Les Burkinabè en Côte d’Ivoire sont des résidents de la Côte d’Ivoire nés au Burkina Faso ou d’origine burkinabè, c’est-à-dire dont l’un des parents, voire les deux, possède la nationalité burkinabè. Ils constituent la plus grande diaspora burkinabè à l’étranger, ce qui témoigne d’une migration de longue date motivée par la proximité géographique, les liens linguistiques et culturels communs, ainsi que par la migration de main-d’œuvre, notamment dans le secteur agricole. Les deux pays partagent une frontière terrestre d’environ 545 kilomètres (339 mi), ce qui a historiquement facilité la mobilité transfrontalière, la migration saisonnière et l’installation entre les communautés voisines.

Histoire

Période précoloniale et coloniale française Les mouvements migratoires entre le Burkina Faso et la Côte d’Ivoire remontent à avant l’indépendance et trouvent en partie leur origine dans la mobilité précoloniale au sein de l’Afrique de l’Ouest. Avant l’établissement des frontières coloniales, les populations se déplaçaient de manière saisonnière pour pratiquer l’agriculture, le commerce et le pastoralisme, souvent au sein de zones culturelles communes. Des communautés telles que les Mossi, les Sénoufo, les Lobi, les Bobo, les Dioula (Dyula) et les Gourmantché vivaient sur des territoires qui ont par la suite été divisés entre les deux États, ce qui a facilité les migrations transfrontalières grâce aux réseaux de parenté, aux routes commerciales et à la mobilité circulaire de la main-d’œuvre. Ces liens linguistiques et culturels communs ont contribué aux premiers schémas de peuplement dans le nord de la Côte d’Ivoire, puis dans les régions agricoles du sud, où les migrants s’installaient fréquemment dans des zones habitées par des populations apparentées. Les chercheurs soulignent que ces continuités ethniques transfrontalières ont façonné les systèmes migratoires de la région voltaïque-ivoirienne avant même le recrutement colonial officiel de main-d’œuvre.

Ces mouvements se sont intensifiés pendant la période coloniale française, lorsque ces deux territoires faisaient partie de l'Afrique occidentale française. La région correspondant à l’actuel Burkina Faso était administrée au sein du Haut-Sénégal et du Niger avant d’être constituée en colonie de la Haute-Volta en 1919. Les autorités françaises considéraient la Haute-Volta comme un important vivier de main-d’œuvre pour les colonies voisines, en particulier la Côte d’Ivoire, où des travailleurs étaient recrutés, et dans certains cas contraints, pour les plantations de cacao et de café, la construction de voies ferrées et les projets d’infrastructure.

Les migrations se sont encore intensifiées après 1932, lorsque la Haute-Volta fut dissoute et son territoire réparti entre la Côte d’Ivoire, le Soudan français et la colonie du Niger, plaçant ainsi d’importantes populations directement sous l’administration ivoirienne et encourageant leur déplacement vers la zone forestière. Les politiques coloniales ont ainsi transformé la mobilité circulaire antérieure en une migration de main-d’œuvre à grande échelle, reliant les régions voltaïques aux économies de plantation du sud de la Côte d’Ivoire.

L’indépendance et la fin du XXe siècle Après l’abolition progressive du travail forcé dans les années 1940, les migrations sont devenues de plus en plus volontaires, tout en se poursuivant selon des itinéraires bien établis. Ces itinéraires, façonnés pendant la période coloniale, reflétaient les anciens systèmes de mobilité de main-d’œuvre forcée ou semi-forcée qui reliaient les régions sahéliennes aux économies de plantations en pleine expansion de la Côte d’Ivoire.

Après l’indépendance des deux pays en 1960 (la République de Haute-Volta le 5 août 1960 et la Côte d’Ivoire le 7 août 1960), les mouvements transfrontaliers se sont poursuivis au sein des marchés du travail régionaux, en particulier pendant l’expansion économique ivoirienne tirée par l’ du cacao et la production de café. Ces flux migratoires postcoloniaux, s’inscrivant dans la continuité de la mobilité précoloniale et des systèmes de main-d’œuvre coloniaux, ont consolidé la présence à long terme de communautés burkinabées dans toute la Côte d’Ivoire, notamment dans les zones agricoles et les centres urbains, formant ainsi la base démographique de la diaspora burkinabée contemporaine dans le pays.

XXIe siècle Au XXIe siècle, la migration entre le Burkina Faso et la Côte d’Ivoire est restée l’un des principaux couloirs migratoires d’Afrique de l’Ouest, façonnée par les disparités économiques, la demande de main-d’œuvre agricole et les réseaux de migrants bien établis. Des études récentes indiquent que la majorité des migrants burkinabés continuent de se diriger vers les pays voisins, la Côte d’Ivoire accueillant plus de 60 % des émigrants burkinabés en 2019. La migration reste largement orientée vers l’emploi agricole, en particulier dans les régions productrices de cacao, tandis que la migration circulaire et la migration de retour continuent de caractériser ce corridor. Parallèlement, les crises politiques en Côte d’Ivoire à la fin des années 1990 et au début des années 2000, ainsi que les débats sur la citoyenneté et les droits fonciers, ont entraîné des périodes de migration de retour et renforcé la précarité du statut juridique de certains migrants burkinabés et de leurs descendants. Malgré ces perturbations, le système migratoire établi de longue date persiste, soutenu par la libre circulation régionale, les réseaux familiaux et l’interdépendance économique entre les deux pays.

En novembre 2025, la Côte d’Ivoire a officiellement accordé le statut de réfugié à plus de 70 000 demandeurs d’asile, dont environ 69 000 Burkinabés et 1 500 Maliens, en vertu d’un décret interministériel adopté plus tôt en juillet 2025. Cette décision, rapportée par des sources humanitaires et le HCR, a marqué un tournant significatif dans l’approche du pays vis-à-vis des populations migrantes installées de longue date qui fuient l’insécurité dans la région du Sahel, et a officialisé leur statut de protection juridique en Côte d’Ivoire. Données démographiques

Population Le RGPH de 2021 dénombre personnes de nationalité non ivoirienne en Côte d’Ivoire, soit environ 22 % de la population totale recensée. Parmi elles, les ressortissants burkinabè sont , soit 62,8 % de l’ensemble des étrangers recensés. Ils constituent ainsi la première communauté étrangère de Côte d’Ivoire. Répartition géographique Les populations burkinabè sont présentes dans l’ensemble du territoire ivoirien. Leur implantation historique est particulièrement importante dans les zones de production agricole, notamment dans l’ouest, le sud-ouest et le centre-ouest du pays, ainsi que dans les principaux centres urbains. Abidjan, Bouaké, les régions du Bas-Sassandra, du district de Sassandra-Marahoué et du District des Montagnes comptent parmi les espaces dans lesquels la présence de communautés originaires du Burkina Faso est documentée par les réseaux diplomatiques, associatifs et économiques. Langues Les Burkinabè résidant en Côte d’Ivoire utilisent notamment le français, langue officielle des deux pays, ainsi que diverses langues du Burkina Faso, dont le mooré, le dioula, le fulfulde, le bissa et le gourmantchéma.

Dans leurs lieux de résidence, ils peuvent également employer des langues de Côte d'Ivoire, notamment le baoulé, le sénoufo et le dioula ivoirien, largement utilisé comme langue véhiculaire dans plusieurs régions du pays.

Religion Les pratiques religieuses au sein des populations burkinabè de Côte d’Ivoire reflètent la diversité confessionnelle observée au Burkina Faso. Elles comprennent principalement l’islam, différentes confessions du christianisme et des pratiques rattachées aux religions traditionnelles africaines.

Vie économique et sociale

Les migrants burkinabè et leurs descendants sont présents dans divers secteurs de l’économie ivoirienne. Historiquement, la production de cacao et de café constitue l’un des principaux secteurs d’emploi et d’installation des travailleurs originaires de la Haute-Volta puis du Burkina Faso.

Les membres de cette diaspora travaillent également dans le commerce, le transport, l’artisanat, les services, l’administration et d’autres activités urbaines ou rurales. Les transferts financiers et matériels envoyés vers le Burkina Faso peuvent contribuer aux ressources des ménages et aux liens économiques entre les deux pays. Notes et références

Annexes Articles connexes

Diaspora burkinabè Ivoirité Côte d'Ivoire (colonie) Haute-Volta (colonie) République de Haute-Volta Relations entre la Côte d'Ivoire et le Burkina Faso

Liens externes Ambassade du Burkina Faso en Côte d’Ivoire

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