vignette|Si un chat est agacé par un stimulus et qu’il ne peut pas l’attaquer, il peut rediriger sa colère ailleurs en attaquant ou en manifestant son agressivité envers le chat, le chien, l’être humain ou tout autre individu se trouvant à proximité.

L’agression redirigée ou agression déplacée, est la réaction d'un animal stressé par un stimulus extérieur, une provocation ou une menace, incapable d'y répondre par interaction avec la source de son stress, déportant cette réponse, éventuellement intensifiée, sur un individu plus accessible. Ce comportement est plus fréquent chez les chats que chez les chiens. Chez certaines espèces de singes, la colère peut être redirigée vers un proche ou un allié de l’adversaire. Chez les poissons cichlidés, elle peut servir à gérer les conflits au sein du groupe.

Ce comportement existe également chez les humains. On parle parfois d’agression redirigée déclenchée lorsqu’une personne, après avoir été provoquée ou mise en colère par quelqu’un, manifeste une réaction émotionnelle négative envers une autre cible. Ces explosions émotionnelles résultent souvent d’une difficulté à contrôler ses émotions et d’une accumulation progressive de colère. Ce qui distingue l’agression redirigée déclenchée est la présence d’une provocation initiale, qui provoque la colère, puis d’un élément déclencheur qui conduit à la réaction agressive ; cette réaction dépasse souvent l’intensité attendue au regard de ces deux facteurs combinés.

Par espèces Chats L’agression redirigée est une forme courante d’agression qui peut se produire dans les foyers où vivent plusieurs chats. Généralement, il existe un stimulus qui provoque l’agitation : cela peut être une vue, un son ou une autre source de stimulation qui entraîne un niveau élevé d’anxiété ou d’excitation. Si le chat ne peut pas attaquer le stimulus, il peut diriger sa colère ailleurs en attaquant ou en manifestant son agressivité envers le chat, le chien, l’être humain ou tout autre individu se trouvant à proximité. L’agression redirigée est plus fréquente chez les chats que chez les chiens.

Chiens Le comportement agressif chez les chiens est souvent lié à la peur. On pense qu’un chien peut entrer dans un état d’autoprotection lorsqu’il se sent menacé. Certains chiens peuvent également devenir surexcités ou ressentir de la frustration lorsqu’ils ne peuvent pas atteindre le stimulus à l’origine de leur excitation, ce qui provoque de l’anxiété ou de la peur. Le chien peut alors détourner sa colère vers son propriétaire, dans ce que l’on appelle une morsure redirigée.

Dans certains cas, les chiens peuvent être frustrés de ne pas pouvoir poursuivre une proie et se retourner contre leur propriétaire dans un phénomène d’agression redirigée. Une femme, Bethany Lynn Stephens, a été tuée par ses deux propres chiens, qui étaient tous deux des Pitbulls ; cet événement a été considéré comme un cas possible de redirection de l’agression chez le chien.

Eléphants Certains éléphants mâles adolescents solitaires (âgés de 10 à 15 ans) ont été observés en train de frapper la végétation ou de charger d’autres animaux ne représentant pas une menace, ce qui est considéré comme une forme possible d’agression redirigée.

Singes Ce comportement a également été observé chez les singes, notamment chez le macaque rhésus (Macaca mulatta), le vervet et le babouin jaune (Papio cynocephalus). Chez le macaque rhésus et le vervet, la colère redirigée ne vise pas un individu choisi au hasard, mais un apparenté de l'adversaire. Chez le babouin jaune, espèce connue pour former des amitiés durables, la colère redirigée est dirigée vers les amis du babouin rival.

Poissons cichlidés Ce comportement a été observé chez le poisson cichlidé Julidochromis regani, une espèce sociale vivant en groupe. En observant ces poissons, des chercheurs ont constaté qu'après avoir été attaqué, le poisson ciblé redirigeait son agressivité vers un troisième individu, détournant ainsi l'attention de l'agresseur initial. Ce comportement a été observé chez les femelles de l'espèce. Les chercheurs ont également noté que cette agression redirigée ne retardait pas les attaques de l'agresseur d'origine. Ils en ont conclu que l'agression redirigée est utilisée comme un moyen de gérer les conflits chez les poissons sociaux.

Humains L'agression redirigée existe également chez les humains. Elle peut aussi prendre la forme du bouc émissaire, lorsqu'une personne dirige sa colère vers un tiers plutôt que vers la véritable source de sa frustration ou de la provocation. Comme chez les animaux, cela se produit généralement parce qu'il est impossible, difficile ou peu judicieux de répondre directement à l'auteur de la provocation. Par exemple, une victime peut s'en prendre à une personne étrangère aux faits et n'ayant que peu ou pas de lien avec l'événement. La cible de cette agression est souvent une personne plus faible ou plus vulnérable.

L'agression redirigée peut également se manifester sous la forme de violences conjugales. Aux États-Unis, environ dix millions de personnes par an — soit une femme sur trois et un homme sur dix âgés de 18 ans ou plus — sont victimes de violences domestiques. Des études ont montré que les auteurs de ces violences peuvent manifester une telle agressivité lorsqu'ils sont soumis au stress ou à une provocation, la rumination mentale jouant un rôle important dans l'intensification de l'agressivité. La rumination désigne le fait de ressasser de manière répétitive des émotions négatives et les événements qui les ont provoquées.

La rumination est également associée à des troubles de l'humeur tels que la dépression et l'anxiété. Les personnes souffrant de dépression ont souvent tendance à ressasser leurs symptômes et leurs causes, ce qui réduit leur capacité à réguler leurs états mentaux. Un phénomène comparable est observé chez les personnes anxieuses, la rumination constituant l'un des symptômes fréquents de ce trouble. En raison du lien entre ces troubles et la rumination, ces personnes peuvent présenter des épisodes d'agression redirigée liés à une moindre maîtrise de leurs pensées et de leurs émotions.

La rage au volant constitue un autre exemple d'agression redirigée. Selon l'Association américaine de psychologie, des facteurs tels que les embouteillages peuvent accroître la colère des conducteurs et favoriser son report sur d'autres usagers de la route. Selon la théorie de l'agression redirigée présentée par l'avocat pénaliste , la circulation routière peut conduire certaines personnes à décharger leur agressivité sur des conducteurs qui ne sont en rien responsables de leur frustration. Aux États-Unis, le nombre de cas signalés de rage au volant augmenterait d'environ 7 % par an. Les conducteurs frustrés ou impatients adoptent alors plus fréquemment des comportements dangereux, comme les excès de vitesse ou les manœuvres visant à couper la route à d'autres automobilistes.

La consommation d'alcool peut également favoriser l'agression redirigée en réduisant les inhibitions et en augmentant les comportements agressifs. Chez une personne en état d'ivresse, un déclencheur relativement mineur, comme une insulte, peut provoquer une réaction agressive plus importante que chez une personne sobre. Toutefois, en cas d'intoxication très importante, l'agressivité tend à diminuer, les inhibitions étant alors tellement réduites que les stimuli déclencheurs sont moins susceptibles d'être perçus.

L'agression redirigée peut aussi résulter d'un sentiment d'incompétence ou d'une menace pesant sur le sentiment d'auto-efficacité. Les individus se fixent généralement des objectifs et se considèrent capables de les atteindre. Lorsque des obstacles entravent ces objectifs, leur sentiment d'efficacité personnelle peut être diminué. Cette perte d'auto-efficacité, combinée à la frustration de ne pas atteindre le but recherché, peut favoriser l'agression redirigée, faute de pouvoir s'en prendre directement à la véritable source de l'obstacle.

Au sein de groupes ou de communautés humaines, cette agressivité peut être dirigée contre une minorité locale. Ce phénomène a notamment été observé sous la forme d'une hostilité envers les immigrés (xénophobie) et constitue un autre exemple de désignation d'un bouc émissaire.

Prévention L'animal agité doit être évité jusqu'à ce qu'il ne soit plus en colère. Il convient également de lui empêcher l'accès au stimulus à l'origine de son agitation.

Chez les humains, une stratégie permettant de limiter les manifestations d'agression redirigée consiste à pratiquer la pleine conscience. Bien que simple en apparence, celle-ci est associée à des niveaux plus faibles d'hostilité et d'agressivité, tant verbale que physique. La pleine conscience consiste notamment à être conscient de ses émotions et de la manière dont elles s'expriment. Elle implique de reconnaître le moment où l'agressivité commence à prendre le dessus et de disposer de moyens pour la gérer, par exemple en appelant un proche, en méditant ou en notant les causes de sa colère. Il est également recommandé d'éviter d'intervenir dans des bagarres ou de recourir aux châtiments corporels comme moyen de correction, car la personne qui intervient peut alors être perçue comme une menace.

Notes et références

Voir aussi Acting out

Déplacement (psychanalyse)

Going postal

Violence latérale Bouc émissaire

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