Tomás Antonio Sánchez de Uribe (Ruiseñada, actuelllement dans la commune de Comillas, en Cantabrie, 1725 - Madrid, 1802) est un écrivain, médiéviste, lexicographe, bibliographe et éditeur espagnol.
Formé dans un collège de jésuites à Séville, il compléta sa formation à Salamanque et choisit la carrière ecclésiastique. Après une trajectoire comme enseignant (marquée par son parti pris anti-thomiste) et une fonction de chanoine à Santillana del Mar, il occupa durablement un poste de bibliothécaire à la bibliothèque royale de Madrid, où il entreprit de mettre au jour et d’éditer, avec toute la rigueur philologique alors possible, un ensemble de textes littéraires castillans anciens, dont en particulier le Cantar de mio Cid, faisant dans ce domaine œuvre de précurseur. On lui doit par ailleurs deux écrits satiriques, où se fait jour notamment son rejet des sciences expérimentales.
Biographie Formation et carrière académique Bien qu’issu d’une famille humble, Tomás Antonio Sánchez put loger à Séville chez des proches parents mieux nantis et y suivre des études d’humanités au collège Saint-Herménégilde (1742-1745), ce qui lui permit d’acquérir, sous la férule des jésuïtes, de solides connaissances en langues classiques et en logique. Il s’engagea ensuite dans la carrière ecclésiastique, s’inscrivant en au Collège trilingue Saint-Jérôme de l’université de Salamanque, où il combina les trois cursus déjà suivis à Séville avec cinq autres de théologie et quatre de langue hébraïque, et obtenant en le titre de bachelier en Arts libéraux. De 1754 à 1757, il occupa la chaire de sciences physiques à Salamanque, matière qu’il enseigna dans une perspective anti-thomiste, c’est-à-dire sous un angle jésuïtique, en accord avec ses études au collège Saint-Herménégilde..
En 1752, il se fit membre de l’Académie royale des Bonnes-Lettres (Academia de Buenas Letras) de Séville, fondée un an plus tôt, et fut désigné, sur concours, vicaire capitulaire de la collégiale de Santillana del Mar, en Cantabrie, encore qu’il ait dû renoncer à ce poste en 1771 en raison d’incompatibilité avec sa charge de bibliothécaire à la bibliothèque royale de Madrid, dont il assuma la direction pendant un certain temps et où il avait pris à charge la deuxième édition de la Bibliotheca Hispana Nova de Nicolás Antonio (la première édition datant de 1672), qui allait sortir des presses en 1788.
Tomás Antonio Sánchez était membre de l’Académie royale d'histoire (à partir de 1757) et de l’Académie royale espagnole (à partir de 1763). Cette dernière lui confia en 1772 les correspondances latines de son Dictionnaire, tâche qu’il devait remplir jusqu’à sa mort en 1802. Sánchez est également l’auteur d’un Catálogo de los abades de la Insigne y Real Iglesia Colegiata de Santillana (1743 ; littér. Catalogue des abbés de l’Insigne Église collégiale royale de Santillana).
Activité d’éditeur littéraire Parallèlement à ses travaux bibliographiques, Tomás Antonio Sánchez fut le premier à redécouvrir et à éditer, avec toute la rigueur philologique, quelques-uns des textes littéraires médiévaux en langue castillane les plus significatifs, sous la forme de sa Colección de poesías castellanas anteriores al siglo XV (littér. Collection de poésies castillanes antérieures au ). Cette série, dûment assortie de notes et de glossaires, comprenait : le Libro de Alexandre, sous le titre de Poema de Alejando Magno (en 1782) ; les œuvres de Gonzalo de Berceo (en 1780) ; le Cantar de mio Cid, poème épique qui est redevable de sa faveur populaire à cette première publication de Sánchez en 1779 ; et le Libro de buen amor de l’Archiprêtre de Hita, imprimé sous le titre de Poesías en 1790. Il en résulta un ensemble composé de quatre volumes in-octavo consacrés respectivement au Poema del Cid (précédé de Noticias para la vida del primer marqués de Santillana et de sa Carta al Condestable de Portugal), aux œuvres de Berceo, au Libro de Alexandre, et à l’œuvre de l’Archiprêtre de Hita. Le cinquième volume cependant, prévu pour le Rimado de Palacio de Pero López de Ayala, allait demeurer inédit, par suite de circonstances et du décès de l’éditeur Antonio Sancha, mais le projet en sera repris en main au par Pedro José Pidal et Florencio Janer.
L’édition du Cantar de mio Cid réalisée par Sánchez constitue la première édition d’une chanson de geste médiévale, et devance d’un demi-siècle les éditions analogues parues en France. Au , en raison du déclin que connut le culte cidien au et d’une certaine prise de distance vis-à-vis du héros par le monastère de Cardeña, où le manuscrit du Cantar était conservé, celui-ci fut relégué aux archives du Conseil municipal de Vivar, avant d’être placé en dépôt dans un couvent de moniales (le Convento de Nuestra Señora del Espino) du même village (avec une étude préliminaire de Francisco Rico).. Ruiz de Ulibarri en effectua une copie manuscrite en 1596, avant qu’Eugenio de Llaguno y Amírola, secrétaire du Conseil d’État de Charles III, ne vienne l’y chercher en 1779 afin que Tomás Antonio Sánchez puisse le publier. Une fois achevée cette édition, le manuscrit fut remis en possession de Llaguno et passa plus tard aux mains de ses héritiers.
Pour en établir le texte, Tomás Antonio Sánchez procéda avec une rigueur critique qui était sans précédent à l’époque ; quoique privé de points de repère précis en littérature comparée, de données philologiques et d’outils d’interprétation (même s’il eut certes à sa disposition le Glossarium de Ducange, la méthode philologique des mauristes, l’histoire littéraire de Tiraboschi et les études de Bastero et de Millot), Tomás Antonio Sánchez sut néanmoins analyser le Cantar sous de multiples aspects, appréciant son importance littéraire, s’attelant à reconstituer certains vers, évaluant la métrique, réfléchissant à la possible paternité de l’œuvre (inclinant à ne voir dans Per Abbat que le copiste, non l’auteur), se penchant sur le problème de la datation (supposant à tort que dans l’excipit du manuscrit aurait à l’origine figuré un troisième C, effacé par la suite, et retenant par conséquent l’an 1307 comme année de composition, thèse qu’allait à son tour adopter Ramón Menéndez Pidal)., et jetant par là intuitivement les fondement de la grammaire historique, laquelle ne devait s’imposer comme discipline scientifique qu’un siècle plus tard. En véritable chercheur, il s’efforça de comparer le Poema del Cid avec d’autres chansons de geste, traditions et chroniques de sa connaissance pour en tirer des conclusions.
En rapport avec cet ouvrage, Tomás Antonio Sánchez entra en polémique avec Rafael de Floranes à propos de la Crónica del Cid, controverse consignée dans deux opuscules qu’examinera plus tard Marcelino Menéndez Pelayo.
Son édition du Libro de Buen Amor est sa production la plus discutable, car ses scrupules d’homme d’église lui ont fait omettre quelques strophes de ce modèle de littérature érotique, nonobstant que Jovellanos, chargé de la censure, ait recommandé de publier le texte dans son intégralité. Les passages supprimés par Sánchez n’étaient pas plus obscènes que d’autres qu’il avait conservées, et en outre, il n’y avait aucun danger que le livre tombe entre les mains de « gamins, de femmes ou de personnes frustes et ingénues », puisqu’il était d’une lecture fort ardue. À l’issue de discussions internes au Conseil, le livre parut finalement dans une édition tronquée.
Dans un contexte historique où prédominait le courant littéraraire néoclassique, la Colección de Sánchez n’eut pas l’accueil qu’elle méritait. Pourtant, Sempere y Guarinos, juriste et bibiographe, affilié notoire des Lumières, déclara que
Ce dernier point laisse entendre que Tomás Antonio Sánchez occupe aussi une place éminente parmi les lexicographes de l’espagnol ancien..
À la parution du premier volume de la collection, Gregorio Mayans exprima lui aussi sa grande satisfaction, s’exclamant le :
Quant à la publication de la Bibliotheca Hispania Nova de Nicolás Antonio, Tomás Antonio Sánchez la réalisa en 1788 en collaboration avec Rafael Casalbón et Juan Antonio Pellicer.
Œuvre satirique Tomás Antonio Sánchez est aussi l’auteur, sous pseudonyme, d’une couple de textes satiriques, dont le premier porte le titre de Carta de Paracuellos, escrita por don Fernando Pérez a un sobrino que se hallaba en peligro de ser autor de un libro (Madrid, 1789 ; littér. Lettre de Paracuellos, écrite par don Fernando Pérez à un neveu qui se trouvait en danger d’être auteur d’un livre). Sánchez y raille les vices et pédanteries les plus communs qui entachaient la littérature de son époque et manifeste dans une note, en tant que disciple de la vieille scolastique, son scepticisme à l’égard des méthodes des sciences expérimentales, sans s’aviser que c’étaient justement celles-là qu’il appliquait de manière féconde dans ses travaux historiques et philologiques. L’auteur satirique Juan Pablo Forner, adepte des Lumières, lui donna la réplique sous les espèces de sa fameuse Carta de Bartolo, el sobrino de don Fernando Pérez, tercianario de Paracuellos, al editor de la carta de su tío (Madrid, 1790 ; littér. Lettre de Bartolo, le neveu de don Fernando Pérez, étudiant de Paracuellos, à l’éditeur de la lettre de son oncle), opuscule dans lequel Forner réfute la physique aristotélicienne défendue par Sánchez, et saisit l’occasion, dont il se gardait bien d’en laisser passer aucune, pour l’attaquer dans ce qui représentait sa plus grande gloire, savoir : l’édition de textes littéraires castillans fondateurs, dénués de tout intérêt aux yeux de Forner, et pour qualifier Sánchez de « commentateur d’antiquailleries », d’« éditeur de vieilleries et de couplets des chansonniers de l’époque de Bernardo del Carpio », et ravalant le Cantar de mio Cid au statut de « vieille croûte louangeant les bragues du Cid ».
Son second écrit satirique s’intitule Carta familiar al doctor don Joseph Berní y Catalá... enviásela de Burlada, pueblo de Navarra, el bachiller don Pedro Fernández (littér. Lettre familiale au docteur don Joseph Berní y Catalá... à lui envoyée de Burlada, village de Navarre, par le bachelier don Pedro Fernández).
On lui doit enfin un intéressant recueil de correspondances familiales, source de données biographiques.
Œuvres Censura a la Disertación de don Cándido María Trigueros Lara y Luján sobre la inscripción hebrea (prononcée devant l’Académie sévillane des Bonnes-Lettres, ms. 1772). Explicación o aclaración de algunos puntos de su Disertación anterior, ms. (1772). Carta familiar al Dr. D. Josef Berní y Catalá... sobre la disertación que escribió en defensa del Rey D. Pedro el Justiciero, 1778. « Elogio histórico de D. Vicente Gutiérrez de los Ríos » (1779), dans : Memorias Literarias de la Real Academia Sevillana de Buenas Letras, II, 1843, p. 195-209. Catálogo de los abades de la Insigne y Real Iglesia Colegiata de Santillana (1743). Traducción y explicación del epitafio hebreo del sepulcro del Santo Rey Don Fernando III, 1752, discours publié dans Memorias literarias de la Real Academia Sevillana de Buenas Letras (1773). Colección de poesías castellanas anteriores al siglo XV, 1779-1790, 4 vol. in-octavo : Cantar de mio Cid (1779) Obras de Gonzalo de Berceo (1780) Libro de Alexandre, sous le titre de Poema de Alejando Magno (1782) Libro de buen amor (1790). Carta de Paracuellos, escrita por don Fernando Pérez a un sobrino que se hallaba en peligro de ser autor de un libro (Madrid, 1789). Carta familiar al doctor don Joseph Berní y Catalá... enviásela de Burlada, pueblo de Navarra, el bachiller don Pedro Fernández. Epistolario.
Bibliographie (8 volumes). . . . . . .
Références
Liens externes . Cuesta Serrano, Jaime, Tomás Antonio Sánchez, Biblioteca Virtual Ignacio Larramendi de Polígrafos, 2013. Tomás Antonio Sánchez (ed. lit.), «Poema del Cid», en Colección de poesías castellanas anteriores al siglo XV, Madrid, Antonio de Sancha, 1779, tome I, p. 220-405.