est un livre du climatologue américain Michael E. Mann publié en 2021, dédié aux dimensions sociétales et politiques du changement climatique.

Synopsis Dans ce livre, Mann analyse les agissements de l'industrie des énergies fossiles pour retarder la lutte contre le changement climatique, les réponses qu'il juge insuffisantes et celles qu'il considère comme les plus efficaces. L'ouvrage a reçu un accueil critique favorable.

Mann explique que le titre de son livre fait référence à sa conviction qu'il y a eu une ancienne guerre climatique, une « offensive des intérêts des énergies fossiles contre les fondements scientifiques du changement climatique », et qu'il y a maintenant une nouvelle offensive en raison des impacts désormais manifestes du changement climatique. Les opposants à l'action climatique emploient des tactiques différentes, comme « semer la discorde parmi les militants écologistes afin d'empêcher toute voix unie exigeant des changements […] et détourner l'attention des solutions systémiques ou politiques nécessaires pour [la concentrer plutôt sur] les comportements individuels »..

Résumé Le livre est structuré en neuf chapitres.

Une histoire de la désinformation (chapitres 1 à 4)

Dans le premier chapitre, Mann retrace l'histoire des techniques de désinformation anti-science, en évoquant la pièce de Henrik Ibsen Un ennemi du peuple (1882), qui illustre déjà cette dynamique. Il montre comment l'industrie du tabac a mis au point ces méthodes en rémunérant des scientifiques comme Frederick Seitz, que Mann surnomme le « grand-père du dénialisme ». Il évoque d'autres campagnes similaires : la biologiste Rachel Carson, dont les recherches ont alerté sur la dangerosité des biocides de synthèse, a fait l'objet d'une campagne de dénigrement virulente. Le pédiatre Herbert Needleman, qui étudie dans les années 1970 les dangers du saturnisme chez les enfants, a fait l'objet d'attaques par les industries liées au plomb, allant jusqu'à des poursuites judiciaires pour fraude scientifique (dont il est finalement exonéré).

Dans les années 1970-1980, deux grands problèmes environnementaux préoccupent les scientifiques : d'une part, les pluies acides menacent les forêts et les lacs. Des chercheurs identifient la cause dans le dioxyde de soufre émis par les centrales à charbon. L'industrie du charbon cherche à les intimider et discréditer. Après des années de combat, l'administration de George H. W. Bush ajoute en 1990 des régulations au Clean Air Act qui obligent les centrales à contrôler leurs émissions de soufre – la science est victorieuse. Le scénario est similaire avec la diminution de la couche d'ozone: les chercheurs qui ont découvert la cause dans les CFC sont la cible d'actions visant à les discréditer. En 1987, 46 pays sont signataires du protocole de Montréal, qui bannit la production de CFC. Pour mieux contrer les scientifiques et éviter les régulations, l'industrie crée des groupes de façade (« front groups ») comme le Competitive Enterprise Institute ou le George C. Marshall Institute, et finance des scientifiques « dénialistes », tels que Fred Singer.

Dans le deuxième chapitre, Mann décrit les «climate wars», la période durant laquelle l'industrie fossile instrumentalise le climato-dénialisme, en attaquant le « graphique en crosse de hockey », puis en orchestrant la controverse du « Climategate » en 2009.

Dans le troisième chapitre, Mann décrit le principe de la deflection campaign, qui permet de détourner l'attention du public d'un problème donné. Un exemple emblématique est la publicité de 1971 « », en apparence dirigée contre le littering, mais en réalité financée par Coca-Cola, Pepsi et Philip Morris, pour empêcher l'adoption d'une loi fédérale sur le recyclage des bouteilles. La stratégie opère en mettant au premier plan l'action individuelle du consommateur. Des études suggèrent que cela réduit le soutien aux solutions systémiques.

Le quatrième chapitre expose la stratégie consistant à prôner la responsabilité individuelle pour détourner l'attention des solutions systémiques, telles que la taxation du carbone, la fin des subventions aux énergies fossiles, ou les soutiens aux renouvelables. Le concept d'empreinte carbone, initialement popularisé par une campagne publicitaire menée par la compagnie pétrolière BP, en est un exemple. Cette stratégie de déflection est souvent déployée sur les réseaux sociaux, où elle polarise en attaquant des choix de vie (voyages en avion, consommation de viande) et accuse d'hypocrisie des personnalités engagées pour le climat, comme Al Gore, Leonardo DiCaprio ou Greta Thunberg.

Solutions systémiques à un problème global (chapitres 5 et 6)

Dans le cinquième chapitre, Mann présente différents mécanismes de tarification des émissions de gaz à effet de serre: taxe carbone, marché de quotas, compensation carbone. Il montre comment de telles lois ont été combattues avec succès par l'industrie aux États-Unis et en Australie. Mann soutient la mise en place d'un prix sur les émissions de carbone ainsi que des mesures axées sur l'offre, telles que l'interdiction de la fracturation hydraulique et le gel de la construction d'oléoducs.

Le sixième chapitre montre comment l'industrie fossile combat les énergies renouvelables, en s'opposant à leur subventionnement et en cherchant à les pénaliser. Mais aussi via des campagnes de désinformation inventant un « syndrome des éoliennes » ou exagérant la dangerosité de l'énergie solaire.

Nouvelles formes du dénialisme (chapitres 7 à 8)

Le chapitre suivant dresse un tableau des pseudo-solutions promues par les climato-dénialistes : la géoingénierie, le « charbon propre » (captage du carbone), les énergies de transition (comme le gaz naturel), la reforestation, l'énergie nucléaire, ou le focus sur l'adaptation et la résilience. Pour Mann, ces technologies offrent une illusion d'action, mais n'attaquent pas le problème à la racine. Elles servent ainsi de tactiques de retardement, ce qui explique le soutien que leur apporte l'industrie fossile.

Le huitième chapitre décrit une nouvelle forme de désinformation qui remplace selon Mann le climato-dénialisme classique : le « doomisme », un discours pessimiste et fataliste qui favorise l'inaction. En dramatisant la situation, en exagérant notamment le risque de rétroactions liées au méthane, et en suggérant qu'il est trop tard pour agir, ce discours conduit au désengagement. Il favorise également des pseudo-solutions comme la géoingénierie, ou le focus sur l'adaptation. Mann observe que le « doomisme » a infiltré le discours général sur le climat, notamment à travers des auteurs comme Jonathan Franzen ou David Wallace-Wells. Mann reproche à ces auteurs de déformer les faits et les chiffres, afin de produire un narratif jouant sur la peur, et neutralisant la capacité d'action.

Conclusion vignette|Une grève scolaire pour le climat à Wellington, en mars 2019. Dans le dernier chapitre, Mann conclut par une vision optimiste. Il identifie plusieurs éléments favorables à l'action : l'essor rapide des énergies renouvelables, les leçons tirées de la pandémie de Covid-19, la mobilisation de la jeunesse pour le climat, et la visibilité croissante des catastrophes climatiques. Il détaille quatre mesures pour favoriser un changement systémique en faveur du climat, et affirme que les conditions sont réunies pour que la transition énergétique s'effectue dans les prochaines décennies .

Réception critique Jeff Masters a écrit dans Yale Climate Connections que The New Climate War « gagnerait à comporter davantage d’illustrations et de dessins pour compléter ses 267 pages de texte. Dans l’ensemble, cependant, cet ouvrage reste une lecture incontournable pour tous ceux qui s’intéressent au climat». Richard Schiffman, du New Scientist, a déclaré : « Alors que le grand sommet des Nations unies sur le climat, la COP26, doit se tenir plus tard cette année à Glasgow, au Royaume-Uni, l'appel de Mann à prendre au sérieux le changement climatique ne pouvait pas mieux tomber. Espérons qu'il ait raison et que le vent soit enfin sur le point de tourner. » Adrienne Hollis, dans Science, a écrit que « cet ouvrage fait le lien entre chaque action et chaque inaction qui ont eu une incidence sur la lutte visant à protéger la Terre des conséquences néfastes du changement climatique. Mann ne cache pas les moments où ceux qui se battent pour la lutte contre le changement climatique ont échoué ». Carolyn Gramling a écrit dans Science News : « The New Climate War vise avant tout à lutter contre la guerre psychologique, et sur ce plan, l’ouvrage est fascinant et souvent divertissant. »

Le livre a été nommé en 2021 pour le prix "business book of the year" du Financial Times, ainsi que pour le prix littéraire Wainwright dans la catégorie "Writing on Global Conservation".

Références

Source primaire .

Sources secondaires

Liens externes

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