La force maritime de l'aéronautique navale est l'actuelle appellation de l'aéronautique navale française (souvent désignée ou , ou plus simplement ). Elle forme l'une des quatre grandes composantes de la marine française. Elle est issue de la fusion entre les forces de l'aviation embarquée et celles de l'aviation de patrouille maritime le . Son actuelle organisation précisée par l'instruction /DEF/EMM/ROJ, relative à l'organisation de la force maritime de l'aéronautique navale du , a été publiée au Bulletin officiel des armées le ..

Cette force maritime est placée sous le commandement d'un officier général de marine (ALAVIA) basé à Toulon qui est responsable de l'administration, de l'entraînement et de la mise en condition opérationnelle de ses éléments (commandement organique).

Les missions de l'aviation navale En 2011, les missions de l'aviation navale sont au nombre de quatre.

Missions de dissuasion : elle fournit les éléments aériens de la force aéronavale nucléaire (FANU), capables de mettre en œuvre l'arme nucléaire aéroportée. C'est la composante nucléaire embarquée à bord du porte-avions , d'abord avec les Super-Étendard, puis actuellement avec les avions de combat multirôles Rafale.

Missions de projection de puissance : ces missions consistent en l'assaut, la maîtrise de l'espace aéro-maritime, la défense aérienne, la lutte anti-navires et anti-sous-marine mais aussi le soutien d'opérations aéro-terrestres.

Missions de protection et de l'action de l'état en mer : il s'agit de la lutte contre le terrorisme maritime, contre les trafics illicites, la sûreté et la protection des approches maritimes, la recherche et le sauvetage à la mer des personnes et des biens, la lutte contre les pollutions maritimes et la police des pêches. Enfin, le contrôle d'éventuels embargos.

Missions de prévention : elles sont de deux ordres. La surveillance des zones maritimes de souveraineté (les zones économiques exclusives des : ZEE) et la recherche de renseignements.

Historique Les essais français (1910-1914) vignette|gauche|Le premier transport d'hydravions au monde, la . vignette|Un hydravion Canard Voisin en essais sur la Seine (3 août 1911). vignette|gauche|Essais du Canard Voisin aux mains du lieutenant de vaisseau Pierre Cayla avec la (juin 1912).

Le , Louis Blériot franchit la Manche et le , Henri Fabre est, sur l'étang de Berre, le premier à faire s'envoler un hydravion.. Aussi, dans le but d'étudier l'éventuel emploi des dirigeables et des aéroplanes par la Marine, le ministre de la Marine de l'époque, le vice-amiral Auguste Boué de Lapeyrère, constitue en une commission formée par le contre-amiral Jules-Louis-Marie Le Pord, l'ingénieur en chef du Génie maritime Martine Radiguer, le lieutenant de vaisseau Glorieux et les enseignes de vaisseau Pierre Cayla et Jean Conneau. Cette commission rend son rapport le .

Dans ce texte, qu'on définit comme l'acte fondateur de l'aviation maritime, la commission affirme la primauté de l'aviation sur l'aérostation et envisage la réalisation d'un navire, base d'aviation, comportant une aire de lancement par rail à l'avant et une plate-forme d'atterrissage à l'arrière, complété par un hangar abritant les avions. Le ministre, enthousiasmé par ce projet souhaite créer, en outre, un aérodrome naval. Sept officiers de marine sont désignés pour suivre les cours à l'Aéro-Club de France, seul organisme alors ayant autorité à délivrer des brevets de pilote d' à .

Le premier pilote formé, le lieutenant de vaisseau Louis-Édouard Byasson, est également le premier mort de l'aviation, s'étant écrasé le à bord d'un Farman entre Coignières et Rambouillet.

En , le capitaine de vaisseau René Daveluy, commandant le bâtiment-base d'aviation la , sur lequel il fait procéder aux premiers essais de plate-forme d'envol pour avions, est chargé d'organiser l'aéronautique maritime. Il propose qu'elle forme une unité indépendante, qu'elle dispose d'une grande base (ce sera Montpellier puis Fréjus) et qu'elle soit dotée de trois types d'avions : un avion/hydravion côtier, un croiseur aérien et un avion léger embarqué capable d'opérer depuis la .

Démissionnaire à la fin , Daveluy est remplacé par le capitaine de frégate Louis Fatou et le service de l'aviation maritime est créé par décret du , qui donne un aérodrome établi sur le littoral (le futur Fréjus-St Raphaël), un ancien croiseur bâtiment-base d'aviation la Aménagé en 1911 à la demande du vice-amiral Laurent Marin-Darbel, chef d'état-major de la marine, la est un navire de , long de , large de et pouvant atteindre une vitesse de . Il est lancé à Bordeaux le ., des bâtiments de flottille et du matériel volant.. À cette époque, la Marine nationale française ne dispose que de deux avions : un biplan Maurice Farman, livré le , et un hydravion Canard Voisin acheté en . Courant , ce dernier est monté à bord de La et effectue une dizaine de vols aux mains du lieutenant de vaisseau Pierre Cayla. Le choix de la ne s'avère pas concluant, le navire ne pouvant recevoir que des hydravions, qu'il faut mettre à l'eau puis récupérer à l'aide de grues. vignette|Embarquement d'un Caudron Type J sur la (). Néanmoins, ces vols, ainsi que ceux des monoplans Nieuport VI, conduisent le chef d'état-major de la marine Pierre Le Bris à demander la transformation de la , afin que les avions puissent en décoller. Ce n'est qu'en qu'est prise la décision d'installer une plate-forme à l'avant du navire, construction effective six mois plus tard.

Le , René Caudron, aux commandes d'un biplan Caudron Type J réussit un premier décollage et vient amerrir un peu plus loin et le , le lieutenant de vaisseau Jean de Laborde échoue dans la même tentative. Il est indemne, mais l'appareil est perdu, ce qui entraîne le démontage de la plate-forme de la . Cependant, lors des grandes manœuvres navales de , une douzaine d'hydravions équipés de la TSF est affectée à des missions de reconnaissance jusqu'à sur divers points de la mer Méditerranée, principalement à Toulon et à Bizerte (Tunisie).. Alors que l'entrée en guerre est proche, les expérimentations sont interrompues et la plate-forme démontée, la Marine nationale française donnant la priorité à l'hydravion.

Au total, vingt-quatre pilotes sont formés pour l'aviation maritime jusqu'à fin 1914 et la Marine nationale française dispose en tout et pour tout de quatorze pilotes et de quatorze hydravions. Mais l'État-major général a besoin d'avoir en son sein un service spécialisé établi à Paris. C'est chose faite avec le décret du , qui porte sur l'organisation du service de l'aéronautique maritime. Celle-ci comprend un service central de l'aéronautique, des centres d'aérostation, un centre principal et des centres d'escadrilles d'avions. Le chef du Service central de l'aéronautique est un officier supérieur qui relève directement du ministre de la Marine. Le capitaine de vaisseau Jean Noël est nommé à ce poste par un décret du .

La Première Guerre mondiale (1914-1918) vignette|gauche|Le transport d'hydravions la , vers 1914. vignette|Le transport d'hydravions Campinas, en 1915. vignette|Le transport d'hydravions Nord, en 1915. Donnant la priorité au développement de l'aviation côtière, dotée d'hydravions et d'amphibies, la Marine nationale française transforme, outre la , de petits cargos en transports d'hydravions : le RouenDe de longueur, de largeur et de tirant d'eau, embarquant quatre hydravions. (réquisitionné le et escortant les convois en Méditerranée), le Pas-de-Calais (réquisitionné le et basé à Cherbourg en 1916-1917), le Campinas de Pour de longueur, de largeur et de tirant d'eau, embarquant de six à huit hydravions. (réquisitionné le et qui sert dans la zone du canal de Suez en 1916) et le NordDe de longueur, de largeur et de tirant d'eau, embarquant trois hydravions. (réquisitionné le et qui opère depuis Dunkerque). thumb|L'hydravion Donnet-Donhaut DD8. La guerre sous-marine menée par les U-Boot allemands rend indispensable la surveillance aérienne maritime, d'où la création du centre d'aviation maritime de Camaret, d'où décollent les premiers hydravions de surveillance maritime, des Donnet-Denhaut DD8..

La capacité de destruction des avions reste faible : ce n'est que peu avant la fin de la guerre que le "Tellier", un hydravion armé d'un canon de 47 mm et de bombes de 35 kg., est capable de neutraliser efficacement un sous-marin.

Les exploits obtenus par les pilotes de la Royal Navy, dont le premier décollage d'un navire en mouvement dès 1912, et la généralisation des transports d'hydravions en 1913-1915 puis des plates-formes sur croiseurs et cuirassésÀ la fin de la Première Guerre mondiale, 22 croiseurs britanniques sont dotés d’une plate-forme fixe. En 1919, 36 cuirassés sont dotés d'une plate-forme orientable de tourelle., laissent de marbre les marins français. Néanmoins, à la fin du printemps 1918, une délégation française visite les installations de l'aviation navale britannique. Quelques semaines plus tard, décision est prise d'installer une plate-forme d'entraînement à Saint-Raphaël pour deux biplans Hanriot HD.2, et de doter le cuirassé de classe Courbet d'une grande plate-forme au-dessus de la tourelle de 2 et de deux plus petites au-dessus des tourelles latérales arrière de . Le , aux commandes de l'un des Hanriot HD.2, le lieutenant de vaisseau Georges Guierre parvient à décoller et à se poser à Saint-Raphaël. Une première non réitérée, car le l'enseigne de vaisseau Paul Teste s'écrase avec son biplan. La cause est entendue : les plates-formes sont démontées le lendemain.

Le surlendemain, jour de l'Armistice, l'aviation maritime française dispose de , d'une trentaine de dirigeables et de près de 200 ballons Caquot, dont elle a utilisé les types P et P2 pour la protection contre les attaques de ses plus petites unités contre les U-boot, et le Type R pour diriger le feu de ses plus gros navires..

Son effectif global est alors de , dans l’aérostation et les dirigeables, dans l'aviation, encadrés par de nombreux officiers, environ aériens, d'aviation au sol et environ 600 à opérationnels répartis sur terrestres. Ces derniers ne sont plus des pilotes brevetés par l'Aéro-Club de France, comme c'était le cas au début de la guerre, ni même des pilotes ayant un brevet militaire formés ensuite à l'emploi des hydravions, mais des officiers engagés et formés directement par la Marine nationale dans ses centres de formation de l'aéronavale : Hourtin dans les Landes – centre d'apprentissage - et Saint-Raphaël – le centre de perfectionnement. Près de sont brevetés sur hydravion au cours de la guerre. Les pertes en observateurs et pilotes dans la Marine s'élèvent à , dont et ..

Le lieutenant de vaisseau Jean du Plessis de Grenédan voit dans l'aviation navale et souligne ses multiples atouts : reconnaissance (dont il n'exclut pas les dirigeables, qui ont efficacement éclairé la Hochseeflotte en mer du Nord), réglage des tirs d'artillerie, protection du littoral, attaque en haute mer, attaque des bases ennemies, chasse embarquée, escorte de convois, lutte anti-sous-marine par hydravions spécialisés, etc.... , affirme le capitaine de frégate Henry de l'Escaille, en accusant cependant l'institution de rester à cette arme. L'aviation permettrait par exemple d'attaquer les escadres dans leurs ports, c'est-à-dire d'imposer la bataille à une fleet in being.. Le bombardier-torpilleur semble encore plus redoutable, parce que plus précis : il a pour avocat au sein de la Marine nationale l'ingénieur principal Henri Stroh, qui se réfère aux expériences allemandes et britanniques en la matière et suggère l'emploi de torpilles radioguidées depuis les airs..

Le Béarn, premier porte-avions français (1919-1929) vignette|gauche|En attendant la finition du porte-avions , des décollages sont effectués en 1925 à partir du cuirassé . vignette|Le porte-avions , après transformation (vers 1928).