La Quatrième Hauteur () est un groupe artistique moscovite fondé en 1994. Le groupe est associé à la scène du conceptualisme moscovite.

Histoire

Le groupe est fondé à Moscou en 1994 par les artistes Katia Kameneva, Dina Kim et Galina Smirnskaïa.

Les sources divergent toutefois sur l'année de fondation : le catalogue Contemporary Photographic Art from Moscow (Prestel, 1995), publié peu après la formation du groupe, indique 1994, tandis que le Musée d'art moderne de Moscou et la revue Black Square indiquent 1993Black Square, no 4 (14), 2024, p. 272–274.

Le nom du groupe fait référence au récit Четвёртая высота d'Elena Ilina, publié au milieu des années 1940. Ce récit a servi de base au film homonyme réalisé en 1977 par Igor Voznessenski.

Le groupe se forme dans le milieu artistique des diplômées de l'École des beaux-arts de Moscou en mémoire du soulèvement de 1905. Selon plusieurs sources, il est considéré à ses débuts comme un équivalent féminin du groupe artistique Fenso, apparu dans le même milieu artistique.

Dans le Dictionnaire des termes de l'école conceptuelle moscovite (1999), dans l'appendice intitulé « Dictionnaire de P. Peppershteïn », la Quatrième Hauteur est citée parmi les groupes appartenant au cercle artistique dit « Estonie », un regroupement informel de plusieurs groupes de la scène artistique moscovite des années 1990. Dans ce dictionnaire, le cercle « Estonie » est décrit comme s'étant formé après le deuxième putsch de 1993.

Le commissaire d'exposition français François Taillade, évoquant la scène artistique moscovite des années 1990, mentionne la Quatrième Hauteur parmi les nombreux groupes artistiques apparus durant cette période.

Méthode artistique

La photographie mise en scène constitue le principal médium du groupe. Selon la revue Black Square, la Quatrième Hauteur est un projet performatif fondé sur des séances photographiques costumées et conçues selon un dispositif conceptuel.

Certains projets ont été réalisés avec la participation de photographes de mode professionnels, notamment Urs Bigler.

Le catalogue de l'exposition Contemporary Photographic Art from Moscow (Prestel, 1995) caractérise la méthode artistique du groupe par l'utilisation de la photographie exclusivement comme moyen de simulation, créant un espace d'illusion. Les sources de cet espace sont décrites comme les « fantasmes héroïques » des jeunes filles, la littérature soviétique pour enfants et les jeux de transformation.

L'expérience des membres du groupe dans l'industrie de la mode a exercé une influence notable sur son langage artistique. Le Musée d'art moderne de Moscou souligne que cette expérience se reflète dans la pratique du groupe, qui réinterprète avec ironie la culture de masse et les représentations de la féminité qu'elle produit.

À travers l'esthétique de la mode et les représentations de la féminité, le groupe aborde les thèmes de l'après-guerre ainsi que des questions liées au féminisme, en mettant en regard le passé soviétique et la société capitaliste contemporaine.

Cette attention portée à l'identité féminine et aux questions féministes ne signifie toutefois pas que le groupe ait adopté une position explicitement féministe.

Les membres du groupe définissaient elles-mêmes leur méthode artistique comme une « rêverie trash multiculturelle ».

Cette auto-définition est également reprise par plusieurs sources.

L'historienne de l'art française Pascale Le Thorel, dans son ouvrage L'Art contemporain par les femmes (2022), reprend cette expression sous sa forme française, « rêve trash multiculturel ».

Critique et interprétations

Pascale Le Thorel considère la Quatrième Hauteur comme l'une des représentantes marquantes de la scène artistique russe formée à Moscou après la perestroïka dans les années 1990. Dans son interprétation, le travail du groupe est associé au conceptualisme romantique moscovite.

Dans le même dictionnaire, P. Peppershteïn considère le cercle « Estonie » dans le contexte du conceptualisme psychédélique. Il caractérise les travaux des groupes appartenant à ce cercle comme une sorte de « laboratoire » dans lequel les pratiques et procédés artistiques sont progressivement retravaillés en vue de leur utilisation dans la culture de masse, le design, la mode et l'industrie du divertissement. La Quatrième Hauteur figure explicitement parmi les groupes cités par Peppershteïn.

Cependant, l'interprétation du groupe ne se limite pas à son appartenance au conceptualisme. Dans une publication de Trebuchet Magazine consacrée au projet The Crown, la pratique de la Quatrième Hauteur est mise en parallèle avec celle de Cindy Sherman. L'auteur relève l'utilisation de la rhétorique visuelle de l'art féministe ainsi que l'exploration des questions d'identité et de représentation sociale.

La position du groupe à l'égard du féminisme est toutefois décrite de manière nuancée dans les sources. Le catalogue Contemporary Photographic Art from Moscow présente la Quatrième Hauteur comme un groupe artistique féminin qui n'adoptait pas de position explicitement féministe. Ainsi, l'identité féminine du collectif et son recours à des représentations associées à la féminité ne signifiaient pas l'adhésion à un programme artistique explicitement féministe.

Le même catalogue propose une interprétation plus spécifique de la position artistique du groupe, en la reliant à la matérialisation délibérément naïve de fantasmes personnels et en mettant en avant une « logique féminine » particulière, opposée au jeu conceptuel traditionnel avec les idées.

Dans l'ensemble, la réception critique de la Quatrième Hauteur repose sur plusieurs interprétations qui se recoupent : le groupe est considéré dans le contexte du conceptualisme moscovite des années 1990, comme un collectif travaillant sur la culture de masse et ses représentations, ainsi que comme une pratique artistique abordant les questions d'identité et de féminité. Les sources établissent des rapports différents entre le travail du groupe et la problématique féministe, sans le réduire à une position féministe univoque.

Œuvres

Parmi les projets de la première période figurent Empathy 1931–1939 (1994), Strategy and Tactics (1995) et Victory and Defeat (« Победа и поражение »), ce dernier ayant été présenté en février 1995 lors d'une exposition du groupe à la galerie « Yakut » à Moscou.

La série Cosmonauts est consacrée aux figures héroïques du programme spatial soviétique.

Parmi les séries les plus connues de la Quatrième Hauteur figurent The Deed, Heroic, The Taste of Victory et Gene Pool. Des œuvres issues de ces séries sont conservées dans les collections de la Galerie Tretiakov, du Musée russe, du Musée d'art moderne de Moscou ainsi que dans des collections privées à l'étranger.

Le projet The Crown a notamment été présenté lors d'une exposition à Londres avec la participation du photographe Urs Bigler.

Notes et références