Le combat de Charles Martel et d'Abdherame, roi des Sarrasins est un groupe sculpté en bronze en ronde-bosse réalisé en 1833 par le sculpteur français Jean-François-Théodore Gechter. Exécuté selon le procédé de la fonte à la cire perdue, l'exemplaire original est conservé au musée du Louvre. L'œuvre connaît plusieurs éditions en bronze au cours du XIXe siècleMusée du Louvre..
Historique Gechter présente une première version en plâtre de l'œuvre au Salon de 1833. À la suite de cette exposition, l'État lui commande une fonte en bronze pour un montant de 3 000 francs. Élève d'Antoine-Jean Gros et de François-Joseph Bosio, Gechter est l'auteur de nombreuses sculptures d'inspiration historique et se distingue notamment par son talent dans la représentation des chevauxAlienor.. L'artiste choisit d'illustrer un épisode de la bataille de Poitiers de 732, au cours de laquelle Charles Martel et son armée repoussent les troupes omeyyades commandées par Abd al-Rahman ibn Abd Allah al-Ghafiqi, appelé « Abdherame » dans les sources anciennes. Le duel équestre opposant les deux chefs de guerre et non des rois, constitue une synthèse symbolique de la victoire franque.
Le livret du Salon décrit ainsi le sujet :
À cette occasion, Gechter reçoit une médaille d'or dedeuxième classe.
Contexte thumb|left|Modèle de Menthon. Au XIXe siècle, la bataille de Poitiers est largement interprétée par l'historiographie française comme un épisode fondateur de la nation. Dans certains courants politiques, notamment anticléricaux, Charles Martel est davantage mis en avant que Clovis, dont la figure est plus étroitement associée à l'histoire de l'Église. Parallèlement, la conquête coloniale française en terres majoritairement musulmanes contribue à raviver l'intérêt pour cette victoire militaire.
Le choix de ce sujet demeure relativement original dans la production de Théodore Gechter, peu d'artistes de son époque s'étant intéressés à cet épisode.
À la fin du XIXe siècle, la bataille de Poitiers est également présentée comme le symbole de la capacité de la France à repousser les envahisseurs, dans un contexte marqué par l'annexion de l'Alsace-Lorraine après la guerre franco-prussienne de 1870-1871. En Allemagne comme au Royaume-Uni, les théories raciales alors en vogue conduisent également à une réinterprétation de la bataille : certains auteurs allemands soulignent l'origine germanique des Francs, tandis que des auteurs britanniques revendiquent cette victoire comme un succès de la civilisation européenne sur des armées venues d'AfriqueMarc maison..
Sous la IIIe République, l'année 732 s'impose dans les manuels scolaires comme une étape majeure du récit national. L'enseignement républicain met alors principalement l'accent sur la dimension patriotique de la victoire, en atténuant les interprétations religieuses qui avaient prévalu auparavant.
Le bronzier Nicolas-Germain Charpentier reprend ultérieurement la composition de Gechter pour réaliser une pendule de cheminée en bronze, accompagnée de deux candélabres figurant des chevaliers en armureNotice.
Description La sculpture mesure 62 cm de hauteur, 54 cm de largeur et 38,5 cm de profondeur. Elle porte sur la face avant la signature « T. Gechter ». Sur le côté droit figure l'inscription :
Charles Martel est représenté sur un cheval cabré. Il brandit une masse d'armes au-dessus de sa tête afin de frapper son adversaire. Sous lui, Abd al-Rahman ibn Abd Allah al-Ghafiqi appelé Abdherame par les sources de l’époque, dont le cheval s'effondre au sol, prend appui d'un genou sur sa selle tandis que son bras levé tente de repousser le coup qui lui est porté. Les deux montures, traitées avec un grand sens du mouvement, occupent une place essentielle dans la composition et témoignent de la maîtrise de Gechter dans la représentation des chevaux.
L'armement et les costumes ne correspondent pas à ceux du VIIIe siècle. Charles Martel porte une armure de style Renaissance, tandis qu'Abdherame est vêtu d'une cotte de mailles ajustée et d'un pantalon à crevés inspiré de la mode française du XVIe siècle. Ce choix relève d'une interprétation historiciste caractéristique de la sculpture romantique.
Gechter accorde un soin particulier au traitement des matières en multipliant les contrastes de surface : la rugosité de la cotte de mailles s'oppose aux surfaces lisses des jambières, tandis que les harnachements sont richement ciselés.
Versions Plusieurs exemplaires ou adaptations de cette composition sont connus : un exemplaire est conservé au musée Bossuet de Meaux ; un exemplaire est conservé au musée des Beaux-Arts de Blois ; une pendule en bronze surmontée du même groupe sculpté est conservée au Patrimonio Nacional, à Madrid (Espagne) ; un exemplaire est conservé au château de Menthon-Saint-Bernard.
Notes et références
Liens externes
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