Jakob Eduard Polak, également écrit Jacob Eduard Polak, Pollak ou Polack, né le à Mořina, dans le royaume de Bohême, et mort le à Vienne, est un médecin, enseignant, ethnographe et iranologue autrichien.
Professeur de médecine et de pharmacie au Dar-ol-Fonoun de Téhéran de 1851 à 1860, puis médecin personnel de Nassereddine Chah de 1855 à 1860, il joue un rôle important dans l’introduction de l’enseignement médical européen en Perse au . Il contribue également à la création d’une terminologie médicale moderne en langue persane et publie plusieurs manuels de médecine destinés à ses élèves.
Son ouvrage en deux volumes Persien: Das Land und seine Bewohner. Ethnographische Schilderungen, publié en 1865, constitue une source importante sur la société, la médecine et la culture de la Perse qadjare.
Biographie
Jeunesse et formation
Jakob Eduard Polak naît le 12 novembre 1818 à Mořina, alors appelée Groß Morzin, près de Prague, dans une famille juive de Bohême. Certaines publications anciennes donnent 1820 comme année de naissance, mais les recherches biographiques récentes retiennent généralement 1818.
Il étudie la philosophie et la médecine à Prague, puis à Vienne. Il obtient un doctorat en médecine en 1845, un diplôme de chirurgie en 1847 et une qualification en obstétrique en 1849. Il travaille pendant une année à l’Hôpital général de Vienne, puis exerce comme médecin dans une raffinerie de sucre à Valašské Klobouky, en Moravie. Il retourne ensuite à l’Hôpital général de Vienne entre 1848 et 1849.
Arrivée en Perse
En 1851, le gouvernement persan charge Jān Dāwūd Khan, diplomate arménien au service de la cour qadjare, de recruter en Autriche des enseignants pour le nouvel établissement supérieur fondé à Téhéran à l’initiative du grand vizir Amir Kabir. Polak est engagé comme professeur de médecine et de pharmacie pour une durée initiale de quatre ans.
Il quitte Vienne avec six autres enseignants autrichiens et rejoint Téhéran le 24 novembre 1851, après un voyage par Istanbul et l’Arménie. Leur arrivée coïncide avec la disgrâce d’Amir Kabir. Bien que les nouvelles autorités leur réservent d’abord un accueil peu favorable, le Dar-ol-Fonoun ouvre ses portes environ un mois plus tard.
Enseignement au Dar-ol-Fonoun
Polak enseigne d’abord en français avec l’aide d’un interprète, Mohammad Hossein Khan Qajar. Insatisfait de la qualité des traductions, il apprend le persan et commence rapidement à donner lui-même ses cours dans cette langue. Il enseigne notamment l’anatomie, la chirurgie, la médecine interne et la pharmacie.
Il rédige plusieurs ouvrages médicaux en persan, parmi lesquels un traité d’anatomie publié par lithographie en 1854 et un manuel de chirurgie et d’ophtalmologie paru en 1857. Il élabore également un vocabulaire médical persan, français, arabe et latin. Son activité participe à la formation d’une terminologie médicale moderne en langue persane.
Selon son propre témoignage, Polak ne compte qu’une quatorzaine d’élèves réguliers, mais plusieurs d’entre eux poursuivent ensuite leurs études en Europe. Sept sont envoyés à Paris, où certains obtiennent un doctorat en médecine avant de revenir enseigner ou exercer en Perse.
Polak donne également des conférences consacrées au choléra. Plusieurs manuscrits conservés sous le titre de Bimāri-ye wabā sont issus de ses cours ou des notes prises par ses étudiants. L’attribution exacte de certains de ces textes demeure toutefois incertaine.
Pratique médicale
Polak contribue à introduire en Perse plusieurs pratiques de la médecine clinique et chirurgicale européenne. Il est notamment l’un des premiers médecins du pays à opérer régulièrement des patients rendus inconscients. Dans son ouvrage de 1865, il affirme avoir réalisé 158 opérations de calculs de la vessie.
En 1854, il pratique l’autopsie de son collègue autrichien Zatti afin de déterminer les causes de sa mort. Cette intervention est généralement considérée comme la première dissection post-mortem documentée effectuée en Iran dans le cadre de la médecine moderne.
Il refuse cependant de disséquer à des fins pédagogiques les corps de membres exécutés du mouvement babi, estimant qu’une telle opération l’associerait à une mesure punitive et risquerait de provoquer des représailles.
La construction par Polak du premier hôpital moderne de Perse, parfois affirmée dans des biographies anciennes, demeure contestée. Il décrit lui-même l’échec de son projet de création d’un hôpital militaire à l’extérieur de Téhéran en 1854, tandis qu’un établissement hospitalier gouvernemental existait déjà avant son arrivée.
Médecin de Nassereddine Chah
En janvier 1852, Polak devient inspecteur général des médecins militaires, fonction essentiellement administrative. En 1855, après la mort du médecin français Louis-André-Ernest Cloquet, il est nommé médecin personnel de Nassereddine Chah.
Outre ses fonctions médicales, il poursuit avec le chah les leçons de français commencées par Cloquet et lui enseigne la géographie et l’histoire. Il accompagne également le souverain lors de plusieurs déplacements en Perse.
Il demeure au service de la cour jusqu’en 1860. Avant son départ, il reçoit l’ordre du Lion et du Soleil de deuxième classe. Le médecin français Joseph Désiré Tholozan lui succède comme médecin personnel du souverain, tandis que le médecin néerlandais Johan Louis Schlimmer reprend son enseignement au Dar-ol-Fonoun.
Retour à Vienne
Après un séjour en Égypte, Polak retourne à Vienne. Il reprend son activité médicale à l’Hôpital général, puis travaille dans un établissement de cure à Bad Ischl. Il se marie en 1862 avec une femme prénommée Therese.
Il enseigne ensuite le persan à l’université de Vienne et devient conseiller du ministère autrichien des Affaires étrangères pour les questions relatives à la Perse. Le gouvernement qajar sollicite également son aide comme intermédiaire auprès des autorités autrichiennes.
Polak entretient jusqu’à la fin de sa vie des relations avec Nassereddine Chah. Il rencontre de nouveau le souverain lors de ses voyages en Europe, notamment à Berlin en 1889, où Polak est conseiller et interprète auprès de l’empereur d’Autriche.
Exposition universelle de Vienne
Polak joue un rôle important dans la participation de la Perse à l’Exposition universelle de 1873 à Vienne. Il organise le comité chargé de rassembler les objets destinés au pavillon persan, supervise la sélection des œuvres et rédige le catalogue officiel de la participation qadjare.
Ses relations avec la cour persane et les autorités autrichiennes contribuent également au renforcement des échanges diplomatiques entre les deux pays. La participation de la Perse à l’exposition précède l’établissement d’une représentation diplomatique austro-hongroise permanente à Téhéran.
Polak représente par ailleurs l’Empire d’Autriche à la troisième Conférence sanitaire internationale, organisée à Istanbul en 1866. En 1874, lors de la quatrième conférence sanitaire internationale à Vienne, il représente officiellement le gouvernement persan dans les discussions relatives à la propagation du choléra.
Voyages scientifiques
Polak voyage dans plusieurs régions de Perse et s’intéresse à la géographie, à la géologie, à la botanique, aux pratiques agricoles et aux voies de communication. Il collabore avec des sociétés savantes et publie de nombreux articles dans les revues scientifiques autrichiennes.
En 1882, il retourne brièvement en Perse pour une mission consacrée à la flore du massif de l’Alvand, près de Hamedan, avec le botaniste Thomas Pichler et le géologue Franz Wähner. Les résultats botaniques de l’expédition sont publiés en 1885 par Otto Stapf.
Polak contribue également au financement d’une mission géologique dont les échantillons de minéraux et de fossiles sont ensuite remis au Musée d'histoire naturelle de Vienne.
Travaux ethnographiques
En 1865, Polak publie à Leipzig son principal ouvrage, Persien: Das Land und seine Bewohner. Ethnographische Schilderungen — « La Perse, le pays et ses habitants : descriptions ethnographiques » — en deux volumes.
L’ouvrage traite notamment de l’alimentation, des vêtements, des bains, des sports, de la vie familiale, de l’éducation, du droit, de la religion, des fêtes, de l’administration qadjare, des transports, du commerce, de l’agriculture et de la sécurité publique. Cinq chapitres sont consacrés à la médecine, aux différentes catégories de soignants, aux méthodes thérapeutiques, aux maladies, aux poisons et aux narcotiques.
Grâce à sa maîtrise du persan et à ses relations avec différents milieux sociaux, Polak recueille des informations rarement accessibles aux voyageurs européens. Son texte contient toutefois certains jugements orientalistes et repose sur sa conviction de la supériorité générale des institutions européennes. Il demeure néanmoins une source importante pour l’étude de la société qadjare au milieu du .
La traduction persane, publiée en 1982 sous le titre Safarnāma-ye Polāk: Irān va Irāniān, présente le livre comme un récit de voyage, bien que l’ouvrage original ait été conçu comme une étude ethnographique plutôt que comme un journal de voyage.
Relations avec la communauté juive d’Iran
Dans son ouvrage sur la Perse, Polak décrit la situation des communautés juives iraniennes. Les sources persanes contemporaines le présentent lui-même comme juif, bien qu’il évoque rarement son identité religieuse dans ses propres écrits.
Après son retour en Europe, il attire l’attention de l’Alliance israélite universelle sur les discriminations et les difficultés rencontrées par les Juifs de Perse. Il préconise l’envoi d’un représentant à Téhéran et la fondation d’une école juive. La première école de l’Alliance israélite universelle à Téhéran ouvre finalement en 1898, plusieurs années après sa mort.
Mort et postérité
Jakob Eduard Polak meurt à Vienne le 8 octobre 1891, à l’âge de 72 ans. Il est inhumé dans la section israélite du cimetière central de Vienne.
Son monument funéraire portait un vers attribué au poète persan Saadi :
Endommagée pendant la guerre, la pierre tombale originale est ultérieurement retirée du cimetière et intégrée aux collections du Weltmuseum Wien. Une nouvelle pierre est placée sur sa tombe.
Les recherches consacrées à l’histoire de la médecine en Iran présentent Polak comme l’un des principaux médiateurs de la médecine européenne dans la Perse qadjare. Son rôle comprend à la fois la formation des premiers médecins militaires du Dar-ol-Fonoun, la rédaction de manuels en persan, l’introduction de nouvelles pratiques cliniques et la transmission en Europe d’informations sur la société iranienne.
Distinctions
Ordre du Lion et du Soleil, deuxième classe, Perse ; grade de colonel de deuxième classe dans l’administration persane ; chevalier de l’ordre de François-Joseph ; médaille autrichienne des sciences et des arts ; membre honoraire de la Société impériale et royale de géographie de Vienne.
Principales publications
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Bibliographie
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Notes et références
Voir aussi
Dar-ol-Fonoun Nassereddine Chah Amir Kabir Joseph Désiré Tholozan Albert Joseph Gasteiger
Liens externes
« Polak, Jakob Eduard » dans l’Encyclopædia Iranica
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