L'Algérophobie est un terme employé pour désigner une hostilité ou une aversion à l'égard de l'Algérie et, par extension, des Algériens. Son usage s'inscrit notamment dans le contexte historique des relations entre la France et l'Algérie, marqué par la colonisation française de l'Algérie, la guerre d'Algérie et les migrations algériennes vers la France. Dans la période postcoloniale, certaines formes de racisme visant les populations maghrébines ont été étudiées en relation avec les représentations héritées de la période coloniale et avec les séquelles de la guerre d'Algérie.
Le terme est utilisé dans des contextes différents, notamment pour qualifier des propos, des comportements ou des politiques considérés comme hostiles aux Algériens, mais également pour dénoncer une hostilité dirigée contre l'Algérie dans le cadre des relations franco-algériennes. Son emploi s'est particulièrement développé dans les débats politiques et médiatiques des années 2020.
Étymologie et définition Le terme « algérophobie » est formé à partir du nom « Algérie » et du suffixe « -phobie », utilisé en français pour désigner une aversion ou une hostilité. Il est employé pour désigner une attitude hostile envers l'Algérie ou les Algériens.
Le mot peut ainsi être utilisé dans deux acceptions proches mais distinctes : pour qualifier une hostilité visant directement des personnes algériennes ou d'origine algérienne, ou pour caractériser une attitude négative à l'égard de l'Algérie dans le contexte politique et diplomatique.
La question de l'ancienneté du terme « algérophobie » est discutée : certaines publications contemporaines présentent son emploi comme relativement récent dans le débat politique français, tandis que d'autres l'utilisent comme un terme déjà établi pour désigner l'hostilité envers les Algériens ou l'Algérie. Le terme a notamment été popularisé dans le débat parlementaire par LFI, avec Bastien Lachaud qui l'emploie à l'Assemblée nationale en janvier 2025 lors d'un échange avec Bruno Retailleau. Il s'inscrit dans un discours décolonial accordant une place particulière aux populations d'origine algérienne et dénonçant certaines prises de position politiques envers l'Algérie.
Le politologue Nedjib Sidi Moussa indique, dans une intervention prononcée le au sein de l'association Africa 93, que le terme « algérophobie » et l'adjectif « algérophobe » avaient, au , un sens sensiblement différent de celui qu'ils revêtent aujourd’hui. Il en relève des occurrences dans la presse française, notamment dans Le Charivari du et dans L'Écho français du . Ce dernier employait également le terme « anti-algériens » pour désigner les opposants à l'occupation française de l'Algérie. Après être tombé en désuétude, le terme « algérophobie » aurait progressivement acquis son sens contemporain au cours du , sans toutefois connaître une diffusion massive.
Contexte historique L'histoire des représentations des populations algériennes en France est antérieure à l'apparition de l'usage contemporain du terme « algérophobie ». Les travaux consacrés aux migrants méditerranéens montrent que le vocabulaire utilisé pour désigner les populations étrangères est lié aux rapports sociaux, aux migrations et aux représentations de l'étranger. Les représentations associées aux populations colonisées et aux migrants se sont ainsi constituées dans un contexte marqué notamment par les rapports entre colonisation, immigration et relations entre l'Europe et les sociétés méditerranéennes.
L'existence de représentations racialisées pendant la période coloniale constitue ainsi un élément du contexte historique dans lequel se développent ultérieurement différentes formes de racisme visant les populations originaires du Maghreb. Ces représentations ne doivent toutefois pas être assimilées directement à l'usage contemporain du terme « algérophobie », qui correspond à une catégorie lexicale distincte.
La guerre d'Algérie constitue un élément important dans l'étude des relations entre les représentations de l'Algérie et le racisme visant les populations maghrébines en France. L'historien Yvan Gastaut étudie notamment les déclarations, tracts et attentats racistes intervenus après la fin des hostilités, en particulier parmi des milieux nostalgiques de l'Algérie française et proches de l'extrême droite. Il relie cette persistance de représentations négatives à un passage, dans une partie de la société française, d'un racisme associé au contexte colonial à des formes de racisme anti-maghrébin.
Cette évolution concerne principalement le racisme anti-maghrébin étudié par les historiens et ne constitue pas, en elle-même, une démonstration de l'existence d'une « algérophobie » au sens contemporain. Le rapprochement entre les deux notions relève de l'interprétation du contexte historique et doit être distingué de l'histoire propre du mot.
Les rapports entre la décolonisation de l'Algérie et les attitudes envers l'immigration algérienne en France ont également fait l'objet d'études historiques. Guy Pervillé montre que les attitudes à l'égard de l'Algérie française et de l'indépendance algérienne présentent une corrélation avec certaines attitudes ultérieures envers l'intégration des immigrés et l'antiracisme, tout en soulignant que cette relation ne permet pas de réduire les différentes positions politiques à un seul schéma.
Selon cette étude, les anciennes positions favorables ou hostiles à l'indépendance de l'Algérie ne déterminent pas mécaniquement les attitudes envers les immigrés algériens. La relation entre décolonisation, immigration et racisme doit donc être appréhendée de manière différenciée.
Usage contemporain L’expression « algérophobie » est employée pour qualifier des comportements ou des propos considérés comme hostiles aux Algériens ou aux personnes d'origine algérienne. Cette utilisation concerne notamment des situations présentées comme relevant de discriminations, de propos racistes ou d'hostilité envers des personnes affichant leur origine ou leur attachement à l'Algérie. La députée écologiste Sabrina Sebaihi estime que ces phénomènes, présents selon elle depuis longtemps, connaissent une visibilité accrue et se manifestent notamment par des inégalités dans l'accès à l'emploi et au logement ainsi que par une difficulté persistante à reconnaître pleinement comme français les descendants d'immigrés algériens. Elle les associe à certains mécanismes sociaux et politiques, tout en soulignant l'existence de nombreux parcours de réussite au sein de cette population.
est le slogan du groupe Génération identitaire pour appeler à une manifestation en février 2015 à Villeurbanne dans la banlieue de Lyon. Zemorda Khelifi, membre du conseil municipal et opposée à ce meeting, reçoit sur les réseaux sociaux des menaces de mort : . Des associations et partis de gauche demandent l'interdiction de la réunion. Génération identitaire affirme ne pas être à l'origine des menaces de mort et maintient sa manifestation.
En 2016, lors d'une visite en Algérie du premier ministre français Manuel Valls, les autorités algériennes refusent de donner un visa à un journaliste du Monde. En réaction des médias français décident de ne pas se déplacer en Algérie pour couvrir la visite de Manuel Valls. La presse algérienne critique cette décision des médias français. Ainsi TSA considère qu'.
Des controverses ont notamment porté sur des incidents impliquant des symboles algériens. Des personnes arborant le drapeau algérien ont ainsi été prises à partie lors de manifestations ou dans l’espace public, tandis que d'autres affaires ont concerné des propos hostiles à l'égard de personnes ou de personnalités associées à l'Algérie. Un supporter lyonnais de 17 ans a notamment été pris à partie lors d’un match de l'Olympique lyonnais après avoir brandi un drapeau algérien pour saluer le retour de Rachid Ghezzal ; des supporters lui ont arraché le drapeau et proféré des insultes à caractère raciste, tandis que le club a indiqué que des stadiers étaient intervenus et l'a encouragé à déposer plainte. Les deux agresseurs ont reçu une interdiction de stade d’une durée de 18 mois par le club . À Marseille, le maire Benoît Payan a reçu des menaces de mort après avoir dégusté un couscous algérien lors d’un festival culinaire ; ces menaces, relayées sur les réseaux sociaux, ont suscité des réactions de soutien de responsables politiques locaux (La France insoumise, Parti socialiste et Rassemblement national) et ont été présentées comme une manifestation d'hostilité envers des références culturelles algériennes dans le contexte des tensions franco-algériennes.
D'autres cas sont présentés comme des manifestations d'hostilité dans des communes françaises, notamment à travers des propos ou des inscriptions visant la présence de symboles ou de références à l'Algérie. À la suite de la mort de Quentin Deranque à Lyon, des militants d'extrême droite ont ainsi scandé des slogans hostiles à l'Algérie et aux Algériens, tandis que des tags anti-algériens, dont « Ici c’est Lyon pas l'Algérie », ont été découverts dans une petite commune près de Lyon. Ces incidents sont présentés comme des manifestations d’hostilité anti-algérienne dans le contexte de la crise diplomatique entre la France et l'Algérie, bien que rien n’indique que des personnes d’origine algérienne aient été impliquées dans la rixe ou dans la mort de Quentin Deranque.
Le terme est également employé dans les débats portant sur les relations politiques entre la France et l'Algérie. Au cours de la période 2024-2026, des responsables politiques et des personnalités publiques l'utilisent notamment pour dénoncer ce qu'ils considèrent comme une multiplication de propos ou de prises de position hostiles à l'Algérie ou aux Algériens. Des voix françaises influentes se distinguent parmi les historiens, journalistes et responsables politiques, à l’image de Benjamin Stora, Jean-Michel Aphatie et Ségolène Royal, qui s'opposent à la montée de l'algérophobie dans les milieux politiques et médiatiques. Leurs positions sont en faveur de la reconnaissance du passé colonial, du rejet du déni historique et d'une relation franco-algérienne fondée sur le respect mutuel, l'égalité et la reconnaissance de la place de l'Algérie comme puissance régionale.
Dans ce contexte, l'expression est notamment associée aux débats sur l'immigration algérienne, l'accord franco-algérien de 1968 et les relations diplomatiques entre les deux États. Certaines prises de position politiques qualifient de discriminatoires ou de racistes certaines propositions concernant les relations franco-algériennes. Bastien Lachaud dénonce, pour sa part, une multiplication, selon lui, des discours politiques et médiatiques hostiles à l'Algérie, aux Algériens et aux Français d’origine algérienne. Il relie cette évolution à la dégradation des relations franco-algériennes, notamment après la position française sur le Sahara occidental, l'affaire Boualem Sansal et les tensions autour de l'accord franco-algérien de 1968. Il estime que certains responsables politiques exploitent l'hostilité envers l'Algérie à des fins électorales et médiatiques, notamment autour des questions d'immigration et de cet accord, et appelle à lutter contre les discriminations ainsi qu'à renouer avec une relation franco-algérienne fondée, selon lui, sur le dialogue, le droit international et la prise en compte de l'histoire coloniale.