Le Maître et Marguerite (en ) est un roman écrit par l'écrivain soviétique Mikhaïl Boulgakov entre 1927 et 1940 puis achevé après sa mort par son épouse Elena Sergeevna Boulgakova. À la fois histoire d'amour, critique politique et sociale, comédie burlesque et conte fantastique, il est considéré comme l'une des œuvres majeures de la littérature russe du La Bibliothèque idéale le classe parmi les dix œuvres majeures de la littérature russe..
Rédaction Boulgakov entreprend la rédaction de son roman dès 1928. Il détruit une première version de l'ouvrage (en la brûlant dans un poêle) en après avoir été averti que les autorités avaient interdit sa pièce La Cabale des dévots. Il revient à ce roman en 1931 et termine un second manuscrit en 1936, qui contient d'ores et déjà tous les principaux épisodes de l'œuvre finale. La troisième version est achevée en 1937. Boulgakov ne cesse de peaufiner une quatrième version avec l'aide de sa femme, jusqu'à ce qu'il soit contraint de s'arrêter quatre semaines avant sa mort en 1940. C'est sa femme, Elena Sergeevna Boulgakova, qui achève son œuvre en 1940 et 1941.
Une version censurée du livre (12 % du texte y sont omis et une part plus grande encore altérée) est d'abord publiée dans le magazine Moscou (11, 1966, et 1, 1967). Le texte des parties mises à l'écart ou modifiées paraît clandestinement (publication dite en samizdat), accompagné des indications nécessaires pour le resituer. En 1967, la maison d'édition Posev (sise à Francfort) édite une version complétée grâce à ces extraits. En Union soviétique, la première édition complète, préparée par les soins d'Anna Saakyants et fondée sur la version datant de début 1940, paraît dans Khoudojestvennaïa Literatoura en 1973.. Cette édition est demeurée celle de référence jusqu'en 1989, date de la dernière édition établie par la littératrice Lidiya Yanovskaïa sur la base de tous les manuscrits existants.
Personnages De nombreux personnages sont présents tout au long de l'ouvrage. Les patronymes principaux, leurs pseudonymes : Mikhaïl Alexandrovitch Berlioz, président du Massolit, Micha. Ivan Nikolaïevitch Ponyriev, pseudonyme Biezdomny ou « Sans-Logis ». « Le professeur », spécialiste de magie noire, étranger qui présentant sa carte de visite, son passeport se dit historien. Son patronyme commence par la lettre W. Ponce Pilate, Procurateur de Judée. Yeshoua Ha Nozri, «Jésus le Nazaréen» en hebreu. Le centurion Marcus, pseudonyme « Mort-aux-Rats ». Matthieu Lévi, collecteur d'impôts. Joseph Caïphe, le président du sanhédrin, le grand prêtre de Judée. le sort de 3 brigands est évoqué : Dismas, Hestas, et Bar-Rabbas. « Le chat », Béhémot Chapitre V : Bien des membres du Massolit sont présents à la « Maison de Griboïedov » dont Archibald Archibaldovitch, Geldybine, adjoint du défunt Berlioz, le poète Rioukhine et le portier Pantaleon. Stravinski, psychiatre. Stepan Bogdanovitch Likhodieïev, directeur du théâtre des Variétés. Woland, professeur de magie noire (voir ). Grigori Danilovitch Rimski, administrateur financier du théâtre des Variétés. Azazello, petit costaud roux. Koroviev, se présente comme l'interprète de Woland. pseudonyme : Fagot. Chapitre IX : Nicanor Ivanovitch Bossoï, président de l'association des locataires de l'immeuble 302bis et d'autres occupants de l'immeuble dont Timothée Kondratievitch Kvastsov, Prolejniev le secrétaire. Ivan Savelïevitch Varienoukha, administrateur du Théâtre des Variétés. Georges Bengalski, présentateur au Théâtre des Variétés. Arcadi Apollonovitch Simpleïanov, président de la commission pour l'acoustique des théâtres de Moscou. Le Maître, Prascovia Fiodorovna. L'épouse du Maître, Ivanouchka. Latounski, critique littéraire. Vassili Stépanovitch Lastotchkine, comptable au Théâtre des Variétés. Maximilien Andreïevitch Poplavski, oncle du défunt Berlioz, économiste planificateur (Kiev). Marguerite Nikolaïevna, amante du Maître. Natacha, femme de chambre de Marguerite. Dans l'épilogue, l'auteur précise ce qu'il est advenu des personnages secondaires.
Intrigue L'intrigue du roman se divise en trois actions entremêlées :
Première action L'action principale du livre a lieu dans le Moscou des années 1930, où Satan se manifeste sous l'identité d'un mystérieux magicien nommé Woland, accompagné d'une troupe hétéroclite composée du fantaisiste cabotin Fagotto (ou Fagott), alias Koroviev, du chafouin et bavard chat noir Béhémoth, du tueur Azazello (référence probable au démon Azazel) et de l'impudique sorcière rousse Hella. Ce groupe prend pour cible l'élite littéraire avec son syndicat officiel, le MASSOLIT, son restaurant-QG pour les privilégiés de la nomenklatura (la maison Griboïedov), ses bureaucrates et ses profiteurs, ainsi que les sceptiques et les mécréants.
Le livre débute par une discussion sur l'existence de Dieu, ainsi que sa nature, et la réalité historique de la vie de Jésus. Alors entre le chef de la scène littéraire officielle, Berlioz, athée notoire, et un étranger très distingué (Woland) rencontré dans le parc de l'Étang du Patriarche. Woland prédit à Berlioz qu'il ne se rendra pas à la réunion du MASSOLIT où il est attendu le soir même, et qu'il mourra la tête coupée. De fait, peu après, Berlioz glisse sous un tramway et est décapité. Témoin de toute la scène, le jeune poète Ivan Biezdomny (dont le nom signifie « sans-logis ») tente vainement de poursuivre et capturer Woland, qu'ont rejoint Fagott et un chat noir géant, puis d'avertir les autorités de la nature diabolique du trio, mais ne parvient qu'à se faire jeter dans un asile de fous après avoir fait un véritable scandale dans les rues de la capitale.
À ce point apparaît le personnage du Maître, qui poursuit la rédaction d'un roman sur Ponce Pilate et le Christ, et est amoureux de Marguerite qui l'aime et le soutient. Désespéré, son manuscrit ayant été refusé par les littérateurs en fonction, il le jette au feu avant de se détourner du monde, y compris de Marguerite. Après une période de vagabondage, il est interné dans l'hôpital psychiatrique où échouera plus tard Biezdomny (Sans-Logis). Les deux personnages se rencontrent et échangent à propos de leurs vies respectives et de ce qui les a amenés à être internés. Ladite maison de fous joue un rôle d'importance puisque, tout au long du roman, des victimes des farces de la troupe de Satan s'y trouveront enfermées.
La troupe de Woland parvient ensuite, par une série de stratagèmes sournois, à se produire au Théâtre des Variétés. L'affiche du spectacle indique : « Aujourd'hui et chaque jour au Théâtre des Variétés - hors programme - LE PROFESSEUR WOLAND - séances de magie noire - Tous ses secrets révélés ». Ce numéro spectaculaire, qui attirera la foule moscovite, donnera lieu à une immense agitation dans les rues de la capitale. Les billets de dix roubles apparus de manière « magique » durant le show vont se transformer, tantôt en devises étrangères, tantôt en étiquette d'eau minérale ou encore en guêpe, créant de la sorte une tension généralisée chez les habitants (les chauffeurs de taxis étant devenus méfiants et n'acceptant plus de billets de dix roubles).
Au chapitre 18 (« Des visiteurs malchanceux ») arrive l'oncle de feu Berlioz, l'économiste-planificateur Maximilien Andreïevitch Poplavski, originaire de Kiev. Ce dernier, décrit comme extrêmement intelligent, se rend à Moscou dans l'idée d'hériter de l'appartement de son défunt neveu. Mais, une fois arrivé sur place, il fait la connaissance des acolytes de Woland, qui lui font passer son envie initiale en le menaçant.
Deuxième action La deuxième action se situe à Jérusalem, sous le gouvernement du procurateur Ponce Pilate. Il s'agit du récit que Woland fait à Berlioz et qui reproduit des pages du roman du Maître. La narration est donc fragmentée mais peut être reconstituée ainsi : Ponce Pilate rencontre Yeshoua Ha-Nozri et se découvre une affinité avec cet homme et même un besoin spirituel de lui, mais ne s'en résigne pas moins à le livrer à ceux qui veulent sa mort. Le roman du Maître traite ensuite de la nuit vernale de pleine lune où le Christ, après sa condamnation par Pilate, est crucifié à Jérusalem. La fin du roman du Maître traite de Matthieu Lévi, le collecteur d'impôts et disciple unique de Jésus, de sa rencontre avec Ponce Pilate, et de l'assassinat de Yehuda de Carioth — qui avait livré Jésus-Yeshoua — par le conseiller de Pilate, homme encapuchonné que l'on peut soupçonner au fil de la lecture d'être Woland lui-même.
Troisième action La troisième action voit le personnage de Marguerite prendre une grande importance (dès le chapitre 19 : « Marguerite »). Alors qu'elle déprime à la suite de l'absence du Maître, Marguerite fait un rêve étrange, et, en se réveillant, a le pressentiment que quelque chose de particulier va lui arriver. Elle sort se balader, croise deux citoyens dans le bus qui évoquent la mystérieuse histoire de la tête coupée de Berlioz qui aurait disparu du cercueil, et s'arrête dans un petit jardin, aux pieds des murs du Kremlin. Azazello apparaît alors par magie sur le banc occupé par Marguerite, et, évoquant une phrase du roman du Maître, parvient à la persuader de s'enduire d'un onguent magique le soir-même en lui faisant miroiter des informations à propos du Maître. Au chapitre 20 (« La crème d'Azazello ») Marguerite suit ces recommandations et à 21h30 précises elle accomplit l'action. Elle se trouve alors rajeunie et débute sa transformation, sous les yeux ébahis de sa servante Natacha. Marguerite, devenue désormais sorcière, s'empare alors d'un balai qui a pris vie et s'élance de sa fenêtre pour voler dans Moscou (chapitre 21 : « Dans les airs »).
Alors qu'elle apprend à voler et à contrôler ses passions débridées — non sans se venger avec violence des bureaucrates qui ont condamné son amant au désespoir (dont Latounski, qui verra son appartement être détruit par la rage de Marguerite) — en entraînant avec elle sa servante Natacha, Marguerite pénètre nue dans le monde de la nuit, survole les forêts noires et les fleuves de la Mère Russie, se baigne et, purifiée, revient à Moscou pour être la reine du grand bal de Satan. Satan donne en effet un bal de minuit, qui coïncide avec la nuit du Vendredi saint. Il fait une offre à Marguerite, qu'elle accepte : devenir une sorcière douée de pouvoirs surnaturels le temps du bal, et servir à Satan de « maîtresse de maison » pour recevoir ses invités. Au chapitre 23 (« Un grand bal chez Satan »), Marguerite accueille les criminels les plus tristement fameux de l'histoire de l'humanité, alors qu'ils se déversent en foule des portes de l'enfer. Elle surmonte l'épreuve — laisser les pires brigands lui embrasser le genou et témoigner à chacun son amour de reine du bal. Le décor est fantastique et Marguerite, qui a été prévenue au préalable par Koroviev et Béhémoth des contraintes de son rôle d'hôte, remplit son devoir malgré la fatigue qui l'assaille petit à petit durant le grand bal. Le point culminant arrive alors, quand Satan (Woland) arrive et capte toute l'attention. Ce dernier fait apparaître la tête coupée de Berlioz, encore vivante (ses yeux s'ouvrent) et la transforme en coupe, dans laquelle il fait boire du sang à Marguerite. Ainsi se termine le grand bal donné par Satan.