The Rogues of Paris est un film policier muet américain réalisé par Alice Guy et produit par Solax Studios. Sorti le 24 octobre 1913, il mêle mélodrame, enquête criminelle et aventures spectaculaires.
Tourné en grande partie en décors naturels à Lake Hopatcong, dans le New Jersey, il constitue l'une des productions les plus ambitieuses de Solax en 1913. Salué à sa sortie pour son rythme et la qualité de sa mise en scène, le film est aujourd'hui considéré comme perduAlison McMahan, Alice Guy Blaché: Lost Visionary of the Cinema, Continuum, 2002..
Synopsis Le riche Fauvel, vieil homme avare et débauché, complote avec une bande d'élégants escrocs afin de dépouiller sa pupille Margaret de l'héritage qui lui revient. Aidés par l'aventurière Claudia et un jeune prodigue, les conspirateurs mettent en œuvre une succession d'escroqueries et de pièges destinés à s'emparer de la fortune de la jeune femme.
Leur plan est cependant contrarié par l'intervention d'Henriette, une jeune détective amateur, de son père Lecoq et d'un célèbre criminologue parisien. Les affrontements se multiplient jusqu'à un spectaculaire combat sur le toit d'un train lancé à pleine vitesse, avant que les criminels ne soient finalement démasqués.
Fiche technique
Titre : The Rogues of Paris Réalisation : Alice Guy Scénario : Alice Guy Société de production : Solax Studios Distribution : Solax Special Pays de production : Format : noir et blanc — film muet — 35 mm — 1,33:1 Genre : drame policier Longueur : environ 4 000 pieds (4 bobines) Lieux de tournage : Lake Hopatcong (New Jersey) Date de sortie : : 24 octobre 1913
Distribution
: Clameron : Margaret Claire Whitney : Claudia Mrs. Truesdale Joseph Levering Wallace Scott James Johnson James O'Neill
Production À l'été 1913, Alice Guy entreprend la réalisation de ce qui constitue alors l'une des productions les plus ambitieuses de Solax.
Selon Moving Picture News, une équipe d'une cinquantaine de personnes est envoyée à Lake Hopatcong, dans le New Jersey, avec plusieurs chariots de matériel, accessoires et éléments de décor. Le coût de la production dépasse déjà 3 000 dollars avant la fin du tournage, ce qui représente un investissement important pour un studio indépendantMoving Picture News, 13 septembre 1913..
Plusieurs séquences sont tournées sur les rives du lac ainsi que sur le domaine ayant appartenu au magnat des chemins de fer Russell Sage. Des ponts militaires provisoires sont même construits afin de permettre certaines scènes d'action.
Au cours du tournage, Alice Guy utilise également, sans autorisation préalable, le domaine de l'inventeur Hudson Maxim. Intrigué par cette activité, celui-ci vient observer le tournage avant de faire connaissance avec la réalisatrice. Les deux échangent longuement sur les procédés du cinéma et sur les rapports entre le langage et l'image animée. Fasciné par les techniques employées par Solax, Hudson Maxim offre finalement à Alice Guy un exemplaire dédicacé de son ouvrage The Science of Poetry and the Philosophy of LanguageMoving Picture News, 20 septembre 1913..
La préparation du film accompagne une période d'expansion de Solax. À la fin de l'année 1913, la société annonce l'agrandissement de ses studios de Fort Lee afin d'accroître sa capacité de production et de développer la distribution nationale de ses longs métragesMotion Picture News, 6 décembre 1913..
Le métrage du film fait l'objet de plusieurs annonces contradictoires dans la presse professionnelle. D'abord présenté comme une production de trois bobines devant sortir en septembre 1913, The Rogues of Paris est finalement exploité sous la forme d'un film de quatre bobines d'environ 4 000 pieds, enregistré auprès du copyright américain le 28 octobre 1913Moving Picture World, octobre 1913.. Analyse
The Rogues of Paris marque une étape importante dans l'évolution des productions Solax. Alors qu'Alice Guy s'était surtout illustrée par des drames intimistes et des comédies en une bobine, le film adopte les codes du long métrage policier à épisodes, multipliant les rebondissements, les déguisements, les poursuites et les scènes d'action.
Le scénario repose sur une lutte entre une organisation criminelle sophistiquée et plusieurs enquêteurs. Les malfaiteurs ne sont pas de simples voleurs mais des escrocs mondains évoluant dans les milieux aisés, ce qui rapproche le film des feuilletons policiers français du début du XX siècle, notamment ceux mettant en scène les criminels « gentlemen » popularisés par la littérature et le cinéma.
L'un des aspects les plus originaux du film réside dans le personnage de la détective Henriette. Selon Alison McMahan, ce rôle est interprété par Vinnie Burns, qui apparaît déguisée en homme au cours de l'enquête. Cette utilisation du travestissement constitue un procédé dramatique relativement rare dans le cinéma américain de 1913 et illustre l'intérêt d'Alice Guy pour les personnages féminins actifs et indépendantsAlison McMahan, Alice Guy Blaché: Lost Visionary of the Cinema, Continuum, 2002, p. 164..
La mise en scène semble également avoir accordé une place importante aux décors naturels. Le tournage à Lake Hopatcong permet à Alice Guy d'intégrer de vastes paysages, des demeures imposantes et des installations spécialement construites pour certaines séquences d'action, rompant avec les décors plus confinés des productions courantes de l'époque.
Accueil critique
Avant même la sortie du film, Moving Picture World présente The Rogues of Paris comme un mélodrame criminel fondé sur « des révélations d'une remarquable ingéniosité criminelle », dans lequel une succession d'obstacles inattendus vient contrarier les plans des conspirateursMoving Picture World, 1 novembre 1913..
Dans sa critique publiée le 15 novembre 1913, le même journal qualifie le film de « mélodrame rempli d'incidents sensationnels » tout en soulignant que sa principale qualité réside dans la fraîcheur de sa mise en scène. Le critique apprécie particulièrement la fluidité du récit et la conviction des interprètes.
La revue salue notamment l'interprétation de Fraunie Fraunholz, dont le personnage de criminel est jugé particulièrement convaincant malgré quelques excès de jeu, ainsi que celle de Vinnie Burns dans le rôle de l'héroïne. En revanche, elle estime que le personnage du détective demeure le point faible du scénario.
Le critique remarque également une spectaculaire séquence de combat sur le toit d'un train lancé à grande vitesse, qu'il considère comme l'un des moments les plus marquants du film. Il regrette toutefois que la multiplication des scènes à sensation prenne parfois le pas sur le suspense lié au sort de l'héroïneMoving Picture World, 15 novembre 1913..
Diffusion
La sortie du film connaît plusieurs modifications au cours de l'année 1913.
Les premières annonces de Solax prévoient une exploitation en trois bobines dès le mois de septembre. Les publications professionnelles mentionnent ensuite successivement un film de 3 000 puis de 4 000 pieds avant que l'enregistrement du copyright américain ne confirme une version définitive composée de quatre bobines.
Cette évolution témoigne des adaptations fréquentes apportées aux productions américaines durant les dernières phases du montage, à une époque où les films de plusieurs bobines deviennent progressivement la norme.
Conservation
Aucune copie connue de The Rogues of Paris n'a été retrouvée à ce jour. Le film est aujourd'hui considéré comme perdu.
Sa disparition est d'autant plus regrettable qu'il constituait l'une des productions les plus ambitieuses d'Alice Guy pour Solax, tant par son budget que par l'ampleur de son tournage en décors naturels.
Postérité
Bien que disparu, The Rogues of Paris demeure régulièrement cité dans les travaux consacrés à l'œuvre américaine d'Alice Guy. Alison McMahan le considère comme l'un des films importants de la dernière période de Solax, aux côtés de A House Divided, The Star of India et A Fight for Millions.
Le film est également représentatif de l'évolution de la réalisatrice vers des productions plus longues et plus spectaculaires, destinées à concurrencer les grands feuilletons cinématographiques qui connaissent alors un succès croissant.
Bibliographie
Notes et références
Voir aussi Liens externes
Moving Picture News, 13 septembre 1913 : début du tournage à Lake Hopatcong Moving Picture News, 20 septembre 1913 : Claire Whitney rejoint Solax Moving Picture News, 20 septembre 1913 : rencontre entre Alice Guy et Hudson Maxim Moving Picture World, 25 octobre 1913 : sortie du film Moving Picture World, 1 novembre 1913 : synopsis Moving Picture World, 15 novembre 1913 : critique Motion Picture News, 6 décembre 1913 : développement des studios Solax
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