Jean-Pierre Moët (parfois orthographié Moette), né le à Paris et mort le à Versailles, est un traducteur, journaliste et numismate français.

Haut fonctionnaire, sa vie entièrement dédiée à l’érudition, il est passé à l’histoire pour son Code de Cythère, ou Lit de justice d’amour, Paris, 1746 ses traductions de l’anglais et du latin, touchant à la fois la satire médicale d’avant-garde et, plus tardivement, la vaste œuvre théologique du mystique suédois Emanuel Swedenborg.

Biographie Fils de Charles Moette, libraire établi rue de la Vieille-Boucherie, Moët a évolué dès son plus jeune âge dans le milieu du livre et de l’édition parisienne. Décrit par ses contemporains comme un « très honnête homme », il développe une solide culture littéraire et une maitrise des langues étrangères. Secrétaire du comte de Saint-Florentin, il est audiencier garde rôle de la chancellerie de Monsieur, interprète de la Dauphine, puis de la reine Marie-Antoinette.. Installé à Versailles, il entame une carrière de traducteur indépendant et collabore de manière ponctuelle à des publications journalistiques de dissertations dans les dix premiers volumes du Journal étranger. Sa vie a constamment été livrée à des occupations littéraires, et on lui attribue beaucoup d’ouvrages anonymes. vignette|Code de Cythere, ou lit de justice d'amour (1746). En 1746, il publie anonymement le Code de Cythère, ou Lit de justice d’Amour, traitant des bordels publics. Affirmant s’inspirer de l’Asinaire de Plaute pour rédiger ses statuts, avec pour seul objectif est de servir de guide dans la quête du plaisir, Cupidon, roi de Cythère, légifère solennellement, en présence de ses comparses Vénus et de Psyché, dans la grande chambre de son Parlement amoureux.. Sur un ton comique, il propose des changements dans l’administration desdits établissements résidant en grande partie dans l’ajout de détails organisationnels : explications des différents grades de prostituées, prix, diverses règles de la maison, etc. L’auteur s’abstient de toute obscénité, mais classe, par exemple, les libertins comme « les onanistes, les gitonistes et les catinistes ». Il se risque même à des implications calomnieuses sur des personnes réelles. Rétif reprendra et élargira considérablement les subtilités organisationnelles de Moët dans , en les purgeant de toute trace de légèreté..

En 1750, il publie anonymement une traduction en français de Lucina sine concubitu, ou Lucine affranchie des lois du concours, un ouvrage satirique et grivois écrit par le polymathe britannique John Hill sous le pseudonyme d’Abraham Johnson.. Cette communication fictive prétendument adressée à la Royal Society, sur la possibilité pour les femmes de concevoir sans avoir de rapport avec un homme, qui a connu un grand retentissement en Europe et a nourri les réflexions de philosophes de l’époque, à l’instar de Denis Diderot. Sous le pseudonyme d’Abraham Johnson, médecin et sage-femme, Hill affirmait avoir observé des cas où des femmes étaient tombées enceintes sans avoir eu aucun rapport sexuel avec un homme.. Cet ouvrage a été brulé par ordre du parlement.

La seconde partie de sa carrière littéraire est profondément marquée par la découverte des écrits d'Emanuel Swedenborg. Après l’avoir rencontré, en 1766, il entreprend la traduction fastidieuse, du latin vers le français, des volumineux traités spirituels et théologiques du savant suédois, à laquelle il consacra de nombreuses années.. De tous ses travaux littéraires, cette traduction était celle à laquelle il attachait le plus d’importance. Il aurait refusé l’offre de Gustave III, qui lui en offrait .. Bien que la majeure partie n’ait été éditée de manière posthume qu’au cours du , notamment par les cercles disciples du swedenborgianisme, son travail minutieux a grandement contribué à l’introduction et à la diffusion du mysticisme nordique au sein du public francophone.

Son cabinet renfermait une collection d’un genre particulier, renfermant tous les ouvrages qu’il avait pu se procurer pour ou contre les illuminés.. Possédant une grande variété de connaissances, il se piquait d’être encyclopédiste, mais son savoir ne l’a pas mis à l’abri de la croyance aux sciences occultes, et il a été un adepte dévoué de l’illuminisme.. Il était en relation avec les Illuminés de Versailles et avec Louis-Claude de Saint-Martin, dit « le Philosophe inconnu ». Actif de longue date au sein de la franc-maçonnerie, il a occupé la fonction de Maitre de la Loge Écossaise de Saint-Jean du Secret.

Moët était, en outre, très versé dans l’art numismatique. Il s’était formé dans cette partie une collection moins remarquable par le nombre des pièces, que par leur grande rareté, et sa succession a recueilli une collection précieuse de médailles.

Œuvres Conversation de la marquise D**** avec sa nièce nouvellement arrivée de province, ouvrage posthume de Madame L***, recueilli par M***, Amsterdam [Strasbourg], in-8º. La Félicité mise à la porte de tous les hommes, Paris, 1742, in-12º. . Traité de la culture des renoncules, des œillets, des auricules, des tulipes et des jacinthes, Paris, 1754, 2 vol. in-12º. « Nicolas Chorier », La France littéraire, Paris, 1769, in-8º.

Traductions principales John Hill, Lucina sine concubitu, ou Lucine affranchie des lois du concours, 1750, in-12. Joseph Addison, Le Spectateur, ou le Socrate moderne, , 1754. Emanuel Swedenborg, Les Merveilles du ciel et de l’enfer, et des terres de la planète Mars, 1820. Emanuel Swedenborg, Du dernier jugement, et de la Babylone détruite, 1824. Emanuel Swedenborg, Les Délices de la sagesse sur l’amour conjugal, 1824. Emanuel Swedenborg, L’Apocalypse révélée, dans laquelle sont découverts les mystères qui y sont prédits, 1824.

Notes et références

Bibliographie « Moët (Jean-Pierre) », dans Jean Sgard (dir.), Dictionnaire des journalistes (1600-1789), Université de Grenoble, lire en ligne.

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