préindustriels. Ce type de dépassement ponctuel n'indique pas un dépassement de la limite globale de qui est un changement de plus long terme, mais il s'agit selon les Nations unies de . Une étude publiée en 2025 suggère qu'avoir eu une première année au-dessus de indique que la Terre est très probablement déjà entrée dans la période de 20 ans qui la mènera à atteindre la limite fixée par l'Accord de Paris, soit une période de 20 ans avec un réchauffement moyen de . Selon le Programme des Nations unies pour l'environnement (PNUE), la communauté internationale se dirige vers un réchauffement climatique sévère pouvant atteindre 2, à , même en mettant en œuvre les plans nationaux d'atténuation du changement climatique élaborés par chaque pays dans le cadre de l'Accord de Paris.
Faisabilité Une étude de 2017 estimait faibles les chances d'atteindre l'objectif de 1,5 degré. À l'époque, on supposait que même sans nouvelles émissions de gaz à effet de serre, la température moyenne mondiale augmenterait d'au moins par rapport à l'époque préindustrielle et, avec une probabilité de 13 %, elle augmenterait même jusqu'à ou plus. Une seconde étude de la même année estime peu probable que le réchauffement climatique soit même limité à à 2100, sans parler de . Selon les modèles de l'époque, qui s'appuyaient notamment sur des prévisions concernant le produit intérieur brut par habitant et l'évolution démographique, la probabilité d'atteindre cet objectif était estimée à seulement un pour cent.
Cependant, le rapport spécial du GIEC sur les conséquences d’un réchauffement planétaire de , publié en octobre 2018, conclut que l'objectif de 1,5 degré reste atteignable. Pour y parvenir, les émissions d'origine humaine devraient commencer à diminuer significativement bien avant 2030 et atteindre la neutralité carbone aux alentours de 2050. Afin de réduire les émissions de gaz à effet de serre dans ce laps de temps relativement court, une transition des énergies fossiles vers les énergies renouvelables et une alimentation principalement végétale sont nécessaires. Parallèlement, il est indispensable de capter entre 100 et 1 000 milliards de tonnes de carbone ici la fin du siècle, soit 2,5 à 25 fois les émissions annuelles , estimées à environ 40 gigatonnes. Une option pour y parvenir par des moyens naturels serait de recourir à des mesures de séquestration du dioxyde de carbone dans le cadre de l'agriculture, de la foresterie et d'autres utilisations des terres comme le reboisement et la restauration des landes. Cependant, dans la plupart des scénarios d'émissions modélisés par le GIEC, cette option est jugée insuffisante. De plus, si l'objectif de 1,5 degré est dépassé, le captage et le stockage du carbone devra être utilisé pour refroidir la Terre. Il n'est cependant pas certain que le captage du carbone soit une solution viable à grande échelle.
Une prévision publiée en 2023 affirmait que l’objectif de 1,5 degré serait compromis entre 2033 et 2035, même dans les scénarios les plus optimistes. Un rapport de la même année considérait que le respect de cet objectif et la décarbonation d’ici à 2050 étaient « peu plausibles ».
Une étude de cas sur Londres, publiée en 2023, suggère que la contribution la plus importante à l'atteinte de l'objectif de 1,5 degré dans les grandes villes réside dans une réduction drastique des transports privés. Les scientifiques recommandent un ensemble de mesures, telles que le covoiturage entre voisins, la restructuration du réseau routier selon un modèle de super-îlot, une offre de services locaux complets basés sur un modèle de ville compacte, l'arrêt des grands chantiers routiers ainsi qu'un péage dynamique pour les axes routiers fortement embouteillés ou les zones présentant un impact sanitaire important.
Les plans de production mondiale de charbon, de pétrole et de gaz dépasse constamment les niveaux autorisés nécessaires à l'atténuation du changement climatique. Compte tenu de la corrélation incontestable entre les émissions et la croissance économique, les mesures prenant une perspective critique sur la croissance et visant à réduire le taux de croissance économique sont considérées comme essentielles au respect des objectifs de et de . Selon les travaux de Jason Hickel, par exemple, les objectifs de croissance du Fonds monétaire international (FMI) seraient contraires à ces objectifs,.
Des travaux récents indiquent qu'essayer d'atteindre l'objectif de 1,5 degré grâce au retrait rétroactif des émissions de l'atmosphère terrestre après le dépassement de cette limite (scénario de dépassement) n'est pas réaliste en raison de certains effets irréversibles sur le climat. Selon un sondage réalisé par The Guardian, seulement 5 % des climatologues interrogés au début de 2024 s'attendaient à ce que l'objectif de 1,5 degré soit atteignable.
Avantages par rapport à l'objectif de 2 °C Le rapport spécial du GIEC sur les conséquences d'un réchauffement planétaire de analyse entre autres les avantages d'un réchauffement climatique limité à comparés à un réchauffement de 2°C. Ces avantages incluent :
Une moindre augmentation des températures moyennes, des vagues de chaleur, des sécheresses, des fortes précipitations et des déficits de précipitations. Une montée niveau de la mer réduite de 0,1 mètre par rapport à un réchauffement de 2°C. Sur la base des chiffres de population de 2010 et sans aucune mesure d'ajustement, 10 millions de personnes en moins souffriraient de la montée du niveau de la mer. Le niveau des océans montera de même en respectant l'objectif de 1,5 degré, mais moins rapidement. Moins d'impact sur la biodiversité avec moins d'extinction d'espèces, moins de dommages aux écosystèmes terrestres, d'eau douce et côtiers. Cela permettrait de préserver plus longtemps les services écosystémiques qui y sont associés. Une augmentation moins marquée du réchauffement et de l'acidification des océans, une diminution moins importante du taux d'oxygène dans les océans, une réduction des pertes de biodiversité et de rendement de la pêche. Un été sans banquise dans l'Arctique ne se produirait statistiquement qu'une fois par siècle au lieu d'une fois par décennie. Une diminution des risques pour la santé et la sécurité humaines, pour le maintien des moyens de subsistance, pour l'approvisionnement en eau et en nourriture, ainsi que pour la croissance économique. Moins d'adaptations au changement climatiques seraient nécessaires. Certains systèmes naturels et humains atteindront déjà leurs limites avec un réchauffement de , mais les pertes liées au dépassement de ces limites seront plus limitées qu’avec un réchauffement climatique de 2 degrés.
Le risque de déclencher des points de basculement dans le système climatique terrestre et des réactions en chaîne incontrôlables est nettement plus faible avec un réchauffement de . Ce seuil est cependant proche de déclencher des points de basculement dans la cryosphère, selon un groupe de chercheurs dans un commentaire de 2019. Avec un réchauffement entre et , la calotte glaciaire du Groenland ou la banquise arctique pourraient fondre. Le point de basculement pour la calotte glaciaire de l'Antarctique occidental a peut-être déjà été atteint, mais avec un réchauffement de , la vitesse de fonte des glace sera dix fois moins rapide par rapport à un réchauffement global de 2°C, ce qui rendra l'adaptation à la montée du niveau des océans plus facile.
Selon les projections de 2024 du GIEC, l'atteinte de l'objectif de permettrait de réduire le nombre de régions qui deviendraient inhabitables, ce qui réduirait de 80 % le nombre de personnes contraintes de migrer en raison du changement climatique. Selon CAN Europe, l'alignement de l'Europe sur cet objectif pourrait permettre d'économiser mille milliards d'euros d'ici 2030 Paris einhalten heißt 1 Billion Euro sparen. In: Plattform Transformative Finanzpolitik. 23 January 2024, retrieved 31 January 2024..
Réactions des mouvements de protection du climat Le GIEC et les climatologues Jeff Tollefson: Top climate scientists are sceptical that nations will rein in global warming. In: Nature. Band 599, Nr. 7883, 4 November 2021, ISSN 0028-0836, pg. 22–24, . ayant souligné la faible faisabilité de l'objectif de avec les moyens actuels, divers groupes, comme Scientist Rebellion, estiment que les acteurs politiques devraient reconnaître leurs échecs. Des initiatives de démocratie directe, telles que Climate Restart, à l'origine du référendum de Berlin de 2023 sur la neutralité climatique, soulignent que la décarbonation dans les pays industrialisés doit être mise en œuvre conformément à l'objectif de 1,5 degré afin d'atténuer les risques Klimaneustart Berlin: Volksentscheid Berlin 2030 Klimaneutral. Retrieved 6 November 2022.. vignette|Militants d'Extinction Rebellion soulignant l'échec imminent de l'objectif. (« 1,5 ° RIP ») (2022). Les politologues Wim Carton et Andreas Malm (tous deux de l'Université de Lund ) critiquent les représentants de la science du climat pour avoir fondé leurs simulations sur la faisabilité de l'objectif de 1,5 degré pendant trop longtemps, tout en s'appuyant sur des hypothèses invraisemblables qui ont détourné l'attention des scénarios du monde réel.
Utilisation comme slogan Les mots « 1,5 degré » ou « » sont souvent utilisés comme slogans par les activistes, comme par Fridays for Future en 2022 Hamburger Abendblatt: Hamburger Innenstadt: 1,5-Grad-Schriftzug bleibt auf Mönckebergstraße. 15 July 2022, retrieved 25 November 2022..
Références
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