Jacques Auguste Cherbonneau, né le à La Chapelle-Blanche-Saint-Martin (Indre-et-Loire) et mort le à Paris, est un orientaliste et arabisant français. Il exerce l'essentiel de sa carrière en Algérie, où il enseigne la langue arabe, participe à l'organisation de l'enseignement destiné aux populations musulmanes et contribue au développement des études archéologiques et épigraphiques. Il est notamment l'un des fondateurs de la Société archéologique du département de Constantine. Ses travaux portent sur la langue et la littérature arabes, l'histoire du Maghreb et du monde musulman, l'enseignement de l'arabe, ainsi que sur l'archéologie, l'épigraphie et la numismatique de l'Afrique du Nord.
Biographie Auguste Cherbonneau se forme comme arabisant à Paris et commence à publier des traductions et des études consacrées à la langue et à la littérature arabes. Il étudia la langue arabe auprès de Antoine-Isaac Silvestre de Sacy et de Armand-Pierre Caussin de Perceval. Ses premières publications comprennent notamment des traductions de textes arabes et des travaux pédagogiques consacrés à l'apprentissage de la langue.
En 1846, il s'installe en Algérie, où il devient professeur d'arabe à Constantine. Son activité associe l'enseignement de la langue, la rédaction de manuels pédagogiques et l'étude de textes arabes. Ses travaux s'inscrivent dans le développement, au , d'un enseignement franco-arabe en Algérie. L'étude de Sylvette Larzul et Alain Messaoudi consacrée à son parcours entre 1846 et 1879 analyse notamment sa place dans la constitution d'une culture dite « arabe-française » en Algérie et ses relations avec les milieux intellectuels de l'époque.
À Constantine, Cherbonneau s'intéresse également aux antiquités de la région. Il est fondateur puis secrétaire de la Société archéologique du département de Constantine. Il est également membre du Comité des travaux historiques et scientifiques de 1856 à 1879.
Son activité archéologique comprend notamment l'étude des inscriptions antiques. Des relevés autographes réalisés par Cherbonneau en 1858-1859 concernant les inscriptions latines de Mastarense Castellum (Ibn Ziad, dans la province de Constantine) sont conservés dans des fonds manuscrits. D'autres relevés d'inscriptions latines en Afrique du Nord lui sont également attribués.
Cherbonneau exerce ensuite des fonctions d'enseignement à Alger. Il devient directeur du Collège arabe-français d'Alger, puis inspecteur des écoles musulmanes d'enseignement supérieur. Ses publications de 1881 et 1882 témoignent de son intérêt pour les structures scolaires algériennes, notamment les écoles arabes-françaises en Kabylie, les écoles de filles, les ouvroirs musulmans et les formes d'enseignement dans les oasis. Ils rendent compte à la fois de son intérêt pour l'enseignement de l'arabe et de ses conceptions sur l'organisation de l'instruction des populations musulmanes d'Algérie.
Cherbonneau devient membre correspondant de l'Académie des inscriptions et belles-lettres en 1871. Il quitte l'Algérie en 1879 et devient professeur d'arabe vulgaire à l'École des langues orientales vivantes à Paris. Il meurt à Paris le
Œuvre L'œuvre de Cherbonneau couvre plusieurs domaines : enseignement et linguistique arabes, traduction et littérature arabes, histoire du monde musulman, études sur les institutions scolaires en Algérie, archéologie, épigraphie et numismatique. La bibliographie recensée par Persée et le Sudoc comprend notamment des ouvrages pédagogiques, des traductions de textes arabes, des études historiques et des travaux consacrés aux antiquités de l'Afrique du Nord.
Il publie de nombreux ouvrages destinés à l'apprentissage de l'arabe. Parmi ses premiers travaux figurent Éléments de la phraséologie française avec une traduction en arabe vulgaire (idiome africain) à l'usage des indigènes (1851), Leçons de lecture arabe et Exercices pour la lecture des manuscrits arabes (1856), ainsi qu'un Traité méthodique de la conjugaison arabe dans le dialecte algérien (1854).
Cherbonneau publie également des ouvrages destinés à l'usage pratique de l'arabe dans le contexte algérien, notamment Dialogues arabes, à l'usage des fonctionnaires et des employés de l'Algérie, publié à Alger en 1858, ainsi que Dictionnaire français-arabe pour la conversation en Algérie, publié à Paris en 1872.
Son travail lexicographique comprend également le Dictionnaire arabe-français (langue écrite), publié à Paris en 1876. L'ouvrage constitue l'un de ses principaux travaux consacrés à la langue arabe écrite.
Cherbonneau traduit et étudie de nombreux textes arabes. Dès les années 1840, il publie notamment des traductions de Fables de Lokman, de textes historiques et de récits issus de la littérature arabe.
Il s'intéresse particulièrement à l'histoire intellectuelle du Maghreb et de l'Afrique musulmane. En 1856 paraît son Essai sur la littérature arabe au Soudan, d'après le « Tekmilet-ed-dibadje » d'Ahmed-Baba le Tombouctien, consacré à la littérature arabe du Soudan occidental à partir de l'œuvre d'Ahmed Baba al-Tomboucti.
Il publie également des travaux sur des auteurs et des traditions littéraires du Maghreb, notamment une Notice et extraits du Eunouan ed-diraïa fi mechaiekh Bidjaïa, consacrée aux littérateurs de Bougie au VIIe siècle de l'Hégire.
Dans « Un professeur nègre à Tombouctou. XVIe siècle », publié dans La Revue pédagogique en 1881, Cherbonneau étudie un témoignage relatif à l'enseignement et à la vie intellectuelle à Tombouctou au .
La même année, il publie « Un recueil de fables arabes », dans lequel il étudie un recueil de récits arabes et établit notamment un rapprochement entre une fable arabe et une fable de Jean de La Fontaine.
Cherbonneau consacre plusieurs articles à l'enseignement en Algérie. Dans « Les écoles arabes-françaises en Kabilie », publié en 1881, il examine l'organisation de ces établissements et les conditions de leur fonctionnement.
En 1882, il publie « Notice sur les écoles arabes françaises de filles et sur les ouvroirs musulmans, en Algérie », consacré aux établissements destinés à l'instruction des filles musulmanes et aux ouvroirs.
Il publie également « L'éducation dans les oasis » et « Le maître d'école dans les oasis ». Ces deux textes portent sur les formes d'enseignement dans les régions oasiennes et sur la place du maître d'école dans ces structures.
Dans « Proverbes et dictons arabes », également publié en 1882, il rassemble et commente des expressions proverbiales arabes, témoignant de son intérêt pour la langue dans ses usages courants.
L'activité archéologique de Cherbonneau est principalement liée à Constantine et à sa région. Il publie notamment Recherches sur les antiquités de Constantine en 1852 et Constantine et ses antiquités en 1857.
Son activité épigraphique est étudiée notamment par Zheira Kasdi dans « Auguste Cherbonneau, un professeur d'arabe aux prémices de l'épigraphie en Algérie coloniale », publié dans Autour du fonds Poinssot. Les aventuriers de l'archéologie en Afrique du Nord (1830-1957), sous la direction de John Scheid et Nicolas Grimal, en 2024. Cette étude met en évidence sa contribution aux débuts de l'épigraphie en Algérie et ses relations avec les milieux savants spécialisés dans l'étude des inscriptions antiques.
Cherbonneau publie plusieurs études épigraphiques dans les Comptes rendus des séances de l'Académie des inscriptions et belles-lettres. En 1877, il fait paraître « Notice et fac-similé d'une dédicace à l'usurpateur Alexander, déposée au musée de Constantine ».
En 1878, il publie « Notice sur une inscription de l'an 508 de notre ère, trouvée à Hadjar-er-Roum, province d'Oran ».
En 1881, il publie « Inscription libyque trouvée à Karkab, près de Saïda », montrant que ses recherches épigraphiques portent également sur les inscriptions libyques d'Afrique du Nord.
Cherbonneau s'intéresse également aux monnaies islamiques. En 1875, il publie « Exemplaires du dirhem carré » dans les Comptes rendus des séances de l'Académie des inscriptions et belles-lettres.
Principales publications Parmi ses publications : Éléments de la phraséologie française avec une traduction en arabe vulgaire (idiome africain) à l'usage des indigènes, Paris, Hachette, 1851. Leçons de lecture arabe comprenant l'alphabet, la lecture courante, les noms de nombre et chiffres des Arabes, Paris, Hachette, 1856. Traité méthodique de la conjugaison arabe dans le dialecte algérien, Paris, Hachette, 1854. Exercices pour la lecture des manuscrits arabes, Paris, Hachette, 1856. Essai sur la littérature arabe au Soudan, d'après le « Tekmilet-ed-dibadje » d'Ahmed-Baba le Tombouctien, Constantine, Abadie, 1856. Dialogues arabes, à l'usage des fonctionnaires et des employés de l'Algérie, Alger, Dubos frères, 1858. Recherches sur les antiquités de Constantine, 1852. Constantine et ses antiquités, 1857. Dictionnaire français-arabe pour la conversation en Algérie, Paris, Imprimerie nationale, 1872. Dictionnaire arabe-français (langue écrite), Paris, Imprimerie nationale, 1876. « Exemplaires du dirhem carré », Comptes rendus des séances de l'Académie des inscriptions et belles-lettres, 1875, p. 102-103. « Notice et fac-similé d'une dédicace à l'usurpateur Alexander, déposée au musée de Constantine », Comptes rendus des séances de l'Académie des inscriptions et belles-lettres, 1877, p. 260-262. « Notice sur une inscription de l'an 508 de notre ère, trouvée à Hadjar-er-Roum, province d'Oran », Comptes rendus des séances de l'Académie des inscriptions et belles-lettres, 1878, p. 29-32. « Un professeur nègre à Tombouctou. XVIe siècle », La Revue pédagogique, 1881, p. 276-287. « Les écoles arabes-françaises en Kabilie », La Revue pédagogique, 1881, p. 487-492. « Un recueil de fables arabes », La Revue pédagogique, 1881, p. 617-625. « Inscription libyque trouvée à Karkab, près de Saïda », Comptes rendus des séances de l'Académie des inscriptions et belles-lettres, 1881, p. 95-97. « Proverbes et dictons arabes », La Revue pédagogique, 1882, p. 201-206. « Notice sur les écoles arabes françaises de filles et sur les ouvroirs musulmans, en Algérie », La Revue pédagogique, 1882, p. 311-317. « L'éducation dans les oasis », La Revue pédagogique, 1882, p. 318-319. « Le maître d'école dans les oasis », La Revue pédagogique, 1882, p. 428-431.
Références
Annexes Bibliographie Sylvette Larzul et Alain Messaoudi, « Auguste Cherbonneau et l'Algérie arabe-française (1846-1879) », dans Michel Levallois et Philippe Régnier (dir.), Les saint-simoniens dans l'Algérie du XIXe siècle. Le combat du Français musulman Ismaÿl Urbain, Riveneuve éditions, 2016, p. 335-359. Zheira Kasdi, « Auguste Cherbonneau, un professeur d'arabe aux prémices de l'épigraphie en Algérie coloniale », dans John Scheid et Nicolas Grimal (dir.), Autour du fonds Poinssot. Les aventuriers de l'archéologie en Afrique du Nord (1830-1957), Académie des inscriptions et belles-lettres, 2024, p. 187-202.
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