thumb|Localisation d'Amphipolis.Amphipolis (en grec ancien / la « ville et alentours ») est une cité antique grecque d'Édonide en Macédoine orientale. Elle occupe un haut plateau sur la rive est (gauche) d'une boucle du Strymon, à au nord de son embouchure dans la mer Égée au niveau du golfe Strymonique. Fondée en 437 av. J.-C., elle est abandonnée au de notre ère. Le site se trouve sur le territoire d'un dème (municipalité) moderne de Macédoine-Centrale auquel il a donné nom ainsi qu'à deux villages construits à proximité.
Un carrefour revendiqué par Athènes
thumb|upright=1.5|left|Vue du delta du Strymon et du gymnase depuis l'acropole d'Amphipolis.
Tout au long du , Athènes cherche à s'assurer le contrôle de la Thrace qui revêt une importance stratégique en raison de ses matières premières — métaux précieux (or, argent) du Pangée, bois indispensable à la construction navale — et de la route maritime des détroits garantissant l'approvisionnement en blé de Scythie.
Après une première tentative infructueuse de colonisation en 497 av. J.-C. par le tyran de Milet Aristagoras, les Athéniens fondent une première colonie à Ennéa odoïEn grec ancien, Ennéa 'odoï s'écrit les « neuf-chemins », ville englobée dans le territoire d'Amphipolis. en 465 av. J.-C.., mais les dix mille colons sont massacrés ou chassés par les Thraces locaux (peuple des Édones ou Édoniens)Thucydide, Guerre du Péloponnèse, I, 100, 3.. Une seconde tentative a lieu en 437 av. J.-C.cfr. Un Jour dans l'Histoire, émission du 17/09/2019 sur La Première en radio, d’après Sébastien Polet, historien sur le même lieu sous la direction d'Hagnon, fils de Nicias, à partir du port d'Eion, à l'embouchure du Strymon, une vieille base déjà utilisée par les Perses, conquise par Cimon et devenue un comptoir athénien.
thumb|upright|Plan schématique d'Amphipolis. La nouvelle fondation prend le nom d'Amphipolis, littéralement « autour de la ville », nom sur lequel les lexicographes ont abondamment glosé, malgré les explications très claires de ThucydideThucydide, IV, 102, 3. : une notice de la Souda (présente aussi dans le Lexicon de Photios) le commente en reprenant une explication fournie à l'origine, d'après Harpocration, par Marsyas de Pella (FGrH 135/6), selon lequel une population nombreuse vivait en faubourgs autour de la ville. Plus fréquente, et aussi beaucoup plus vraisemblable, est l'explication donnée par le grammairien Julius PolluxOnomasticon, 9.27.5 : le nom indiquerait le voisinage d'un isthme ou d'un gué. Mais c'est l’Etymologicum genuinum qui est le plus explicite avec la définition suivanteEntrée 725, s. v. Amphipolis : « Ville des Athéniens ou de Thrace, qui s'appelait Neuf-Voies auparavant, ainsi appelée parce que cernée et entourée par le fleuve Strymon » (). Cette description correspond effectivement au site de la ville (voir schéma ci-contre) et à la description donnée par Thucydide.
Amphipolis devient dès lors le principal point d'appui athénien en Thrace et, comme tel, une cible de choix pour leurs adversaires lacédémoniens : l'élément athénien reste très minoritaire dans la ville Thucydide, IV, 105, 1. et le général spartiate Brasidas parvient à la retourner contre sa métropole en 424 av. J.-C., notamment grâce à l'aide des habitants de la localité voisine d'Argilos.. Une expédition de secours menée par le stratège (et historien) Thucydide doit se contenter de secourir Eion et ne peut reprendre Amphipolis. Cet échec vaut l'exil à Thucydide. Une nouvelle expédition athénienne, sous le commandement de Cléon échoue de nouveau en 422 av. J.-C. : Cléon et son adversaire Brasidas trouvent la mort dans une bataille sous les murs d'Amphipolis, qui conserve ainsi son indépendance. Elle la garde dans le demi-siècle suivant malgré de nouvelles tentatives athéniennes, notamment du fait du gouvernement de Callistratos.. Les Amphipolitains marquent leur rupture avec Athènes en rayant la mémoire de l'Athénien , leur fondateur en 437, pour honorer Brasidas comme nouveau fondateur de leur cité.
La principale divinité de la ville semble avoir été Artémis Brauronia ou Artémis Tauropole qui figure sur ses monnaies. Une inscription porte un décret de bannissement contre deux citoyens nommés Philo et Stratoclès : le second est probablement un des deux ambassadeurs envoyés pour demander l'aide des Athéniens contre les ambitions de Philippe II, roi de Macédoine.
Une ville macédonienne puis romaine thumb|upright|Fortifications et pont d'Amphipolis. En 357 av. J.-C., fait sauter le verrou que constitue Amphipolis sur la route vers la Thrace et conquiert la ville qu'Athènes avait vainement tenté de récupérer les années précédentes. D'après l'historien Théopompe, cette conquête aurait fait l'objet d'un accord secret entre Athènes et , qui se serait engagé à remettre la ville en échange de la place forte de Pydna. Mais le roi macédonien trahit l'accord en ne cédant pas Amphipolis et en mettant le siège devant Pydna.
Après la conquête par Philippe, la cité n'est pas immédiatement incorporée au royaumeHatzopoulos . et conserve quelque temps ses institutions et une certaine autonomie, la frontière du territoire national du royaume n'étant pas déplacée vers l'Est. Philippe installe cependant des Macédoniens à Amphipolis et la cité, de par les mesures prises, devient de fait macédonienne : la nomenclature, le calendrier et le monnayage (statères d'or du nouvel atelier installé par Philippe pour monnayer l'or du Pangée, remplaçant la drachme amphipolitaine) de la cité sont remplacés par les équivalents macédoniens.
Sous le règne d'Alexandre le Grand, Amphipolis est une base navale importante ; trois de ses amiraux devenus célèbres en sont issus : Néarque, Androsthène, et LaomédonLe fameux lion d'Amphipolis marque probablement la sépulture de Laomédon..
thumb|upright|Fresque d'une maison hellénistique d'Amphipolis. Amphipolis devient une des stations principales de la route royale en Macédoine orientale (comme en témoigne une borne trouvée entre Philippes et Amphipolis donnant la distance depuis cette dernièreChaïdo Koukouli-Chrysanthaki, À propos des voies de communication du royaume de Macédoine, Recherches récentes sur le monde hellénistique, Lausanne, 1998, .), puis de la Via Egnatia, la principale voie romaine qui traverse le Sud des Balkans. C'est à ce titre qu'elle est mentionnée dans les Actes des ApôtresActes des Apôtres, 17, 1. comme étape sur la route de saint Paul dans son itinéraire de Philippes à ThessaloniquePapazoglou , .. Outre les remparts de la ville basse (cf. photographie), ne sont visibles de cette période que le gymnase et une riche maison aux fresques bien conservées (cf. photographie). vignette|gauche|Monnaie d'Amphipolis d'époque romaine. Avers : tête de l'empereur Auguste ; revers : Artémis Tauropole chevauchant un taureau. Si le plan de la ville est mal connu, ses institutions le sont davantage grâce à une riche documentation épigraphique, dont une ordonnance militaire de Philippe V et une loi éphébarchique provenant du gymnase.
Après la victoire finale romaine sur la Macédoine en 168 av. J.-C. à la bataille de Pydna, Amphipolis devient la capitale de la première des quatre mérides créées par les Romains pour succéder au royaume des Antigonides..
L'épigraphie indique que des négociants italiens, chassés de Délos par l'invasion de Mithridate en 88 av. J.-C., ont transféré leur activité à Amphipolis et Thessalonique où ils ont probablement introduit le culte d'Isis. À l'époque impériale, la riche famille marchande des Anthestii est présente à Amphipolis, Délos, Pompei et Rome.
Le temple d'Artémis était en ruines au selon une épigramme d'Antipater de ThessaloniqueAnthologie palatine, vol. 1, n°705..
Le renouveau de l'Antiquité tardive
thumb|upright|Chapiteau paléochrétien à protomés de bélier d'Amphipolis.
À la fin de l'Antiquité, Amphipolis participe à la prospérité économique de la Macédoine dont témoigne la multiplication des églises chrétiennes. Par la christianisation, la ville entre dans la civilisation byzantine. Significativement cependant, ces églises sont construites sur une aire restreinte, à l'abri des murs de l'acropole : c'est le signe que le grand périmètre fortifié antique n'est plus, durant l'Antiquité tardive, défendable face aux invasions successives des Goths et Hérules au et des Avars et Slaves à la fin du .
Néanmoins, le nombre, la taille et le luxe des églises construites entre le de notre ère impressionnent : quatre basiliques ornées de riches pavements de mosaïque et d'une sculpture ornementale soignée (voir le chapiteau aux protomés de bélier) ont été fouillées, ainsi qu'une église à plan centré, hexagonal, qui évoque celui de Saint-Vitale à Ravenne. Cette activité édilitaire ne peut se comprendre que si l'Église locale a su capter à son avantage les antiques circuits de l'évergétisme qui aboutissaient à une pétrification monumentale dans le centre urbain de la richesse agricole du territoire de la cité.
Amphipolis est mentionnée par le pèlerin anonyme qui, en 333, rédige l'Itinéraire de Bordeaux à Jérusalem. Son évêché, suffragant de Thessalonique, est représenté par l'évêque Alexandre au deuxième concile de Constantinople en 553, puis par André au concile in Trullo en 691Alessandro Taddei, « I monumenti protobizantini dell'acropoli di Amphipolis », ASAtene LXXXVI, serie III, 8, 2008, 253-310 . La seule autre mention de la ville dans les sources littéraires se trouve dans le Synekdèmos, texte du géographe HiéroclèsHiéroclès, 640,2. par F. Papazoglou , ..
De la réduction de l'aire urbaine à la disparition de la ville Les invasions gothes puis slaves entre le viennent progressivement ruiner l'arrière-pays amphipolitain et entraînent le déclin de la ville dont les habitants se replient d'abord sur l'acropole : les remparts en sont maintenus en état, tant bien que mal, grâce aux matériaux de construction pillés (spolia) dans les monuments de la ville basse ; les grandes citernes désaffectées du sommet sont occupées par de petites maisons et des ateliers d'artisans. Au milieu du , peut-être, intervient une nouvelle réduction de l'aire urbaine fortifiée avec la construction d'un nouveau rempart à tours pentagonales, coupant l'acropole au beau milieu des monuments existants : les thermes romains, et surtout la basilique épiscopale sont ainsi traversés par cette muraille.
Entourée de duchés slaves échappant au contrôle de l'Empire grec, et qui finissent par tomber aux mains du Premier Empire bulgare, la ville est abandonnée probablement au : le dernier évêque, André, est attesté en 692Papazoglou , . au concile QuinisexteMansi XI, 993 B.. Les habitants se réfugient sur le site voisin de l'antique Eion, port d'Amphipolis, reconstruit et à nouveau fortifié par les autorités impériales sous le nom de ChrysopolisDunn , .. La puissance byzantine étant thalassocratique, ce port connaît une certaine prospérité, avant d'être à son tour abandonné au début de l'époque ottomane, mais plutôt à cause de l'envasement dû aux alluvions du Strymon.
Les derniers signes d'activité enregistrés aux abords de la ville consistent en une tour fortifiée, construite en 1367, au Nord, par le primicier Ioannis et le stratopédarque Alexis, pour protéger des Bulgares, des Serbes et des Turcs, les terres qu'ils avaient données au monastère athonite du Pantocrator, dont ils étaient les fondateurs.. En vain : en 1389, la région est prise par les Ottomans. Elle est rattachée au pachalik de Roumélie.
Au , il ne reste que quelques ruines de la ville antique et un village connu sous les noms de Neokhórion en grec et Yeni-Köy en turc. Le village de Neokhórion, habité par des Bulgares, est détruit en 1941-1944.
L'exploration du site thumb|upright|Officiers du britannique d'infanterie légère King's Shropshire, avec des crânes retrouvés durant la construction de tranchées et d'abris, sur le site d'Amphipolis, en 1916.