Le zoo-refuge La Tanière, ou simplement La Tanière, est un parc zoologique et refuge animalier français situé à Nogent-le-Phaye, en Eure-et-Loir, aux portes de Chartres. Fondé par Patrick et Francine Violas, il est ouvert au public le .
L'établissement se présente comme un « zoo-refuge » : il accueille des animaux sauvages et domestiques issus de saisies judiciaires, de trafics, d'abandons, de situations de maltraitance, de laboratoires ou de cirques, et ne pratique ni spectacle animalier ni reproduction. Implanté sur une vingtaine d'hectares, dont quatorze ouverts à la visite, il héberge près de de près d'une centaine d'espèces. Son financement repose pour moitié sur la billetterie et la restauration, pour moitié sur les dons et le mécénat, collectés par le Fonds de dotation La Tanière.
Fragilisé par seize mois de fermeture liés à la pandémie de Covid-19, le refuge lance en février 2023 un appel aux dons largement relayé par les médias et les réseaux sociaux, qui lui permet de réunir plus de 2,5 millions d'euros. À partir de 2025, l'établissement fait l'objet de plusieurs enquêtes de presse et de procédures judiciaires portant sur les conditions de travail, des soupçons de maltraitance animale et le devenir d'animaux qui lui avaient été confiés par des tiers ; ses fondateurs contestent l'ensemble de ces accusations.
Histoire
Genèse du projet Avant de se lancer dans la téléphonie mobile à la fin des années 1990, Patrick Violas exerce comme garçon vacher, puis vendeur en concession automobile ; le réseau qu'il constitue ensuite emploie jusqu'à . Après la cession de ce réseau et une expérience jugée décevante dans les marchés de fruits et légumes, le couple qu'il forme avec Francine Violas se tourne vers la cause animale.
En 2007, Francine et Patrick Violas rachètent un ancien corps de ferme du hameau d'Archevilliers, sur la commune de Nogent-le-Phaye, pour y développer une ferme pédagogique consacrée aux animaux domestiques, baptisée « La Renaissance ». L'association « La Renaissance », qui porte ce projet de ferme pédagogique, est déclarée à la préfecture d'Eure-et-Loir le ; elle est rebaptisée « Les Amis de la Tanière » en janvier 2020, son objet étant alors étendu au soutien du zoo-refuge.
En 2009, ils cèdent à SFR leur groupe de distribution de téléphonie mobile, Cinq sur Cinq, qui exploite alors 270 magasins pour un chiffre d'affaires de 330 millions d'euros, et consacrent une partie du produit de la vente au développement du projet. Selon Patrick Violas, cette cession dégage environ quarante millions d'euros, dont douze millions sont acquittés en impôts.
La ferme pédagogique obtient l'autorisation d'accueillir de la faune sauvage en 2012. En 2016, les fondateurs décident de se consacrer uniquement au zoo-refuge, dont les installations représentent un investissement de près de 30 millions d'euros ; le projet, jusque-là dénommé « La Renaissance », prend alors le nom de « La Tanière ». Le projet bénéficie d'une couverture médiatique avant même l'ouverture du site, notamment dans la presse nationale.
Le projet d'extension, porté par la société d'exploitation, est soumis à une enquête publique du au au titre de la réglementation des installations classées pour la protection de l'environnement ; le commissaire enquêteur rend un avis favorable sans réserve le . Un arrêté préfectoral de décembre 2018 autorise l'exploitation du parc et vaut autorisation d'ouverture de l'établissement.
Ouverture retardée par la pandémie L'ouverture au public, envisagée pour 2019 dans le dossier d'autorisation de 2018 puis prévue en mars 2020, est repoussée en raison de la pandémie de Covid-19 : l'établissement reste fermé pendant seize mois, tout en continuant à nourrir et à soigner les animaux déjà présents. Durant cette période, il bénéficie selon France 3 d'environ un million d'euros d'aides de l'État et de la région Centre-Val de Loire.
Le refuge ouvre finalement ses portes le . La création et les débuts du parc, encore en chantier, font l'objet d'une série documentaire diffusée sur C8 à partir de février 2020 (voir la section ).
Difficultés financières et appel aux dons (2023) Dès juillet 2021, un peu plus d'un mois après l'ouverture, Patrick Violas lance une première alerte, l'instauration du passe sanitaire ayant selon lui entraîné une baisse de de la fréquentation.
En février 2023, alors que l'établissement a accueilli visiteurs et employé 90 personnes en 2022, Patrick et Francine Violas lancent un appel aux dons : il manque selon eux environ deux millions d'euros pour poursuivre l'activité et apurer les dettes. Le fondateur attribue cette situation aux seize mois de fermeture liés à la pandémie, durant lesquels le refuge n'a pu générer de recettes de billetterie : l'établissement a reçu une aide d'un million d'euros de l'État et de la région Centre-Val de Loire, mais n'a pu bénéficier ni des aides gouvernementales classiques ni du prêt garanti par l'État, faute de chiffre d'affaires antérieur, et a dû recourir à l'emprunt. Il estime le manque à gagner total à environ sept millions d'euros et compare le fonctionnement du refuge à des « Restos du cœur pour animaux ».
L'appel est massivement relayé : la vidéo qui l'accompagne totalise plus de 20 millions de vues en dix jours et Patrick Violas est invité sur C8, BFM TV et France Inter. Plus de dons sont recensés dans les semaines qui suivent, pour un total de 2,2 millions d'euros en dix jours, puis de plus de 2,5 millions d'euros. Selon Libération, la société d'exploitation frôle alors le placement en procédure de sauvegarde par le tribunal de commerce, faute de pouvoir honorer ses factures, perspective écartée par cette collecte ; le fondateur déclare au quotidien que l'établissement . Patrick Violas indique par ailleurs que le couple a vendu une partie de ses biens personnels et hypothéqué sa maison, et réinjecté 4,5 millions d'euros de sa fortune personnelle dans le refuge.
En mars 2023, le fonctionnement quotidien représente selon Patrick Violas un coût d'environ par jour, dont de budget alimentaire, soit un peu plus d'un million d'euros par an consacrés à la nourriture des pensionnaires ; l'établissement emploie alors 90 salariés pour environ 700 animaux.
En avril 2024, Patrick Violas indique que la situation financière s'est stabilisée et que plusieurs donateurs ont inscrit le refuge sur leur testament. L'établissement poursuit la création de nouveaux enclos au fil des arrivées d'animaux, notamment pour des loups, des gibbons et des lynx.
Le refuge et ses pensionnaires
Concept La Tanière indique privilégier l'accueil d'animaux nécessitant une prise en charge particulière plutôt que la reproduction d'espèces ; elle ne cherche pas à reproduire ses pensionnaires et ne propose pas de spectacle animalier ; il indique par ailleurs ne pas chercher à faire reproduire ses pensionnaires. Les animaux sont présentés individuellement au public, à l'aide de panneaux pédagogiques précisant leur parcours et les circonstances de leur arrivée. Les recettes des visites et de la boutique participent au financement de leur prise en charge.
Quelques naissances y ont néanmoins été annoncées par l'établissement, qui les présente comme exceptionnelles : deux otaries nées en juin 2022, les implants contraceptifs des femelles n'ayant pas eu l'efficacité escomptée, puis des lionceaux nés à l'été 2023 de lionnes issues d'un cirque et arrivées gestantes.
Site et effectifs vignette|Cannelle, macaque pensionnaire du refuge. Le refuge est implanté sur le site de la « Ferme du Grand », également désigné « Le Grand Archevilliers », sur une superficie de dont quatorze ouverts à la visite.
Il accueille environ représentant près d'une centaine d'espèces, parmi lesquelles des mammifères, des oiseaux et des animaux domestiques ; ces effectifs ont augmenté depuis l'ouverture, environ 400 pensionnaires étant recensés en 2020 sur le site alors en cours d'aménagement. Selon l'établissement, plus de ont été secourus depuis sa création.
À l'exception des éléphants d'Asie et des babouins de Guinée, accueillis selon l'établissement dans le cadre du programmes européens pour les espèces menacées, les pensionnaires proviennent de situations variées : saisies judiciaires, abandons, trafics, détentions illégales, retraites d'animaux de spectacle ou fin d'expérimentation animale. Selon Patrick Violas, environ des animaux accueillis sont issus de saisies administratives, notamment dans le cadre de détentions illégales ou de trafics de félins. La grande volière abrite ainsi une trentaine de perroquets soustraits au trafic ou à la détention illégale, dont la réadaptation au vol libre après plusieurs années de cage nécessite un long travail de rééducation.
En août 2026, un troisième groupe de macaques rhésus retraités de laboratoire, dont Cannelle, est transféré dans de nouvelles volières, après deux précédents groupes ; l'établissement indique que ce déménagement, délicat pour ces animaux, a été préparé par des séances de « medical training ».
Certains pensionnaires ont marqué l'histoire de l'établissement, à l'image du lion Léo, accueilli en août 2019 et euthanasié le à la suite d'un cancer incurable, ou du lion blanc Mike, arrivé à l'été 2023 avec six autres lions provenant d'un cirque et mort en mai 2026 d'une péritonite.
Opérations de sauvetage Le , le refuge accueille en urgence trois tigresses et trois lionnes saisies par la justice dans un cirque installé à Villeneuve-d'Ascq, à la suite d'un contrôle de l'Office français de la biodiversité ayant révélé des animaux détenus dans une remorque en marge des autres attractions ; le transfert, escorté par la police et la gendarmerie, nécessite des renforts face à l'opposition de membres du cirque.
Pensionnaires du refuge depuis leur réquisition, ces six félines sont autorisées par la justice fin 2025 à rejoindre le parcours de visite, dans deux nouveaux enclos aménagés à leur intention, permettant au public de découvrir des tigres blancs, jusqu'alors absents du refuge.
En septembre 2024, La Tanière coordonne le sauvetage de 84 chevaux dans un élevage de Carentan-les-Marais, dans la Manche, en mobilisant notamment l'Institut français du cheval et de l'équitation. Selon Patrick Violas, ces équidés, en semi-liberté sur 80 hectares de marais et pour la plupart jamais approchés par l'homme, avaient été saisis après le signalement d'un propriétaire dépassé par les naissances successives ; leur capture a nécessité deux jours d'opération mobilisant une trentaine de personnes du refuge. Après une phase de soins, la grande majorité des chevaux est proposée à l'adoption, principalement auprès de particuliers, une dizaine restant à placer près d'un an après l'opération.
L'établissement recueille aussi ponctuellement des animaux exotiques en dehors de tout contexte de saisie, à la demande de collectivités locales. En novembre 2025, il prend ainsi en charge deux nandous capturés après plusieurs semaines d'errance dans la commune d'Obersteinbach, dans le Bas-Rhin, où la mairie les avait mis à l'abri faute de repreneur disposant du certificat de capacité requis pour cette espèce classée dangereuse par la législation française.
Soins et prothèses Le refuge a développé la fabrication de prothèses pour certains pensionnaires blessés ou mutilés. En septembre 2024, un cerf nommé Nini devient, selon l'établissement, le premier cervidé équipé d'une prothèse lui permettant de se déplacer. L'établissement avait auparavant appareillé sa chamelle Gipsy, morte en 2020, ainsi que sa cigogne Joséphine, et fabriqué un bec de remplacement pour l'un de ses perroquets.
En avril 2026, l'éléphant d'Asie Kitaï, âgé de huit ans, subit une opération de coiffage pulpaire après s'être brisé une défense en heurtant un congénère ; l'intervention mobilise cinq vétérinaires extérieurs en complément de l'équipe du refuge, dans le cadre d'un protocole de medical training destiné à limiter le stress de l'animal pendant les soins.