L'Empire du Mogho-Naba : Coutumes des Mossi de la Haute-Volta est une monographie ethnographique et historique d'Antoine Dim Delobsom, publiée à Paris en 1932 par les Éditions Domat-Montchrestien. Préfacé par Robert Randau, l'ouvrage est consacré à l'histoire, à l'organisation politique, aux institutions et aux coutumes des Mossi de Haute-Volta, en particulier au pouvoir du Mogho Naaba de Ouagadougou.
L'auteur associe traditions historiques, observations personnelles, descriptions des institutions et pratiques sociales ainsi que des éléments de littérature orale.
L'ouvrage compte parmi les premiers travaux d'ampleur sur la société mossi rédigés en français par un auteur lui-même issu de cette société. Sa valeur documentaire, mais aussi son interprétation du pouvoir politique mossi dans le contexte colonial, ont fait l'objet de commentaires ultérieurs de chercheurs.
Genèse et publication
Antoine Augustin Dim Delobsom appartient à une famille de chefs mossi de Sao et travaille dans l'administration coloniale française. Selon Michael Kevane, Robert Arnaud, administrateur colonial et écrivain, encourage Antoine Dim Delobsom à mettre par écrit ses observations ethnographiques. Après plusieurs articles, ce travail aboutit à L'Empire du Mogho-Naba, puis aux Secrets des sorciers noirs, publié en 1934..
L'ouvrage paraît dans la collection « Études de sociologie et d'ethnologie juridiques » de l'Institut de droit comparé, publiée sous la direction de René Maunier. Il en constitue le onzième volume. La Bibliothèque nationale de France décrit l'édition comme un volume illustré de VII-303 pages, publié à Paris par Domat-Montchrestien et F. Loviton et . La notice bibliographique retient 1932 comme année de publication..
Dans son introduction, Antoine Dim Delobsom explique s'appuyer principalement sur des informations recueillies directement auprès de ses interlocuteurs et sur ses propres observations. Il reprend et développe aussi deux études antérieures, consacrées au Mogho Naaba et à sa cour ainsi qu'aux populations de Goupana. Il précise avoir consulté des travaux administratifs pour certaines données chronologiques..
Contenu
L'introduction expose les traditions relatives aux origines des Mossi et à la formation de leurs États. Antoine Dim Delobsom y rapporte le récit de Yennenga, de Rialé et de leur fils Ouédraogo, puis décrit la formation des différentes lignées royales et l'établissement du pouvoir d'Oubri dans la région de Ouagadougou. Il aborde également l'origine et l'usage des ethnonymes « Mossi », « Moaga » et « Mossé » dans les traditions qu'il a recueillies..
Les vingt chapitres de l'ouvrage couvrent un ensemble étendu de sujets.
Premiers chapitres Les premiers chapitres portent sur la situation politique précédant la conquête française et sur la pénétration coloniale. Antoine Dim Delobsom décrit ensuite l'organisation politique, administrative et judiciaire, la cour du Mogho Naaba, les tributs et redevances, l'esclavage, la succession au pouvoir et les rapports hiérarchiques entre les différentes chefferies..
Chapitres intermédiaires Les chapitres suivants traitent de l'intronisation des chefs, des fêtes, des femmes des nabas, du mariage, de la naissance et de la mort, de la progression de l'islam en pays mossi, de l'habitat, de l'habillement, des soins corporels et de l'hygiène, des danses, de l'agriculture et de l'alimentation.
Derniers chapitres Les derniers chapitres sont consacrés aux droits successoraux, à la circoncision, aux maximes et pensées ainsi qu'aux devinettes mossi.
L'ouvrage accorde ainsi une place à des formes de littérature orale et à des expressions en mooré, accompagnées d'explications ou de traductions françaises.
Appendice L'appendice rassemble des données dynastiques sur les Mogho Naaba et leurs descendants, que Antoine Dim Delobsom présente comme un complément à son exposé de l'organisation politique mossi..
Interprétations, portée, réception et postérité
L'historien Benoît Beucher replace la publication de l'ouvrage dans le contexte de la suppression administrative de la colonie de Haute-Volta en 1932 et du partage de son territoire entre plusieurs colonies de l'Afrique-Occidentale française. Selon lui, L'Empire du Mogho-Naba constitue aussi une intervention politique : Antoine Dim Delobsom cherche à présenter le Moogo comme un espace cohérent et à réaffirmer la prééminence du Mogho Naaba de Ouagadougou. Beucher interprète cette construction historique comme une manière de contester le démembrement territorial et politique du pays mossi..
Michael Kevane souligne pour sa part que l'un des aspects les plus discutés du livre concerne la répartition de l'autorité au sein du système politique mossi. Antoine Dim Delobsom défend l'importance et la légitimité des chefs territoriaux face à certains ministres de la cour du Mogho Naaba. Cette interprétation a été contestée par des détenteurs de fonctions traditionnelles et a continué à susciter des discussions plusieurs décennies après la publication.
Selon Michael Kevane, L'Empire du Mogho-Naba et Les Secrets des sorciers noirs deviennent des ouvrages de référence pour une partie des administrateurs coloniaux français, qui les utilisent dans leurs propres écrits sur la Haute-Volta.
En 1964, l'administrateur et chercheur Robert Pageard invoque encore L'Empire du Mogho-Naba comme une référence importante pour comprendre l'organisation politique mossi. Dans une critique de la présentation proposée par Cheikh Anta Diop dans L'Afrique noire précoloniale, il estime qu'une analyse centrée sur le seul royaume du Yatenga ne peut rendre compte de l'ensemble du système politique mossi et rappelle l'importance du royaume de Ouagadougou décrit par Antoine Dim Delobsom..
La place de l'ouvrage dans l'histoire littéraire du Burkina Faso fait également débat. Titinga Frédéric Pacéré l'a considéré comme une première œuvre littéraire voltaïque en raison de la présence de devises, de contes, de maximes et de devinettes issus de la tradition orale. Le chercheur Salaka Sanou préfère toutefois le classer parmi les travaux ethnographiques : selon lui, ces formes orales sont utilisées par Antoine Dim Delobsom comme sources et comme éléments d'explication de l'organisation sociale plutôt que dans une intention de fiction ou de création littéraire..
Notes et références
Voir aussi
Articles connexes Mossi (peuple) Royaumes mossi Mogho Naaba Yennenga Histoire du Burkina Faso Haute-Volta
Liens externes L'Empire du Mogho-Naba
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