Rédigé entre 1963 et 1965, Raoul Vaneigem publie fin 1967 le Traité de savoir-vivre à l'usage des jeunes générations, Anne Brenon, Raoul Vaneigem, Le Mouvement du Libre-Esprit. Paris, Ramsay, 1986, Heresis, revue d'hérésiologie médiévale, 1986, p. 92, lire en ligne..

L'auteur s'inspire de son expérience personnelle vécue lors de la Grève générale de l'hiver 1960-1961 en Belgique, Alastair Hemmens, Le Vampire du Borinage - Raoul Vaneigem, Hiver ’60, and the hennuyer Working Class, Liverpool University Press, Francosphères, vol 2, n° 2, janvier 2013, pp.135-147, lire en ligne..

Œuvre majeure de l'Internationale situationniste, l'ouvrage a marqué les esprits et a inspiré les événements de mai-juin 1968 en France, où certains de ses aphorismes sont repris sous forme de graffitis « As the Situationist Raoul Vaneigem put it in 1967, ‘The moment revolution calls for self-sacrifice it ceases to exist’. Graffiti echoed this statement – ‘a revolution which demands one sacrifice oneself for it is a daddy’s revolution (une révolution à la papa)’. », Ben Mercer, The Revolution Consumed : The Revolts of 1968, Consumerism and Advertising in Western Europe, Contemporary European History, vol. 35, Cambridge University Press, 25 mars 2026, lire en ligne. Adam Nossiter, Raoul Vaneigem, Whose Manifesto Inspired 1968 Revolt in France, Dies at 92. “The Revolution of Everyday Life”, published in 1967, was his cri de coeur against mindless work, materialism and authority., The New York Times, 13 août 2026, lire en ligne.« Paru en 1967, son Traité de savoir-vivre à l’usage des jeunes générations est l’un des bréviaires des étudiants parisiens de 1968, un éloge à l’émancipation individuelle contre le consumérisme triomphant. », Stella de Santis, Raoul Vaneigem, Le Point, n°2819, 6 août 2026, page 13., Guy Duplat, Raoul Vaneigem, la révolution de "l'être plus que l'avoir", La Libre Belgique, 3 janvier 2013, lire en ligne..

Il est édité la même année que La Société du spectacle de Guy Debord, Le Maitron », lire en ligne.Antoine de Gaudemar, Portrait - Un situ sans citer, Libération, 12 novembre 1996, lire en ligne, texte intégral. en s'inscrivant, comme celui-ci, dans le projet situationniste. Guy Debord précisera que « ces deux textes étant considérés comme les « arcs-boutants » de la pensée situationniste. »Emmanuel Roux, I. « La suite était déjà contenue dans le commencement de ce voyage » – De la création des situations à la contestation du spectacle, in Guy Debord - Abolir le spectacle, Éditions Michalon, coll Le Bien Commun, 2022, pp. 15-31, lire en ligne.

L’ouvrage se distingue par son style facétieux, poétique et provocateur Jason McQuinn, Raoul vaneigem : The Other Situationist, Modern Slavery, n°2, automne-hiver 2012/2013, page 25, lire en ligne..

Contexte En 1961, après son expérience vécue lors de la Grève générale de l'hiver 1960-1961, Raoul Vaneigem rejoint l'Internationale Situationniste.

Dans la revue du même nom, il publie notamment dans les numéros 7 et 8 (avril 1961-janvier 1962) l'important texte Banalités de base considéré comme la matrice de son futur Traité de savoir-vivre à l'usage des jeunes générations The revolution of everyday life - Raoul Vaneigem sur libcom.org..

Rédigé entre 1963 et 1965, il n'est publié par Gallimard auquel le manuscrit avait été soumis dès le printemps 1966 que fin 1967, en même temps que La Société du spectacle de Guy Debord et s'inscrit, comme celui-ci, dans le projet global des situationnistes.

Il en constitue le pendant plus lyrique en tant qu'éloge de l'émancipation individuelle, de la créativité, la spontanéité, la «subjectivité radicale» contre le consumérisme triomphant qui envahit toute la vie sociale, avec la télévision et toutes les « machines » de consommation établissant le pouvoir absolu des biens sur les hommesMartine Fournier, La mouvance situationniste, Sciences humaines, 10 avril 2008, lire en ligne.Pierre-Henri Simon de l'Académie française, Traité de savoir-vivre à l'usage des jeunes générations, de Raoul Vaneigem - La Société du spectacle, de Guy Debord, Le Monde, 14 février 1968, lire en ligne..

Dans une société industrielle qui confond travail et productivité, la nécessité de produire a toujours été l’ennemie du désir de créer John Harris, May 1968 : the revolution retains its magnetic allure, The Guardian, 11 mai 2018, lire en ligne..

Vaneigem s'inspire directement du surréalisme originel d'André Breton des années 1920, tout en cherchant à le dépasser en le transposant dans le contexte de la société de consommation des Trente Glorieuses.

Il raconte que son manuscrit a été refusé partout mais qu’au lendemain des émeutes d’Amsterdam, Raymond Queneau, qui l’avait soutenu chez Gallimard, lui demande de renvoyer immédiatement le texte : l’éditeur a changé d’avisHocine Bouhadjera, Raoul Vaneigem, l’homme qui refusait de survivre, ActuaLitté, 30 juillet 2026, lire en ligne..

Pour Vaneigem, la poésie n'est pas un art élitiste, mais une arme vivante pour détruire l'aliénation marchande et réenchanter la vie quotidienne Pierre Taminiaux, Raoul Vaneigem et la poésie de Mai 68, Contemporary French and Francophone Studies, volume 23, n°5, pp. 644-652, 2019, résumé en ligne..

La poésie n’est pas simple représentation ou plaisir d’esthète mais se veut d’abord expression vitale et œuvre de création , EFE, El Mayo del 68 toma las librerías españolas, El Mundo, 5 mai 2008, lire en ligne..

La vigueur de l’écriture, la puissance du verbe, confèrent à ses textes cette forceJean-Claude Marceau, Repoétiser la vie : Raoul Vaneigem ou la subversion affinée du Libre-Esprit, in Poésie et politique au XXe siècle, s/dir. de Henri Béhar et Pierre Taminiaux, Colloques de Cerisy, éditions Hermann, 2011, lire en ligne..

Il Pierre Hartmann, ... et pouvoir des mots, in L'esclave et le citoyen, Raison présente, n°139, 3e trimestre 2001, page 87.

Influence sur les évènements de mai-juin 1968 en France thumb|upright|Portrait de Raoul Vaneigem (2012). À l'automne 1966 (par une brochure) et 1967 (par deux livres), l'Internationale situationniste (I.S.) parvient à faire publier trois textes qui débordent largement son audience jusque là limitée.

Le , De la misère en milieu étudiant de Mustapha Khayati, brochure d’une vingtaine de pages est éditée à 10.000 exemplaires et distribuée à l’inauguration officielle du palais Universitaire de Strasbourg"Scènes situationnistes de Mai 68 : Enquête sur une influence présumée" par Laurence Bernier-Renaud, sous la direction de Jean-Pierre Couture, Thèse d’études politiques à l'Université d’Ottawa, lire en ligne ., puis, réimprimée, aux 18 000 étudiants de la ville par la section locale de l’UNEF, dont l’I.S. a pris le contrôle six mois plus tôt, suivies de plusieurs rééditions sauvages, puis celle de l'I.S., en mars 1967, à nouveau à 10.000 exemplaires.

Le 14 novembre 1967, Guy Debord publie La Société du spectacle aux éditions Buchet-Chastel.

Le 30 novembre 1967, Raoul Vaneigem, après avoir cherché vainement un éditeur, parvient à faire publier aux éditions Gallimard le Traité de savoir-vivre à l'usage des jeunes générations.

Les deux ouvrages se diffusent largement, particulièrement dans la jeunesse étudiante, au point que quelques semaines plus tard, en janvier 1968, dans Le Nouvel Observateur, François Châtelet, ex-membre du PCF, « reproche à Guy Debord et à son camarade Raoul Vaneigem, qui publie au même moment son Traité de savoir vivre à l’usage des jeunes générations, leur manque de rigueur et leur parti pris prosélyte. « On espérait un “manifeste situationniste”. Voici deux “bibles” terroristes qui échappent à l’analyse », déplore-t-il  »Anna Trespeuch-Berthelot, Les vies successives de La Société du spectacle de Guy Debord, Vingtième Siècle, revue d'histoire, 2014/2 n°122, Presses de Sciences Po, pp. 135-152, lire en ligne..

En , dans Le Monde, Pierre Viansson-Ponté signe un célèbre éditorial titré « Quand la France s’ennuie… », .

Daniel Cohn-Bendit, ancienne figure médiatique du Mouvement du 22 Mars de l'Université de Nanterre précise (en 1988) : Geneviève Dreyfus-Armand, Daniel Cohn-Bendit, Le mouvement du 22 mars. Entretien avec Daniel Cohn-Bendit, in Mai-68 : Les mouvements étudiants en France et dans le monde, Matériaux pour l'histoire de notre temps, n°11-13, 1988, pp. 124-129, lire en ligne. et il poursuit : « Nous avons été très influencés par les « situs », par leur petit pamphlet De la misère en milieu étudiant et surtout par le Traité de savoir-vivre à l'usage des jeunes générations de Raoul Vaneigem. Pour nous, c'était une modernisation de la pensée libertaire »André Gattolin, Haut parleur, commentateur... icône médiatique ?. Entretien avec Daniel Cohn-Bendit, Médiamorphoses, 2008/4, pp. 10-19, page 3.

Si l'auteur du Traité participe activement aux évènements de mai-juin 1968, il n'y joue pas de rôle personnel particulier, ce qui n'est pas le cas de ses écrits. Pour le journaliste et essayiste Jean-Marc Adolphe en 2024 : Jean-Marc Adolphe, Raoul Vaneigem, 90 printemps, sur leshumanites-media.com, 21 mars 2024, lire en ligne..

Lors des événements, nombre de ses aphorismes apparaissent, parfois détachés du livre et de leur auteur, signe de réappropriation culturelle du texte original par la dynamique du mouvement, dans les tracts et les assemblées ou sur les murs sous forme de graffitis, pour exemples : Nous ne voulons pas d'un monde où la garantie de ne pas mourir de faim s'échange contre le risque de mourir d'ennui, Une société qui abolit toute aventure, fait de l'abolition de cette société la seule aventure possible, etc.

En 1971 : Christiane Duparc, Bande à part. La contre-culture à Paris : des journaux, une libraire et des “contacts”, Le Nouvel Observateur, 15 février 1971, cité par Anna Trespeuch-Berthelot, L’interface situationniste et ses paradoxes, Monde(s), n°11, 2017/1, Presses universitaires de Rennes, p.176, lire en ligne .

En 1994, dans Les générations politiques, l'historienne Claire Auzias, qui a 17 ans est active au sein du mouvement du 22 Mars à Lyon., précise : Claire Auzias, Les générations politiques in Générations et mémoires, L'Homme et la société, 1994, n°111-112, pp. 77-87, page 84 lire en ligne..

En 2020, l'universitaire Pierre Taminiaux analyse : .

En 2026, la rédaction Culture de France Info et la rédaction du Point utilisent les mêmes termes pour qualifier le , Rédaction Culture, L'écrivain et philosophe belge Raoul Vaneigem, figure du mouvement situationniste, est mort , France Info, 31 juillet 2026, lire en ligne.

La même année, Adam Nossiter écrit dans The New York Times, .

Argument

Plan

Citations Trois citations issues de l'ouvrage :

Réceptions

En 2004, pour l'écrivain britannique Colin Ward : , , page 75..

En 2009, selon l'historienne française, Anna Trespeuch-Berthelot, « Outre-Manche et outre-Atlantique, les héritiers situationnistes sont plus libres dans leur interprétation de la doxa situationniste et ils privilégient davantage les thèses du Traité de savoir vivre à l’usage des jeunes générations de Raoul Vaneigem. Son exaltation des passions, du jeu, de la créativité, de la subversion sont mis en scène dans des tracts et des brochures, qui se distinguent de la somme des documents ronéotypés diffusés dans les milieux gauchistes par le soin apporté à l’esthétisation du message. »Anna Trespeuch-Berthelot, L'Internationale situationniste : d'autres horizons de révolte, Matériaux pour l’histoire de notre temps, 2009/2, n°94, pp. 10-15, lire en ligne.