Éric Mottet, né en à Lyon (Rhône), est un géographe et géopolitologue franco-canadien. Il est spécialiste de l'Asie de l'Est, de l'Asie du Sud-Est et de l'espace Indo-Pacifique.
Biographie
Formation Après une maîtrise de géographie à l'université Université Jean Moulin Lyon III, il poursuit ses études au Canada à l'Université du Québec à Montréal (UQAM), où il a obtenu une Maîtrise ès sciences en 2005Notice. L’urbanisation de la ville de Ninh Binh dans le delta du fleuve rouge (Vietnam). Érudit., il soutient en 2014 sa thèse de doctorat en sciences géographiques à l'Université Laval, intitulée , sous la direction de Frédéric Lasserre. En 2022, il obtient son habilitation à diriger des recherches à l'Université d'Orléans au sein du laboratoire CEDETE avec Guillaume Giroir comme garant.
Parcours académique De 2009 à 2021, il est d'abord professeur adjoint puis professeur agrégé au département de géographie de l'Université du Québec à Montréal. En 2014, il devient codirecteur de l'Observatoire de l'Asie de l'Est, rattaché au Centre d'études sur l'intégration et la mondialisation (CEIM) (Notice biographique), Centre d’études sur l’intégration et la mondialisation. Université du Québec à Montréal. De 2015 à 2022, il est chercheur associé à l'Institut des Hautes Études internationales et au GÉRAC (groupe d’études et de recherche sur l’Asie contemporaine) de l'Université Laval.
En 2021, il s'installe en France en tant que professeur de géopolitique à la Faculté des Lettres et Sciences Humaines de l'Université Catholique de Lille. Au sein de cet établissement, il dirige l'unité de recherche MUSE (comMUnication, Société, Environnement). Il y cofonde et dirige la Chaire de recherche en Mondes émergents (CReME). En parallèle, il est directeur de recherche à l'Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS) à Paris, où il co-fonde et co-dirige l'Observatoire géopolitique de l'Indo-Pacifique. Il est également chercheur associé à l’Institut de recherche sur l’Asie du Sud-Est contemporaine, sous la double tutelle du Ministère des Affaires étrangères et du CNRS.
En 2025, il intègre la Chaire de recherche en études indo-pacifiques (CREIP) de l'Université Laval en qualité de directeur de recherche. Il y occupe également les fonctions de directeur adjoint du Conseil québécois d'études géopolitiques et de membre du comité de rédaction de la revue universitaire Études internationales.
Positions
Ascension et renforcement de la Chine Pour Éric Mottet, la culture géopolitique occidentale constitue une qui empêche de saisir correctement la montée en puissance de la Chine. À travers l'observation d'un mégaprojet tel que les nouvelles routes de la soie, il rend compte d'une Chine aux dynamiques expansionnistes et de l'émergence d'un nouvel ordre mondial pour lequel l'Occident n'a pas encore su trouver de réponse appropriée.
Selon lui, l'action de Pékin témoigne d'une volonté de renforcer ses connexions avec les pays d'Asie du Sud-Est au travers de nouveaux réseaux de chemins de fer, comme la ligne Chine-Laos. Mottet qualifie ainsi la présence chinoise au Laos de « poussée multiforme » qui se traduit par l'installation de familles chinoises près des chantiers, le développement de zones économiques spéciales, ou par des investissements agricoles. Pour lui, bien que le Laos reste historiquement ancré dans la sphère d'influence politique du Vietnam et culturelle de la Thaïlande, les réseaux traditionnels bougent, et les élites urbaines laotiennes commencent désormais à envoyer leurs enfants étudier en Chine. Il estime que ces nouveaux projets de corridors économiques déplacent le centre de gravité de l'ASEAN de son ancrage maritime traditionnel vers la Chine.
Il observe le renforcement de la surveillance chinoise en mer de Chine méridionale pour sécuriser ses intérêts économiques face à la présence militaire américaine.
Il considère enfin que la Chine pèse d'un poids de plus en plus important dans la dette de certains pays asiatiques, notamment au Sri Lanka, du fait d'investissements chinois peu regardants dans des projets surdimensionnés.
Relations sino-canadiennes Éric Mottet considère la Chine comme un acteur géopolitique et économique incontournable, rappelant qu'elle représente le deuxième partenaire commercial du Canada. Il observe néanmoins une déconnexion entre les relations diplomatiques et économiques en Chine, soulignant que contrairement aux approches occidentales, ces deux sphères n'évoluent pas nécessairement de pair.
Sur le plan diplomatique, il se montre très critique de la stratégie de Justin Trudeau. Il estime que le premier ministre canadien a commis plusieurs faux pas en tentant d'imposer publiquement un agenda progressiste et axé sur les droits de l'Homme, ce qui a irrité Pékin et bloqué les discussions exploratoires autour d'un traité de libre-échange. Pour Mottet, ces maladresses sont le fait de l'influence de conseillers et de fonctionnaires ayant une .
En 2020, lors de la crise liée à l'arrestation de la dirigeante de Huawei, Meng Wanzhou, Mottet affirme que la réponse chinoise par la a paralysé le gouvernement canadien. Il qualifie la gestion des libéraux au pouvoir de et constate que ce gel relationnel a rendu impossible toute négociation pour la rédaction d'un accord commercial bilatéral.
Travaux et réception critique
Géopolitique et virages de la Formule 1 (2012) Sous la codirection de Julien Laurent, Sylvain Lefebvre et Éric Mottet, Géopolitique et virages de la Formule 1 analyse en sept chapitres l'impact urbain, économique et géopolitique des Grands Prix, en s'appuyant notamment sur l'exemple de Montréal. À travers une approche pluridisciplinaire, les auteurs explorent les tensions entre pouvoirs publics, citoyens et industries du sport-spectacle dans un contexte de mondialisation et d'émergence de nouveaux pôles comme l'Asie orientale.
Dans la revue Recherches sociographiques, le sociologue Frédéric Diaz rend compte d'une lecture positive. Il souligne que son apport scientifique principal réside dans sa capacité à dépasser la simple chronique sportive pour croiser les perspectives micro et macrosociales, dans une analyse qui .
Repenser la multipolarité (2013) Cet ouvrage qu'Éric Mottet codirige avec Barthélémy Courmont, formalise la transition de l'unipolarité américaine vers une multipolarité qui engage les puissances du Nord et les pays du Sud. Le géopolitiste Moda Dieng estime que le livre offre des .
Manuel de géopolitique : enjeux de pouvoir sur des territoires (2016, 2020, 2024) Publié en 2016 aux éditions Armand Colin, le Manuel de géopolitique, rédigé par Frédéric Lasserre, Emmanuel Gonon et Éric Mottet, propose une approche spatiale et multidimensionnelle de la discipline, offrant un regard différent des manuels français traditionnels.
L’ouvrage est structuré en trois grandes parties théoriques et empiriques. La première pose les bases méthodologiques et définit les concepts fondamentaux, s'appuyant sur des cas d'étude concrets. La seconde adopte une perspective historique et épistémologique pour retracer l'évolution du domaine à travers trois courants majeurs : l'école matérialiste, l'école géoréaliste, et enfin l'école géographique. La dernière partie s’attèle à étudier la dynamique des frontières, les rapports entre géopolitique et géoéconomie, et la gestion des ressources épuisables.
La réception critique globale de l'ouvrage met en exergue sa clarté, sa densité et sa pertinence pédagogique tant pour les étudiants que pour les enseignants. Le géographe Alain Miossec salue un style incisif qui récuse les et se félicite d'une conclusion empreinte de réalisme, rappelant qu'il est bon que la géopolitique . Yannick Brun-Picard reconnaît l'indéniable solidité de la construction épistémologique du manuel. Il émet toutefois quelques réserves, regrettant une certaine , et l'absence du concept de geographicité.
Géopolitique des ressources minières en Asie du Sud-Est (2015) L'ouvrage coécrit par Éric Mottet, Frédéric Lasserre et Barthélémy Courmont, défend la thèse d'une pluralité des modes d'exploitation propre à chaque État, réfutant l'idée d'une tendance mondiale uniforme ou d'une déterritorialisation de l'économie.
Les auteurs démontrent que les ressources minières restent un levier d'accès à la puissance internationale et un outil de développement et de contrôle politique des zones périphériques. À travers les cas de l'Indonésie, du Laos et du Vietnam, l'ouvrage illustre également que des tensions émergent même au sein des régimes autoritaires quant à l'implantation des projets d'extraction. Pour le politiste Jano Bourgeois, les données présentées de la région.
Géopolitique de la mer de Chine méridionale (2017) L’ouvrage collectif dirigé par Mottet, Lasserre et Courmont, publié en 2017 aux Presses de l'Université du Québec met en relief la double stratégie de la Chine en mer de Chine méridionale, oscillant entre la transgression, voire le non-respect, du droit international, notamment de la Convention des Nations unies sur le droit de la mer, et la recherche d’alliances ou d’accords avec les États de la région.
Il fait l'objet d'un accueil positif. Le géographe Dominique Royoux souligne l'originalité de l'approche, qui croise les perspectives politiques, économiques et juridiques. Pour Thomas Foin, cet ouvrage , permet d'actualiser la recherche et donne les , mais il regrette que les positions des autres États côtiers ne soient pas davantage détaillées.
À la croisée des nouvelles routes de la soie (2022) Ouvrage collectif dirigé par Lasserre, Mottet et Courmont, il examine l'impact des nouvelles routes de la soie à travers les contributions de 16 chercheurs français et québécois. Les analyses y abordent l'augmentation des rivalités sino-américaines dans la zone Indo-Pacifique, les investissements portuaires, ainsi que l'expansion de Huawei via les et examine les critiques occidentales qui présentent cette initiative comme une menace pour la gouvernance mondiale.
Mottet analyse spécifiquement le et aborde la question du . Il exprime son scepticisme sur la faisabilité de ces grands projets de chemin de fer, en prenant l'exemple du Laos, qui serait étouffé par sa dette. Pour le professeur d'économie André Joyal, il s'agirait d'un .
Le soft power en Asie. Nouvelles formes de pouvoir et d’influence ? (2024) Publié en 2024 aux Presses de l’Université du Québec, l'ouvrage co-dirigé par Lasserre, Mottet et Courmont met à l'épreuve la pertinence du concept de soft power dans des contextes politiques et culturels asiatiques. À travers de nombreuses études de cas (comme la Chine, le Japon ou la Corée du Sud), le volume interroge les frontières floues entre puissance douce et puissance dure.
Pour le politiste Ting-sheng Lin, l'ouvrage constitue un qui éclaire la manière dont ces États s'approprient et transforment des catégories conceptuelles forgées en Occident. Cependant, le chercheur souligne les limites intrinsèques d'une telle notion : difficile à définir et impossible à quantifier.
Publications
Ouvrages écrits ou co-écrits
, .
Ouvrages dirigés ou co-dirigés
Notes et références
Articles connexes
Géopolitique Relations internationales
Catégorie:Géographe français du XXIe siècle Catégorie:Naissance en 1973 Catégorie:Naissance à Lyon Catégorie:Étudiant de l'université Jean-Moulin-Lyon-III Catégorie:Étudiant de l'Université du Québec à Montréal Catégorie:Professeur à l'Université du Québec à Montréal Catégorie:Géographe canadien du XXIe siècle