L'astroblème de Rochechouart-Chassenon est un ensemble de marques laissées près des villages de Rochechouart et Chassenon (Haute-Vienne et Charente, en France) par l'impact d'un astéroïde tombé il y a (millions d'années)., soit environ avant la limite entre le Trias et le Jurassique. Cette datation remet en cause les conclusions de certaines études d'une moins grande précision qui considéraient que la chute de cet astéroïde était contemporaine de l'extinction massive du Trias-Jurassique..
À cette époque, un astéroïde d'un kilomètre et demi de diamètre percute la Terre à une vitesse d'environ , à l'emplacement actuel du lieu-dit de la Judie, dans la commune de Pressignac en Charente. Il laisse un cratère de quelque de diamètre, ravage tout à plus de à la ronde, et des éjectas retombent à plus de de là. L'impact modifie également les roches du sous-sol sur plus de de profondeur.
Depuis, l'érosion a complètement effacé toute trace dans le relief, et seul le léger détour de la Vienne vers le sud dans la commune de Chassenon pourrait lui être attribué. Par contre, le sous-sol conserve de nombreuses roches fracturées, fondues, remuées, que l'on appelle des brèches. Ces roches particulières ont été utilisées pour la construction des monuments gallo-romains, comme à Cassinomagus (thermes de Chassenon), ainsi que des habitations et monuments dans toute la région.
Historique Après avoir éveillé l'Académie des sciences de Paris, le ., à la possibilité d'un impact météoritique à Rochechouart, le géologue du Muséum national d'histoire naturelle (MNHN) François Kraut fait officiellement et formellement état de l'existence de ce cratère d'impact dans la revue de la société allemande en 1969.. Cette publication met fin au mystère qui entourait l'origine de ces roches, et durait depuis leur première description à la fin du .
L'astroblème de Rochechouart est la première structure d'impact terrestre à avoir été découverte uniquement par l'observation des effets du choc sur les roches, alors qu'aucune structure topographique circulaire n'est identifiable..
Découverte de l'astroblème L'énigme des brèches de Chassenon et de Rochechouart L'origine des roches avec lesquelles ont été construits les thermes de Chassenon ou de celles qui constituent la falaise située au pied du château de Rochechouart, et qui sont exploitées dans les carrières de la région, a été sujette à controverse dès que les géologues se sont intéressés à elles, comme on peut s'en rendre compte dans les lignes suivantes.
Nicolas Desmarest, futur membre de l'Académie des sciences., décrit cette roche en 1809 dans l'Encyclopédie Méthodique.. Pour lui, il s'agit d'un granite à bande d'origine plutonique :
Chassenon : C'est à Chassenon que tous ces effets du feu [souterrain] se sont offerts à moi sur une grande superficie de terrain […] La suite de ce travail m'a fait saisir deux accidents de feu très remarquables : le premier se manifeste par des altérations dégradées autour de plusieurs foyers et centres où le feu parait avoir agi avec plus de violence, sans cependant ouvrir le sol par une éruption marquée. Le second accident consiste en des déplacements de grandes masses de terrain qui avaient pour centre les foyers dont j'ai parlé, et qui embrassaient une circonférence très étendue. J'observe que la plus grande partie du sol chauffé à Chassenon est un granit à bandes […]. Chabanois : […] On peut observer le granit à bandes depuis Chabanois jusqu'à Saint-Junien ..
Après Desmarest, Pierre Beaumesnil, correspondant à l'Académie des inscriptions et belles-lettres, explore en 1779 la ville de Chassenon, à la recherche de la ville antique de Cassinomagus. Il fait état dans ses manuscrits de tuf volcanique à la pierre qui en provient, ainsi que le rapporte ultérieurement l'abbé Jean Hippolyte Michon en 1844[Michon 1844] . :
En 1808, le préfet de la Haute-Vienne publie dans la Statistique générale de la France : département de la Haute-Vienne. un passage concernant des roches inconnues récemment découvertes par François Alluaud, un fabricant de porcelaine de Limoges :
En 1833, Guillaume Manès (1798-1881) leur donne une origine volcanique ; en 1858, Henri Coquand (1818-1894) et en 1901 Le Verrier (1848-1905)Louis Paul Urbain Le Verrier, ingénieur du corps des Mines de l'École Polytechnique en 1867, est le fils de l'astronome français Urbain Le Verrier. leur attribuent une origine sédimentaire, mais H. Coquand doute de cette hypothèse quand il écrit à propos des roches de Chassenon qu'elles ont une origine problématique.. En 1859, F. Alluaud apportait des précisions sur ces roches « d'origine pyrogène (…) dont le mica semble avoir été rougi par une sorte de calcination », sans conclure sur leur origine toutefois, . F. Alluaud se garde bien de donner une explication à l'origine de ces roches. Il semble même réfuter l'origine volcanique lorsqu'il dit (la roche) a une si grande analogie avec certaines variétés de pépérines que quelques observateurs l'ont confondue avec ce produit volcanique.. En 1909 Glangeaud indique l'existence d'une ancienne région volcanique. ; en 1935. puis en 1937. François Kraut tente de démontrer une origine volcano-sédimentaire. Mais cette explication ne le satisfait pas, car elle ne permet pas d'expliquer la structure cristallographique des cristaux de quartz et feldspath contenus dans ces roches...
En 1952, François Kraut retourne dans la région étudier le filon de quartz clivé de Saint-Paul-la-Roche à 40 kilomètres seulement de Rochechouart. La proximité de ce quartz particulier avec les brèches énigmatiques a de nouveau attiré son attention sur celles-ciLettre de F. Kraut à B.M. French, Paris, le ..
François Kraut démontre l'origine impactite
Le , François Kraut se rend à Nördlingen (Allemagne) exprimer son point de vue sur la similitude entre les brèches de Chassenon et les suévites découvertes dans l'astroblème de RiesLettre de F. Kraut à B.M. French, Paris, le .. Le géologue français a notamment découvert des quartz et feldspaths présentant des micro-fissurations anormales (quartz choqués), visibles à très fort grossissement, que l'on retrouve aussi à Ries. Malgré le peu d'intérêt des géologues allemands sur cette similitude, l'un d'entre eux, Gerold Wagner, prend contact avec François Kraut pour visiter le site. Cette visite a lieu en 1967, mais l'Allemand meurt juste après dans un accident de voiture. Il avait toutefois eu le temps d'écrire au géologue français deux lettres dans lesquelles il se disait lui aussi très impressionné par ces analogies.
Le , Jean Orcel lit à l'Académie des sciences de Paris une note de François Kraut, qui fait pour la première fois état d'une probable origine impactite :
Kurt FredrikssonKurt Fredriksson, est un géologue né en Suède en 1926 et mort en 2001. Il s'était spécialisé dès 1957 dans l'analyse au microscope électronique des particules générées lors des impacts météoritiques.., un géologue de la avec lequel François Kraut effectue des recherches sur le cratère de Cachari., fait part des découvertes du Français à son ami Bevan M. FrenchBevan M. French, né en 1937. Géologue et géochimiste de formation, il travaille au de la NASA en tant que géologue spécialisé dans les impacts météoritiques terrestres, plus particulièrement sur leurs effets sur les roches. Ses recherches lui ont permis de contribuer à la découverte d'une douzaine d'impacts, dont celui de Sudbury au Canada. Il est impliqué entre 1969 et 1972 dans le programme Apollo et est chargé d'analyser une partie des échantillons lunaires prélevés lors des missions et ainsi que ceux ramenés par la mission russe . Il a écrit de nombreux ouvrages et articles scientifiques sur les impacts et leurs effets. Retraité depuis 1994, il continue ses recherches sur de nouveaux impacts au sein de la . Son travail a été récompensé par la médaille Barringer en 2001, remise par la . géologue au de la NASA, l'un des spécialistes des quartz choqués Lettre de B.M. French à F. Kraut, États-Unis, octobre(?) 1966..
L'équipe Kraut-French est formée et les découvertes s'accélèrent. François Kraut envoie à l'Américain des échantillons de ces roches qui, pour le moment, sont appelées « brèches volcaniques ». Il s'agit pour certains de fragments prélevés dans les ruines du château de Saint-Germain-de-ConfolensLettre de F. Kraut à B.M. French, Paris le .. Bevan French confirme la présence de ces minéraux choqués et arrive à la même conclusion que François Kraut sur l'origine impactite de ces roches Lettre de B.M. French à F. Kraut, (, États-Unis) ..
Il n'y a toutefois pas encore assez d'éléments pour conclure définitivement, c'est pourquoi l'article qui est présenté en lors du de la à Cambridge (Massachusetts) (États-Unis) par Nicholas ShortNicholas Short, géologue à la NASA au . ne mentionne que la présence probable d'un impact météoritique à côté de Chassenon en France F. Kraut, N.M. Short, B.M. French, , , , , , ..
En , François Kraut fait une conférence sur les impactites à l'École des mines de Paris. Il aborde notamment les similitudes entre les quartz choqués de Rochechouart et ceux créés par des explosions nucléairesLettre de F. Kraut à N.M. Short, Paris le .. En , il se rend aux États-Unis, où il rencontre enfin son collègue américain. Ils mettent au point la visite du site de Rochechouart, prévue l'été suivant entre les 8 et . Outre François Kraut, participeront Bevan French et son épouse, Eugène Raguin et son épouse, les deux géologues Kurt et Becky Fredriksson.
Le , François Kraut trouve des pseudotachylites vers Pressignac, un autre type de roche formée par l'impactCartes postales de F. Kraut à B.M. French, Paris le et Rochechouart le ..
Entre-temps, Bevan French avait demandé à Jack HartungJack B. Hartung est géologue au département des sciences de la Terre et de l'Espace à la . de dater quelques échantillons de brèche de Babaudus Lettre de B.M. French à J. Hartung, .. Les résultats arrivent le , ils indiquent un âge compris entre d'années. Toutefois, Bevan French est persuadé que l'impact a eu lieu il y a plus de 210 millions d'années, car on trouve des sédiments datés de cette époque à l'ouest de l'impact, alors qu'il n'y en a pas dans les brèches qu'il a pu observer Lettre de B.M. French à F. Kraut, ..
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Le , les géologues américains arrivent en France, et après six jours d'exploration, l'équipe découvre des cônes de percussion à proximité du village de Fontceverrane. L'instant est immortalisé par François Kraut avec le dessin à droite. Les conditions de la découverte des cônes de percussion () sont racontées ci-dessous par Becky Fredriksson Communication de B. Fredriksson à F. Michaud, ..
Nous étions allés avec lui (François Kraut) en France à Rochechouart à la recherche de cônes de percussion, un voyage des plus éducatifs autant que gastronomique. (…) Nous étions très découragés à la fin de notre voyage en quête de cônes de percussion, mais avons fait un dernier arrêt. Et voilà ! François se tenait le long d'un mur quand nous nous sommes tous tournés, et nous avons immédiatement vu des cônes dans le mur ! Ainsi, nous avions cherché dans les roches du pays au lieu de regarder les pierres des murs et des murets ! Nous avons tous bien ri. thumb|300px|
Avec cette découverte, les géologues ont enfin la certitude que l'origine des énigmatiques roches de la région est un impact météoritique. De la visite ressortent les conclusions suivantes : l'origine impactite est prouvée ; l'extension des brèches dans un diamètre d'environ 10 kilomètres permet d'établir un diamètre de pour le cratèreDans la présentation à la d' ce diamètre sera revu à la baisse : . ; l'empilement des diverses brèches correspond bien avec celles d'autres cratères mieux préservés.