La sécurité alimentaire au Bénin désigne la capacité de la population de ce pays d'Afrique de l'Ouest à accéder de façon stable, en quantité suffisante et de qualité adéquate, à une alimentation permettant une vie saine et active. Malgré le potentiel agricole du pays, la sécurité alimentaire y demeure fragile et reste soumise à des pressions démographiques et climatiques croissantes.
Contexte général Le Bénin est un pays à revenu intermédiaire de la tranche inférieure, peuplé d'environ d'habitants en 2024. L'agriculture y occupe une place centrale dans l'économie : elle contribue à environ du produit intérieur brut, emploie près de de la population active et génère des recettes d'exportation.
Selon l'enquête harmonisée sur les conditions de vie des ménages (2021), menée dans l'espace UEMOA avec l'appui de la Banque mondiale, le taux de pauvreté s'établit à 3 au niveau national, avec des disparités plus prononcées en milieu rural. En 2022, le Bénin se classait au rang sur 191 pays selon l'indice de développement humain.
État des lieux de la sécurité alimentaire Les données du Cadre harmonisé, outil régional d'analyse de la vulnérabilité utilisé en Afrique de l'Ouest, mettent en évidence une dégradation nette de la situation alimentaire béninoise au cours des dernières années. Entre mars et mai 2023, personnes se trouvaient en situation d'insécurité alimentaire « de crise » ou « d'urgence » (phases 3 et 4), contre seulement personnes en phase 3 lors de la même période en 2019.
Sur la même période, près de de personnes supplémentaires se trouvaient en situation de « stress » alimentaire (phase 2). Selon les analyses de référence du Programme alimentaire mondial publiées pour la période 2024-2027, environ des ménages béninois n'auraient pas les moyens de s'alimenter sainement, ce qui les rend particulièrement vulnérables à toute nouvelle hausse des prix alimentaires.
En novembre 2025, le Programme alimentaire mondial (PAM) estimait que 6,91 % de la population faisaient face à une insécurité alimentaire de niveau « crise » ou pire. Ces chiffres marquent une évolution par rapport à 2017, année où l'Analyse globale de la vulnérabilité et de la sécurité alimentaire (AGVSA) évaluait à 9,6 % la proportion de la population béninoise en insécurité alimentaire.
À l'échelle régionale, l'Afrique de l'Ouest et du Centre a connu, fin 2022, une aggravation générale de la crise alimentaire : au Bénin comme dans plusieurs pays voisins (Côte d'Ivoire, Ghana, Togo notamment), l'analyse du Cadre harmonisé a révélé une hausse de 20 % de l'insécurité alimentaire au dernier trimestre 2022 par rapport à l'année précédente.
Facteurs explicatifs
Vulnérabilité climatique Le Bénin figure parmi les pays les plus vulnérables au changement climatique dans le monde, alors même que ses émissions de gaz à effet de serre ne représentent que 0,05 % du total mondial. Selon le Rapport national sur le climat et le développement de la Banque mondiale publié en 2023, dans un scénario de réchauffement de 2,7 °C, 98 % du territoire béninois pourrait être exposé às àes températures extrêmes d'ici 2070.
L'agriculture, largement pluviale et peu diversifiée, est fortement exposée aux inondations et aux sécheresses.
En 2025, le pays a connu une situation climatique, avec de fortes inondations dans les bassins du Niger et de l'Ouémé au nord, et une sécheresse dans plusieurs zones du sud, créant des perspectives agricoles inégales selon les régions pour la campagne 2025-2026.
La Banque mondiale estime que le changement climatique pourrait faire basculer entre 500 000 et un million de personnes supplémentaires dans la pauvreté d'ici 2050, et entraîner des pertes de PIB pouvant atteindre 19 %.
Pertes post-récolte et transformation agroalimentaire Selon les données sectorielles de 2022, le Bénin enregistre des niveaux élevés de pertes après récolte, estimées à 16,8 % pour le maïs, 13,6 % pour le riz et 10,5 % pour d'autres denrées de base. Ces pertes, liées à des capacités insuffisantes de stockage et de transformation, pèsent directement sur la disponibilité alimentaire nationale. L'agriculture béninoise reste fortement dépendante de quelques filières principales (coton, ananas, anacarde et soja).
Réponses politiques et institutionnelles
Cadres stratégiques nationaux Le Plan stratégique de développement du secteur agricole (PSDSA 2017-2025) et le Plan national d'investissements agricoles et de sécurité alimentaire et nutritionnelle (PNIASAN) définissent les grandes orientations du secteur, avec pour objectifs la souveraineté alimentaire, la compétitivité des filières et la résilience des exploitations familiales.
Une politique nationale d'alimentation et de nutrition, couvrant la période 2023-2033, est également adoptée en février 2023 pour renforcer le cadre institutionnel de lutte contre l'insécurité alimentaire et la malnutrition.
Financement et mobilisation internationale En septembre 2025, une conférence internationale sur la nutrition tenue à Cotonou a permis de mobiliser des promesses de financement de 252,8 milliards de francs CFA (environ 445,9 millions de dollars) en faveur de l'initiative béninoise de lutte contre la malnutrition infantile et de renforcement de la sécurité alimentaire.
Action des agences des Nations unies La FAO appuie, depuis 2022, la politique du gouvernement béninois en faveur de la sécurité alimentaire et nutritionnelle des communautés rurales, notamment dans le département du Couffo, l'un des plus touchés par l'insécurité alimentaire. Dans la commune de Lalo, l'organisation a accompagné une quarantaine de coopératives agricoles et formé environ 300 relais communautaires, appelés « Mamans Lumières », à l'éducation nutritionnelle et aux pratiques de soins maternels et infantiles.
Le Programme alimentaire mondial soutient de son côté des activités de résilience dans le nord du Bénin, incluant la réhabilitation d'infrastructures de gestion de l'eau, la restauration d'écosystèmes dégradés et des transferts monétaires conditionnels au profit des communautés vulnérables.
Le plan stratégique de pays du PAM pour la période 2024-2027 prévoit la mise en œuvre d'un programme national de protection sociale doté d'un financement prévisionnel supérieur à 200 millions de dollars sur cinq ans.
L'UNICEF collabore également avec le PAM au Bénin sur des programmes conjoints touchant la sécurité alimentaire, la nutrition, l'éducation et la protection sociale.
Références
Voir aussi
Articles connexes Agence béninoise de sécurité sanitaire des aliments
Catégorie:Santé au Bénin Catégorie:Agriculture au Bénin