Les sièges de Livron (ou Liberon dans les sources anciennes), désignent deux opérations militaires menées contre la place forte protestante durant la cinquième guerre de Religion opposant les troupes royales aux défenseurs huguenots. La première se déroula du au et la seconde du au , toutes deux se concluant par la retraite des troupes royales.
Contexte Les sièges de Livron sont un épisode marquant des guerres de Religion, opposant l'armée royale à une petite communauté protestante solidement établie dans la vallée de la Drôme. Située à un carrefour stratégique entre le Dauphiné et Avignon, la ville est un point de passage clé pour les troupes huguenotes. Dirigée par le noble dauphinois Roessius, elle ne compte qu’environ 400 hommes aptes au combat, mais bénéficie de l’appui du chef protestant Charles du Puy-Montbrun. En face, le Maréchal de Bellegarde réunit une imposante armée avec un objectif clair : anéantir Livron, symbole local de la résistance protestante.
Premier siège (23 juin 1574 - 3 juillet 1574) Après la prise d’Oste, les troupes royales marchèrent sur Livron. Sommés de se rendre, les habitants refusèrent ; ils furent violemment attaqués, et la brèche, jugée suffisante pour un assaut, était prête. Mais au lieu de l'ordonner, le dauphin d'Auvergne, François de Bourbon, averti le cinquième jour du siège que les troupes de la Religion réformée arrivaient en force, renvoya l'artillerie à Valence et, deux jours plus tard, leva le siège Mémoires des frères Gay de Die pour servir à l'histoire des guerres de religion en Dauphiné et spécialement dans le Diois / publiés d'après les manuscrits originaux, avec un texte supplémentaire, des notes généalogiques et des documents inédits, par Jules Chevalier, page 25.
Pendant ce siège, les huguenots perdirent Monsieur de MirabelMirabel était un capitaine, moins connu que Montbrun, gentilhomme du secteur de Mirabel-et-Blacons, commandant une compagnie locale. ainsi que plusieurs soldats. Du côté du des troupes royales, aucun chef ne fut perdu, seulement une trentaine de soldats.
Ordre de bataille Le 17 décembre, l'armée royale rassemble environ soldats Mémoires des frères Gay de Die pour servir à l'histoire des guerres de religion en Dauphiné et spécialement dans le Diois / publiés d'après les manuscrits originaux, avec un texte supplémentaire, des notes généalogiques et des documents inédits, par Jules Chevalier, page 109 : quatorze enseignes de prétoriens de la garde royale ; deux légions helvétiques (onze enseignes) ; douze enseignes dauphinoises ; cinq enseignes piémontaises ; une enseigne messine ; cavalerie lourde et six vexillations allemandes ; vingt-deux pièces d’artillerie majeure.
Livron ne compte qu'environ 400 hommes en état de combattre, sous le commandement du noble dauphinois Roessius.
Deuxième siège (17 décembre 1574 - 13 janvier 1575) Dès le 17 décembre 1574, l'armée royale encercle Livron et installe trois batteries d'artillerie pointées vers les tours Fontaine et Genevoise ainsi que les remparts supérieurs. Les habitants, conscients de leur infériorité numérique, mettent en place une défense collective. Roessius réunit un conseil des tribuns, insiste sur l'unité et la foi, puis fait démanteler la citadelle pour forcer la population à défendre les murailles plutôt que de se replier Mémoires des frères Gay de Die pour servir à l'histoire des guerres de religion en Dauphiné et spécialement dans le Diois / publiés d'après les manuscrits originaux, avec un texte supplémentaire, des notes généalogiques et des documents inédits, par Jules Chevalier, pages 108 à 140.
Bombardements (21 - 25 décembre) Du 21 au 25 décembre, les bombardements s’intensifient sans relâche. Les 22 pièces royales tirent plus de coups contre les tours, puis contre la porte Ampechiane. Les brèches s'agrandissent, tandis que les troupes royales font avancer les vignesLes vignes étaient une ancienne machine de guerre, consistant en cabanes faites en claies et portées sur des roues, pour établir des communications abritées entre les ouvrages de l'assiégeant.Jean de Bueil comte de Sancerre (1406-1477) : Le Jouvencel, suivi du commentaire de Guillaume Tringant page 50 et creusent une tranchée profonde pour atteindre les remparts à couvert. Livron ne dispose que d’un petit canon de campagne, lançant un boulet de la taille d'un œuf, mais celui-ci cause des pertes inattendues aux soldats royaux.
Premier assaut (26 décembre 1574) Le 26 décembre, le maréchal de Bellegarde lance un assaut simultané sur trois brèches. Les cavaliers allemands gardent la Drôme, les Français couvrent la plaine contre une sortie de MonbrunJean de Serres : Histoire des choses mémorables avenues en France, depuis l'an 1547 jusques au commencement de l'an 1597, sous le règne de Henri II, François II, Charles IX, Henri III et Henri IV page 536. À la porte Ampechiane, Roessius et plusieurs tribuns repoussent dix enseignes de prétoriens et de vétérans. Le combat est acharné. Les femmes transportent des matériaux, lancent des pierres, manient des piques et même des engins de guerre. Les adolescents se mêlent aux soldats, exhortant leurs pères et lançant des pierres avec des frondes. À la tour Fontaine, Sailletus, et une cohorte défendent la tour contre huit enseignes de vétérans et de Messins. Sailletus est blessé, plusieurs défenseurs sont tués, mais la brèche tient. Sur la troisième brèche, que le Dauphinois avait ouverte lors du premier siège, Vinazius et sa cohorte repoussent les assaillants qui tentent d'escalader les échelles. Les troupes royales sont repoussées sur les trois points. Livron a tenu. Les femmes et les adolescents ont participés activement : transport de matériaux, jets de pierres, maniement de piques et même du petit canon. Roessius est tué durant l'action, mais sa mort est dissimulée pour éviter la panique. Son cousin Hayus, âgé de 23 ans, est élu chef malgré ses blessures.
Travaux et renforts (27 décembre 1574 – 7 janvier 1575) Dans les jours qui suivent, les habitants colmatent les brèches sous un feu incessant. Les troupes royales creusent des sapes en direction de la tour Fontaine mais les défenseurs parviennent à les contrer par des contre-mines. Monbrun tente d’envoyer des renforts : sur 110 soldats, seulement 50 réussissent à traverser la Drôme en crue, apportant principalement de la poudre, devenue rareJean de Serres : Histoire des choses mémorables avenues en France, depuis l'an 1547 jusques au commencement de l'an 1597, sous le règne de Henri II, François II, Charles IX, Henri III et Henri IV page 537.
Second assaut (8 janvier 1575) Le 8 janvier, un second assaut, encore plus violent, est lancé. Les Helvètes proposent de prendre part à l’attaque. Les brèches s'agrandissent et les sapes sont incendiées. À la tour Fontaine, les enseignes de fantassins vétérans, et les quatre enseignes piémontaises franchissent un instant les fortifications. Hayus, jeune chef élu après la mort de Roessius, intervient et repousse l'assaut. Un paysan de Livron, réfugié dans la tour à demi ruinée, tue plusieurs soldats avec des pierres et le petit canon. Une pièce royale abat le sommet de la tour, mais l'homme survit miraculeusement. À la porte Ampechiane, attaquée par huit enseignes mêlant prétoriens et dauphinois, on combattit avec une grande violence des deux côtés. Finalement, les défenseurs repoussent les assaillants. À la porte Barreriane, l'enseigne impériale des prétoriens et un grand nombre de nobles dauphinois avec leurs cohortes montrent une grande bravoure sous le regard du Maréchal de Bellegarde. Les Helvètes viennent prêter main-forte aux assaillants, mais les femmes de Livron se distinguent à nouveau : elles blessent plusieurs soldats, repoussent leurs adversaires à coups de pierres et de bâtons, et certaines tiennent la brèche malgré leurs blessures. Les troupes royales sont une nouvelle fois repoussées sur les trois fronts, subissant de lourdes pertes. C'est avec une incroyable énergie que les femmes se sont battues ce jour-là : elles ont blessé et tué plusieurs soldats royaux ; et, même si certaines ont péri dans la brèche, elles n’ont jamais quitté leur poste, luttant avec courage et détermination aux côtés des hommes.
Fin du siège (9 – 13 janvier) Après l'assaut, les tirs cessent. Les habitants réparent les fortifications. Une femme se moque de l'armée royale en filant la laine sur les remparts. Dans la nuit du 11 janvier, de nouveaux renforts huguenots entrent dans la ville. Le maréchal de Bellegarde renonce : Livron n’a pas été prise. : le siège est un échec total.
Bilan Le siège de Livron constitue : une défaite humiliante pour l'armée royale, malgré une supériorité écrasante en effectifs et en artillerie ; un symbole de résistance huguenote, comparable à celui de La Rochelle ; un épisode marquant de la participation active des femmes et des adolescents dans les combats ; un exemple de défense urbaine improvisée, où un petit canon et des matériaux de remblai suffisent à compenser l’absence d’artillerie lourde. La ville resta aux mains des protestants jusqu'à la paix, administrée par Hayus, élu chef après la mort de Roessius.
Le siège de Livron en 1574 est un fait d’armes emblématique des guerres de Religion, marquant la capacité des protestants du Dauphiné à résister à des forces supérieures et illustrant la dureté du combat dans une place forte stratégique.
Bibliographie Jules Chevalier (1845-1922) : Mémoires des frères Antoine, Gaspard et Thomas Gay de Die (1547-1586) pour servir à l'histoire des guerres de religion en Dauphiné et spécialement dans le Diois / publiés d'après les manuscrits originaux, avec un texte supplémentaire, des notes généalogiques et des documents inédits Jean de Serres : Histoire des choses mémorables avenues en France, depuis l'an 1547 jusques au commencement de l'an 1597, sous le règne de Henri II, François II, Charles IX, Henri III et Henri IV page 536 et suivantes
Liens externes LE SIÈGE DE LIVRON EN 1574
Notes et références Notes
Références
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