Khosro ou (Chosroès en grec et dans la littérature historique francophone, Kisra en arabe et dans la tradition musulmane), parfois appelé Parviz ou Parwîz (« le Victorieux »), est un empereur sassanide d'Iran ayant régné de 590 à 628.
Khosro II, fils d’Hormizd IV (règne : 579–590) et petit-fils de Khosro Ier Anushirvan (règne : 531–579), fut le dernier roi sassanide à régner longuement avant la conquête musulmane de l’Iran, amorcée cinq ans après son exécution. D’abord détrôné, il retrouva son trône grâce au soutien de l’empereur byzantin Maurice, puis, une décennie plus tard, il entreprit d’imiter les conquêtes des Achéménides en s’emparant de vastes provinces orientales de l’Empire romain d’Orient. Son règne fut marqué par des conflits incessants avec Byzance et des luttes internes contre des usurpateurs tels que Bahram Chobin et Vistahm.
En 602, Khosro déclencha une guerre contre les Byzantins, officiellement pour venger l’assassinat de Maurice, son bienfaiteur. Les troupes perses envahirent de vastes territoires byzantins, ce qui valut à Khosro l’épithète de « Victorieux ». Toutefois, le siège de Constantinople en 626 échoua. L’empereur Héraclius, allié aux Turcs, lança alors une contre-offensive audacieuse et victorieuse en plein cœur de la Perse.
Face au mécontentement croissant provoqué par la guerre, les grandes familles féodales sassanides soutinrent un coup d’État, au terme duquel Khosro II fut renversé et exécuté par son propre fils Sheroe, qui monta sur le trône sous le nom de Kavadh II. Cette rupture dynastique déclencha une guerre civile, un interrègne prolongé et la perte totale des gains territoriaux acquis pendant la guerre contre Byzance.
Dans la littérature persane, notamment dans le Shâhnâmeh de Ferdowsi et le Khosrow et Chirine de Nizami (1141–1209), Khosro II est dépeint comme l’un des plus grands héros de la culture iranienne, aussi célèbre comme amant que comme roi. Le récit de Khosro et Chirine relate son amour légendaire pour la princesse araméenne Chirine, devenue son épouse après une longue cour marquée d’épreuves et de séparations.
Premières années et lutte pour le trône
Révolte de Bahram Chobin
En 590, le roi Hormizd IV disgracia et limogea l’un de ses généraux les plus en vue, Bahrām Chōbīn. Ce dernier, furieux de ce traitement, entra en rébellion. En raison de sa noblesse et de sa brillante carrière militaire, il fut rapidement rejoint par ses soldats et de nombreux autres partisans. Il nomma un nouveau gouverneur pour le Khorassan, puis se mit en marche vers la capitale sassanide, Ctésiphon.
La légitimité de la maison sassanide reposait sur l’acceptation du xwarrah, le « halo royal », censé avoir été attribué au premier roi sassanide, Ardachir Ier (r. 224–242), ainsi qu’à sa lignée, après sa victoire sur les Parthes. Or, cette légitimité fut explicitement contestée par Bahrām Chōbīn, marquant la première fois dans l’histoire sassanide qu’un prince d’origine parthe remettait en cause le droit au trône de la dynastie régnante.
Pendant ce temps, Hormizd IV tenta de se rapprocher de ses beaux-frères, Vistahm et Vinduyih, que l’auteur syriaque Josué le Stylite décrit comme « haïssant Hormizd à parts égales ». Les deux hommes menèrent alors un coup d’État de palais apparemment sans effusion de sang, au cours duquel Hormizd fut aveuglé à l’aide d’une aiguille chauffée à blanc, puis détrôné au profit de Khosrow II, son propre fils.
Quelques mois plus tard, probablement durant l’été 590, Hormizd fut exécuté sur ordre de ses beaux-frères, avec au moins l’assentiment implicite de Khosrow II. Bahrām Chōbīn poursuivit néanmoins sa marche sur Ctésiphon, prétextant vouloir venger Hormizd IV.
Khosrow adopta alors une stratégie mêlant menace et conciliation. Il adressa une lettre à Bahrām dans laquelle il rappelait la légitimité dynastique des Sassanides. Il s’y exprimait en ces termes :
« Khosrow, roi des rois, maître des puissants, seigneur des peuples, prince de la paix, salut des hommes, parmi les dieux l’homme bon et éternellement vivant, parmi les hommes le dieu le plus vénéré, le très illustre, le victorieux, celui qui se lève avec le soleil et prête au soir sa vision, celui que la renommée de ses ancêtres accompagne, le roi qui hait (le mal), le bienfaiteur ayant rassemblé les Sassanides et rendu aux Iraniens leur royauté — à Bahrām, général des Iraniens, notre ami... Nous avons accédé au trône de manière légitime, sans violer les coutumes iraniennes... Notre volonté de ne jamais retirer notre diadème est si ferme que nous espérons même régner sur d'autres mondes, si cela était possible... Si tu veux ton propre salut, réfléchis à ce qu’il convient de faire. »
Lutte pour le trône
Bahrām Chōbīn ignora l’avertissement de Khosrow II et atteignit quelques jours plus tard le canal de Nahrawân, près de Ctésiphon, où il affronta les troupes de Khosrow. Bien que numériquement inférieures, ces dernières parvinrent dans un premier temps à contenir les assauts de Bahrām lors de plusieurs escarmouches. Cependant, leur moral fléchit rapidement, et elles furent finalement défaites par les forces de Bahrām.
Khosrow II prit alors la fuite avec ses deux oncles, ses épouses et un cortège de trente nobles, en direction du territoire byzantin, tandis que Ctésiphon tomba aux mains de Bahrām.
Ce dernier se proclama alors « roi des rois » à l’été 590, affirmant que le premier roi sassanide, Ardachîr Ier (r. 224–242), avait usurpé le trône des Arsacides, et qu’il restaurait désormais leur souveraineté.
Afin de renforcer la légitimité de sa prise de pouvoir, Bahrām fit appel à une croyance apocalyptique zoroastrienne, selon laquelle, à la fin du millénaire de Zoroastre, le monde connaîtrait un chaos accompagné de guerres contre les Huns (Héphtalites) et les Romains, avant l’apparition d’un sauveur. Comme les Sassanides identifiaient l’ère de Zoroastre à celle des Séleucides (312 av. J.-C.), le règne de Bahrām se situait alors vers la fin du millénaire prophétique, et il fut acclamé par certains comme le sauveur promis, Kay Bahrām Varjavand.
Il entreprit alors de restaurer l’Empire arsacide et d’inaugurer un nouveau cycle dynastique millénaire. Il fit frapper des monnaies à son effigie, où il apparaissait de face, barbu, coiffé d’une couronne crénelée ornée de deux croissants lunaires ; le revers représentait le feu sacré zoroastrien encadré de deux assistants, selon l’iconographie traditionnelle.
Malgré cette construction idéologique, de nombreux nobles et prêtres refusèrent de reconnaître son autorité, lui préférant Khosrow II, moins expérimenté mais issu de la lignée sassanide légitime.
Afin d’attirer l’attention de l’empereur byzantin Maurice (r. 582–602), Khosrow II se rendit en Syrie, et fit parvenir un message à la ville de Martyropolis, occupée par les Sassanides, pour lui demander de cesser toute résistance face aux Byzantins — en vain. Il adressa alors directement une requête d’aide à Maurice, sollicitant son soutien pour reconquérir le trône sassanide, ce que l’empereur accepta.En contrepartie, les Byzantins récupéreraient la souveraineté sur les villes d’Amida, Carrhes, Dara et Martyropolis. De plus, la Perse devait cesser toute intervention en Ibérie et en Arménie, cédant de fait le contrôle du Lázique (Lazistan) à l’Empire byzantin.
Retour en Perse
En 591, Khosrow II se rendit à Constantia (probablement Şanlıurfa ou une ville voisine), où il prépara l’invasion des territoires de Bahrām Chōbīn en Mésopotamie. Pendant ce temps, ses oncles Vistahm et Vinduyih rassemblaient une armée en Adurbadagan, sous la surveillance du général byzantin Jean Mystacon, qui levait également des troupes en Arménie. Au terme de ces préparatifs, Khosrow, accompagné du commandant byzantin du sud, Comentiolus, lança l’invasion de la Mésopotamie. Lors de cette avancée, les villes de Nisibis et Martyropolis firent rapidement défection en sa faveur. Le général de Bahrām, Zatsparham, fut vaincu et tué au cours de la campagne. Un autre commandant de Bahrām, Bryzacius, fut capturé à Mossoul, mutilé (nez et oreilles tranchés), puis envoyé à Khosrow, qui ordonna son exécution. Khosrow II et le général byzantin Narsès poussèrent ensuite plus profondément en territoire contrôlé par Bahrām, et reprirent successivement Dara, puis Mardin en février 591. C’est à Mardin que Khosrow fut à nouveau proclamé roi, marquant officiellement son retour au pouvoir. Peu après, Khosrow envoya l’un de ses partisans iraniens, Mahbôdh, pour reprendre Ctésiphon, ce qu’il parvint à faire avec succès.
Parallèlement à l'offensive principale menée depuis la Mésopotamie, une force de 8 000 Iraniens sous le commandement de Vistahm et Vinduyih, accompagnée de 12 000 Arméniens dirigés par Moušeł II Mamikonian, lança une invasion de l’Adurbadagan, territoire au nord-ouest de l’empire. Face à cette menace, Bahrām Chōbīn tenta de désunir les forces ennemies par la diplomatie. Il adressa une lettre à Moushègh II, dans laquelle il lui reprochait son alliance avec les Sassanides :
« Quant à vous, Arméniens, qui affichez une loyauté intempestive, la maison des Sassanides n’a-t-elle pas détruit votre terre et votre souveraineté ? Pourquoi, sinon, vos pères se sont-ils rebellés et libérés de leur sujétion, combattant jusqu’à ce jour pour votre pays ? »
Dans cette lettre, Bahrām promettait que les Arméniens deviendraient des partenaires à part entière du nouvel empire iranien, désormais dirigé par une dynastie d’origine parthe, s’ils acceptaient de trahir Khosrow II. Toutefois, Moushègh rejeta catégoriquement la proposition, et les Arméniens poursuivirent leur appui à la restauration de Khosrow II.
Bahrām Chōbīn fut finalement vaincu lors de la bataille de Blarathon, ce qui le força à fuir vers l’est avec 4 000 hommes. Il se dirigea vers Nishapur, où il défit une armée lancée à sa poursuite, puis vainquit également une armée dirigée par un noble karénide dans la région du Qûmis. Sans cesse harcelé, il traversa ensuite l’Oxus (Amou-Daria) et fut accueilli avec honneur par le Khagan des Turcs, qui était très probablement Birmudha — le même prince turc que Bahrām avait vaincu et capturé quelques années auparavant lors de ses campagnes contre les Turcs. Bahrām Chōbīn entra au service du Khagan, fut nommé commandant dans son armée, et obtint de nouveaux succès militaires. Il acquit une grande popularité après avoir sauvé le Khagan d’un complot ourdi par son frère Byghu (probablement une transcription fautive de yabghu, un titre turcique). Cependant, Khosrow II, encore en consolidation de son pouvoir, ne pouvait se sentir en sécurité tant que Bahrām Chōbīn vivait. Il parvint finalement à obtenir son assassinat, en orchestrant une distribution de présents et de pots-de-vin auprès des membres de la famille royale turque, notamment la reine. Les derniers partisans de Bahrām retournèrent alors dans le nord de l’Iran, où ils rejoignirent la révolte de Vistahm (actif entre 590/591 et 596, ou selon d'autres sources 594/595–600).
Consolidation de l'Empire
Une fois son autorité restaurée, Khosrow II entreprit de consolider son emprise sur le royaume, ce qui inclut une politique de tolérance et de soutien envers ses sujets chrétiens.
Sa principale épouse, Chirine, une chrétienne originaire du Khuzestan, joua un rôle majeur dans la bienveillance manifestée par la cour sassanide envers les chrétiens mésopotamiens. Elle fit construire une église et un monastère à proximité du palais royal de Ctésiphon, lesquels recevaient une part du trésor royal destinée au paiement des salaires du clergé et à l’entretien des ornements liturgiques. Dans ce contexte favorable, les Lakhmides/Nasrides, Arabes vassaux de l’empire installés à al-Hira, purent se convertir ouvertement au christianisme nestorien sans risquer de froisser la cour sassanide.