Niklas Luhmann, né le à Lunebourg et mort le à Oerlinghausen aux environs de Bielefeld, est un sociologue allemand spécialiste de l’administration et des systèmes sociaux.

Fondateur de la théorie des systèmes sociaux « Soziologische Systemtheorie », il est couramment considéré comme le sociologue allemand le plus important de la seconde moitié du Roth, S. (2011) Les deux Angleterres et le continent. Anglophone sociology as the guardian of Old European semantics, Journal of Sociocybernetics, vol. 9, n° 1-2 (lire en ligne). Sa théorie des systèmes sociaux s’appuie sur une approche transdisciplinaire du social qui l’amène à produire une analyse qui englobe de multiples approches : philosophique, linguistique, littéraire, juridique, économique, biologique, théologique ou pédagogique. La fin de sa vie sera notamment consacrée à l’analyse des phénomènes médiatiques.

Biographie Le père de Luhmann était brasseur. Niklas Luhmann devient en 1944 membre du parti national-socialiste Christian Stöcker/DPA: Mitgliederverzeichnis: Eppler räumt NSDAP-Parteimitgliedschaft ein. In: Der Spiegel, 14. Juillet 2007. Malte Herwig: Hoffnungslos dazwischen. In: Der Spiegel. Nr. 29, 2007, p. 134 f.. Après des études de droit à Fribourg (1946-1949), il fit un stage pratique à Lunebourg (jusqu'en 1953). Il fut alors fonctionnaire au tribunal de Lunebourg et ensuite, en 1955, au ministère de la Culture de Hanovre. En 1960-1961, il fit un séjour d’étude à l’université Harvard auprès de Talcott Parsons. Il devient ensuite enseignant dans diverses institutions allemandes d’enseignement supérieur (à Spire puis à Dortmund). Il obtient son doctorat en 1964 à l’université de Münster, et cinq mois plus tard son habilitation. Il devient en 1968 professeur à l’université de Bielefeld, jusqu’à sa retraite en 1993.

Travaux

Luhmann est considéré comme l'un des représentants les plus influents du fonctionnalisme, lequel a été particulièrement critiqué par Jürgen Habermas qui lui a opposé sa théorie de l'agir communicationnel.

L'œuvre de Luhmann est abondante. Elle compte plus de 70 livres et près de 400 articles scientifiques abordant les sujets les plus variés, notamment le droit, l'économie, la politique, l'art, la religion, l'écologie, les mass-médias et l'amour. Néanmoins, les théories de Luhmann ont peu marqué la sociologie française et américaine. Elles sont essentiellement connues en Allemagne où elles sont très populaires; leur réception fut aussi assez importante au Japon et en Europe de l'Est en y incluant la Russie. Ailleurs, leur mauvaise réception s'explique partiellement par le fait que la traduction de l'œuvre de Luhmann est une tâche plutôt difficile, dans la mesure où sa lecture représente un défi de taille même pour les sociologues allemands. Aussi, la théorie de Niklas Luhmann est parfois dénigrée par les anglophones pour sa complexité et son "hyper-abstraction", tandis qu'elle a eu une influence plus durable sur les universitaires des pays germanophones, mais aussi en Scandinavie et en Italie.

Luhmann lui-même qualifiait sa théorie de «théorie labyrinthique ou non-linéaire». Il revendique avoir délibérément gardé sa prose énigmatique pour la prévenir des compréhensions trop rapides et par tant réductrices.

Niklas Luhmann est probablement mieux connu en Amérique du Nord pour son débat l'opposant au « théoriste critique » Jürgen Habermas. Cette confrontation tient au fait que Luhmann rejette le concept d'action individuelle et s'intéresse à la nature complexe des sociétés modernes en insistant sur le rôle des institutions qui gèrent et mettent en ordre cette complexité. Cet aspect de la théorie de Luhmann a souvent été rapproché du conservatisme de son maître Schelsky qui accordait une attention particulière au rôle des institutions dans l'organisation et le maintien de l'ordre social.

Si Luhmann et Habermas s'intéressent tous deux au phénomène de la communication, le premier l'envisage selon ses fonctions au sein du système, alors que le second y voit la possibilité d'une éthique de la discussion visant à renforcer l'intersubjectivité des sujets sociaux.

Luhmann reste toutefois attaché à la théorie bien plus qu'aux analyses empiriques, ayant pour principe que si les sociétés sont complexes, elles demandent de la part du sociologue l'élaboration de concepts non moins complexes pour en rendre compte adéquatement. C'est dans cette perspective qu'il produit une œuvre monumentale, passant en revue toutes les institutions sociales à travers la notion de complexité et d'autopoïèse (les systèmes sociaux s'engendrant eux-mêmes).

Sur le potentiel de la théorie des systèmes sociaux, à l'instar de son mentor Talcott Parsons, Luhmann était un grand défenseur des méta-théories. Il est proche par là de thèse de la théorie de la complexité. Il cherche à traiter n'importe quel aspect de la vie sociale dans un cadre théorique universel.

Finalement, l'une des contributions les plus influentes de Luhmann porte sur la sociologie du droit et les socio-legal studies, notamment lorsqu’il aborde les mécanismes internes du système légal et de sa théorie des systèmes autopoïétiques.

Il est également connu pour avoir fait un des plus imposants classements de type Zettelkasten, en utilisant et reliant fiches suivant ce système de classement et organisation de la connaissance.

Théorie des systèmes « Luhmann utilise et distingue trois grands types de systèmes : le système vivant, le système psychique, le système social. Le premier se reproduit au moyen de la vie, le deuxième au moyen de la conscience, le troisième au moyen de la communication ». Le plus clair de son travail porte néanmoins sur des systèmes sociaux.

La théorie des systèmes sociaux de Niklas Luhmann prend comme point d’entrée la communication. Ainsi, la communication est l'élément constitutif des systèmes sociaux. La société « […] signifie [rien de moins] que tout contact social sera conçu comme un système, y compris la société elle-même en tant que totalité de la prise en compte de tous les contacts possibles ». Luhmann était l'un des premiers a considérer la société globalisée. En ce sens, il considérait le système social comme étant international et mondialisé.

Pour Luhmann, à chaque système, correspond un environnement. L’un et l’autre ne sont ni en opposition ni en relation d’entraide, puisque l’environnement est par essence neutre; il n'est pas porteur d’intention. L’un et l’autre sont cependant dépendants l’un de l’autre. Le système ne peut exister sans environnement. Il va chercher son information dans l’environnement. Un système est défini par sa frontière le séparant de son environnement, puisque ce dernier est conçu par Luhmann comme chaotique, infiniment complexe et sans limite claire. Cette frontière est créée par la différence de complexité entre le système et son environnement. Ainsi, à l'intérieur du système se crée une zone de réduction de la complexité dans la mesure où les processus internes au système sélectionnent une quantité d'information limitée dans l'environnement pour l'ordonner. Sans cette frontière, le système perdrait sa structure, noyé dans la complexité infinie de son environnement. Grâce à la frontière et aux opérations internes du système, le système et les sous-systèmes qui le composent acquièrent la fonction de distinction. Celle-ci renvoie à la manière dont les systèmes sociaux se différencient, se définissent et se maintiennent en créant des frontières et en établissant des différences entre divers éléments et domaines. La complexité du modèle théorique luhmannien augmente rapidement considérant l'existence de sous-systèmes; ceux-ci sont sujets aux mêmes règles de tous autres systèmes. Les sous-systèmes sociaux correspondent aux sphères d'activités selon Max Weber: système juridique, système économique, système artistique, système religieux, système politique, système éducatif, système scientifique, etc.

À l’intérieur de tous systèmes, il y a ce qu’on appelle des éléments et leurs relations entre eux; « [u]n élément est […] ce qui, pour un système, fonctionne à titre d’unité qui n’est plus réductible », donc un élément dans un système social pourrait être une interaction entre personnes. Pour le système, un ensemble de relations entre éléments représente l’opération de base de celui-ci. Ces opérations de base apportent au système social la capacité d’analyser l’information récoltée dans son environnement.

Chaque système a une identité distincte qui est constamment reproduite dans sa communication. Si un système échoue à maintenir son identité, la frontière est fragilisée, ce qui menacerait l'existence du système. Luhmann nomme ce processus de reproduction à partir d'éléments préalablement filtrés de l'environnement : autopoïèse; terme emprunté à la biologie cognitive relative aux travaux d'Humberto Maturana et Francisco Varela. Les systèmes sociaux sont de manière opératoire clos sur eux-mêmes, alors même qu'ils utilisent et dépendent des ressources provenant de leur environnement.(il s’agit de systèmes ouverts). C'est en décrivant les systèmes sociaux comme étant de manière fonctionnelle des réseaux clos de communication que Luhmann ignore le fait que la communication présuppose un interlocuteur humain. (Pour Luhmann, il n'y a pas d'individu dans la société. La société n'est faite que de communication. Et seule la communication communique.) L'autopoïèse (de Maturana) s'applique seulement à des réseaux de processus qui se reproduisent eux-mêmes, mais la communication est reproduite par l'humain. C'est une critique faite à Luhmann qui considère la société comme un réseau de communication sans individus.

Niklas Luhmann compare le fonctionnement de l'autopoïèse (le processus par lequel les systèmes sociaux se maintiennent par le filtrage et le traitement de l'information provenant de leur environnement) à un programme faisant une série de distinctions logiques (en allemand Unterscheidungen). Pour ceci, Luhmann se réfère à la logique de la distinction du mathématicien britannique George Spencer-Brown que Maturana et Varela ont très tôt identifiée comme un modèle pour le fonctionnement de n'importe quel processus cognitif. Le critère suprême guidant l'auto-création de n'importe quel système donné est un code binaire défini. Le code binaire d'un système n'est pas à confondre avec le système numérique binaire utilisé pour les ordinateurs. Luhmann suppose que les systèmes auto-référentiels (dans le processus d'autopoïèse) sont continuellement confrontés à un dilemme de désintégration/continuation. Ce dilemme est dirigé par une suite en perpétuel changement de choix possibles; chacun de ces choix possibles peut être sélectionné par le système ou non (l'état binaire équivaut à la dichotomie sélection/rejet. Chaque système à un code dichotomique qui lui est propre. Par exemple, le code binaire du système juridique est: légal/illégal). L'influence de sur Luhmann peut difficilement être surestimée.

Sens (meaning) comme concept de base pour la sociologie