Khosro, Khosrau, Khosrow ou , ou encore Anushiravan ou Nouschirwân (du persan : انوشيروان signifiant « l'âme immortelle »), le Juste (انوشیروان دادگر, Anooshiravan-e-dadgar), est le fils et successeur de , et l'un des empereurs d'Iran sous la dynastie sassanide (531–579). En tant que Shah, il pose les fondations de nombreuses villes nouvelles et de palais. Les routes commerciales sont améliorées et de nouveaux ponts et barrages sont construits sous son règne. Pendant le règne de , les arts et les sciences sont florissants en Iran. L'Empire sassanide est à son apogée. Son règne ainsi que celui de son père, et celui de son successeur (590–628) sont considérés comme un « second âge d'or » dans l'histoire de l'Empire sassanide.
Enfance
Selon l'historienne Parvaneh Pourshariati, est le fils de et d'une sœur anonyme de l'aspebedes« Généralissime », antique titre de commandant en chef des armées parthes déjà utilisé à la cour des rois arsacides. Bawi ou Bāu (?) († vers 532), un membre de la famille féodale parthe des Ispahbudhān qui règne de facto sur le Khorassan Parvaneh Pourshariati, Decline and fall of the Sasanian Empire, I. B. Tauris & Co Ltd, New York, 2011 , cite Procope : « Qubad loved , who was born to him by the sister of Aspebedes », & « Genealogical tree », ..
Tabari donne une autre version de la naissance de . Le prince Kavadh, se réfugiant chez les Huns blancs après l'accession au trône de son frère Valash, aurait rencontré en chemin une jeune paysanne qui serait devenue la mère du futur , de ce fait originellement considéré comme indigne d'hériter du trône de son pèreTabari, Chronique, , , 145-146..
Vers 520, Kavadh propose à l'empereur byzantin d'adopter son fils Khosro pour consolider sa prétention au pouvoir, menacée par ses frères et les Mazdakites. Si l'empereur et son neveu Justinien accueillent la perspective favorablement, le questeur Proclus s'y oppose devant le risque de Khosro puisse ensuite prétendre au pouvoir byzantin. Les Byzantins proposent alors d'adopter Khosro non comme un Romain, mais comme un barbare mais aucun compromis ne peut être trouvé. Khosro semble en avoir tiré une rancune envers les Romains d'Orient et son attitude à leur égard se détériore sensiblement.
En outre, Mahbod, un diplomate sassanide qui a tenté de négocier l'adoption avec Siyawush, accuse ce dernier d'avoir saboté les négociations. D'autres griefs sont adressés à l'encontre de Siyawush, notamment celui d'avoir enterré sa femme, contrairement aux traditions funéraires iraniennes. Siyawush est probablement un Mazdakite, une secte soutenue auparavant par Kavadh et dorénavant rejetée. Kavadh décide de le mettre à mort, probablement du fait de son influence devenue trop grande sur l'armée sassanide.
En dépit de l'échec des négociations byzantino-sassanides, aucun conflit n'éclate dans l'immédiat. La rivalité entre les deux empires s'exprime plutôt par la guerre menée entre les Lakhmides, soutenus par les Sassanides, et les Ghassanides, soutenus par les Byzantins.
Accession au pouvoir
En 531, l'armée sassanide est en plein siège de Martyropolis quand Kavadh tombe malade et meurt. Khosro lui succède mais du fait de la fragilité de son pouvoir, il négocie la paix avec Justinien qui, de son côté, cherche probablement à masser des forces en Occident pour reconquérir les anciennes terres de l'Empire romain d'Occident. Les ambassadeurs byzantins trouvent Khosro dans de bonnes dispositions pour trouver un accord. Justinien accepte de payer 110 quintaux d'or, en rétribution pour les Sassanides qui assurent la défense des cols du Caucase contre les peuples barbares qui vivent au-delà. En outre, il consent à abandonner la forteresse de Dara et à se replier sur Constantina. Les deux dirigeants se reconnaissent aussi comme égaux et se promettent une assistance mutuelle. Un point d'achoppement demeure un moment sur la rétrocession de forts conquis par l'un et l'autre empire mais Justinien et Khosro finissent par trouver un terrain d'entente, tandis que les Ibères qui se sont révoltés contre les Sassanides peuvent soit rester dans l'Empire byzantin, soit revenir chez eux en sécurité.
Réformes intérieures
Les réformes fiscales de Khosro ont été louées par différents historiens, dont F. Altheim. L'empereur met en œuvre les décisions déjà actées par Khavad, qui contribuent à renforcer l'influence de la cour impériale. Auparavant, les propriétés foncières sont principalement détenues par sept familles parthes qui jouissent d'exemptions fiscales et agissent comme collecteurs d'impôts au sein de leurs zones d'influence. Avec l'explosion de la révolution mazdakite, les paysans et les couches populaires en général se soulèvent et s'emparent d'importantes portions de territoire, ce qui engendre une grande confusion dans le paysage des propriétés foncières. Khosro fait recenser l'ensemble des terres de son Empire et les taxes suivant le même barème. Les revenus fiscaux qui, auparavant, allaient au bénéfice des nobles locaux sont désormais perçus par le trésor impérial, ce qui renforce la stabilité des rentrées fiscales.
Du fait de cette variabilité plus faible des revenus impériaux, le trésor peut facilement estimer les revenus de l'année alors que, par le passé, les taxes étaient collectées sur le rendement des terres, dorénavant, elles s'appuient sur les droits à l'eau pour chaque parcelle de terre. Les propriétés qui voient pousser des palmiers à dattes et des oliviers utilisent un système de taxation légèrement différent, basé sur la quantité d'arbres fruitiers par propriété. Dans l'ensemble, les réformes fiscales de Khosro sont considérées comme l'épine dorsale de toutes les réformes militaires et administratives à venir.
L'un des aspects fondamentaux de la politique de Khosro repose sur la création d'une nouvelle classe sociale. Auparavant, trois classes structurent la société sassanide : les magi comme forme de clergé, les nobles et les paysans (sorte de tiers-état). Khosro y adjoint une classe intermédiaire entre les nobles et les paysans que sont les dehkans, des petits propriétaires terriens qui constituent une notabilité inférieure. Khosro lutte aussi contre la corruption du gouvernement et les dehkans sont de plus en plus favorisés en raison de leur loyauté et de leur honnêteté plus grandes dans l'administration. De plus en plus, ils en viennent à devenir les propriétaires terriens majoritaires dans certaines provinces.
Cette évolution réduit donc l'influence des grandes familles qui ont tendance à se comporter comme des seigneuries locales, expliquant d'autant plus la dénomination de l'empereur comme roi des rois, c'est-à-dire comme roi d'un ensemble de petites royautés provinciales. Leur perte d'influence augmente d'autant la puissance du pouvoir central, au travers notamment de la redirection de la fiscalité vers Ctésiphon.
Khosro investit aussi le champ militaire. Il fait évoluer l'armée iranienne pour qu'elle soit capable de mener des campagnes au long cours, sur des fronts différents et avec une capacité de mobilisation plus rapide. Avant son règne, l'armée sassanide est dépendante des seigneurs locaux pour le recrutement en hommes et en cavalerie, chaque famille fournissant sa propre armée et son propre équipement. Ce système s'affaiblit avec l'émergence des dehkans, qui sont payés par le gouvernement central.
La principale force de l'armée sassanide repose sur la cavalerie aswaran. Or, seuls des nobles peuvent normalement occuper ses rangs, ce qui entraîne parfois des déficits de soldats entraînés. Désormais, ceux appartenant à la classe des dehkans peuvent s'engager dans ce corps, qui est donc plus nombreux.
En complément, Khosro crée quatre districts militaires, chacun dirigé par un spahbed ou général. Désormais, le général des Iraniens (Eran-spahbed) ne contrôle plus l'ensemble de l'armée impériale. Ces régions militaires sont le Caucase, le golfe Persique et le centre-ouest de l'Empire, la Mésopotamie et l'Asie centrale.
Politique extérieure upright=1.25|thumb|Carte de la frontière byzantino-sassanide. Guerre avec les Byzantins
En 539, Khosro tente de trouver un prétexte pour rouvrir les hostilités avec l'Empire byzantin, en prenant appui sur la rivalité entre les Lakhmides, un peuple allié, et les Ghassanides, pro-byzantins, qui se disputent la souveraineté des terres au sud de Palmyre, près de la Strata Diocletiana. Néanmoins, les Byzantins ne tombent pas dans le piège et Khosro réagit en accusant Justinien de corrompre le roi lakhmide ainsi que d'avoir incité les Huns à envahir l'Iran. Dans le même temps, le roi ghassanide al-Harith ibn Jabalah evahit le territoire lakhmide et en tire un important butin. Khosro se plaint immédiatement à Justinien et exige le retour des biens pillés et une compensation financière pour les Lakhmides tués. Justinien ignore la requête, ce qui incite Khosro à déclarer la guerre, d'autant qu'il a reçu un émissaire du roi ostrogoth Vitigès, alors en lutte contre les Byzantins en Italie. Sûrement l'empereur sassanide espère-t-il profiter de la division des forces byzantines en Italie et en Afrique du Nord, tandis que Justinien tente sans succès de dissuader son rival de reprendre la guerre.
En , les armées de Khosro pénètrent en territoire byzantin et évitent la forteresse de Circesium pour attaquer Zénobie, sans parvenir à obtenir la reddition de la cité. Les Sassanides se dirigent ensuite sur Sura et tuent le général byzantin Arsacès lors d'une bataille. Les habitants de la cité envoient alors leur évêque parlementer avec Khosro, qui réussit à le tromper pour s'emparer de la ville et la mettre à sac. Germanus mande à son tour un évêque, celui de Beroea, Mégas, pour négocier. Encore une fois, Khosro ignore ces tentatives et menace désormais Hiérapolis où les habitants lui offrent près d'une tonne d'argent pour qu'il épargne la cité. Cette fois, Khosro accepte d'interrompre sa campagne et de se retirer en échange de dix quintaux d'argent. Néanmoins, dès que Mégas se rend à Antioche pour prévenir Germanus, Khosro lance ses troupes à l'assaut de Beroea, qui est pillée, avant de les envoyer vers Antioche, atteinte en juin. La population refuse la proposition d'un tribut et Khosro prend d'assaut la ville, qui tombe et est mise à sac.
Justinien insiste pour négocier la paix et finit par conclure un traité avec Khosro, dans lequel celui-ci accepte de se retirer en échange de cinquante quintaux d'or, plus cinq quintaux tous les ans. Les ambassadeurs byzantins sont aussi gardés en otage, de façon que Khosro s'assure du respect du traité. Néanmoins, avant son départ, Khosro se rend à Séleucie de Piérie, le port d'Antioche, pour se baigner dans la mer Méditerranée. Enfin, il organise des courses de chars où figurent les factions des Bleus et des Verts et il s'arrange pour que les Bleus, soutenus par Justinien, soient battus par leurs rivaux. Il fait même en sorte d'extorquer un tribut à certaines villes byzantines, dont Apamée, à tel point que Justinien est sur le point d'envoyer Bélisaire contre les Sassanides.
Guerre Lazique
thumb|Le royaume de Lazique, souvent sous forte influence byzantine. Au cours du printemps 541, Khosro dirige son armée vers le royaume de Lazique dans l'actuelle Géorgie, sur la requête du roi , pour en expulser les Byzantins. Les Sassanides parviennent notamment à s'emparer de la forteresse de Pétra, avant d'instaurer un protectorat sur la région. En face, c'est de nouveau Bélisaire qui est appelé à la rescousse. En Mésopotamie, il assiège Nisibis, avant d'être rappelé en Occident. Khosro, lui, poursuit ses opérations en Arménie puis vise la Syrie pour assiéger Edesse, une ville devenue plus importante qu'Antioche. Devant la résistance des assiégés, Khosro doit battre en retraite et conclut une trêve de cinq ans, en 545. Néanmoins, dès 548, les Lazes se révoltent et une armée byzantine vient en renfort, ce qui met un terme à la trêve.