Deux siècles ensemble (1795—1995) ( ) est une étude littéraire et historique d'Alexandre Soljenitsyne consacrée aux relations entre Russes et Juifs dans l'Empire russe, l'URSS et la fédération de Russie entre 1795 et 1995. La première partie de l'étude couvre la période de 1795 à 1916, la seconde, de 1917 à la fin du .
Dans la préface, l'auteur écrit qu'il a été confronté à maintes reprises à la question des relations russo-juives au cours de ses nombreuses années de travail sur l'époque historique de La Roue rouge et exprime l'espoir de « trouver des interlocuteurs bienveillants tant parmi les Juifs que parmi les Russes », .
L'ouvrage reprend certaines idées sur l'histoire des Juifs en Russie des néo-slavophiles, bien que son approche soit plus habile et plus nuancée.
Édition L'ouvrage est publié pour la première fois par les éditions «Russki put» dans la série «Étude sur l'histoire russe contemporaine» (numéros 7 et 8) en deux tomes: Partie I — A.I. Soljenitsyne Deux siècles ensemble: V 2 т. Т. 1. — Moscou.: Russki put. 2001. 512 pages. . ББК 63.3 (2) Partie II — A.I. Soljenitsyne Deux siècles ensemble: V 2 т.T.2 — Мoscou.: Русский путь. 2002. — 512 pages., ill. . ББК 63.3 (2)
Cet ouvrage a remporté le concours « Meilleures publications du XIVe Salon international du livre de Moscou » (2001) : mentions légales sur la maison d'édition Russki put «Русский путь»].
Contenu L'auteur introduit son ouvrage de grande envergure, qui retrace les relations entre les peuples russes et juifs, par un appel à la compréhension mutuelle et à la reconnaissance des torts causes de part et d'autre tout en exprimant l'espoir que sa recherche contribuera à cette réconciliation. Soljenitsyne, aussi louables que fussent ses intentions, a intégré l'histoire des Juifs en Russie dans une conception historiosophique globale des causes de la tragédie de la Russie contemporaine, tout en déformant souvent les faits historiques. Dans la première partie, il affirmait que la situation de la communauté juive sous le tsarisme était souvent bien meilleure, que ne l'affirment de nombreux historiens, que la résistance des dirigeants des communautés juives avait réduit à néant de nombreuses tentatives du gouvernement visant à améliorer la situation des Juifs, et, que quelles que soient les lacunes de la politique officielle, les Juifs libéraux et radicaux ont commis une erreur d'une ampleur historique en contribuant activement à l'effondrement de l'État russe. Dans la seconde partie, Soljenitsyne montre à quel point les Juifs russes ont participé, dans des proportions démesurées, tant à la révolution de Février, qu'à la révolution d'Octobre en 1917. Il a condamné leur soutien actif aux révolutions et le fait qu'ils aient tiré profit du régime soviétique dans les années 1920 et 1930. Il a ensuite retracé le destin des Juifs soviétiques lors de la Seconde Guerre mondiale et l'Holocauste, ainsi que l'antisémitisme en URSS lors de la campagne antisémite de Staline et lors de la campagne antisioniste sous ses successeurs et la lutte pour l'émigration qui s'en suivit. L'ouvrage le plus cité dans cet essai est la . Réactions
Deux siècles ensemble a suscité une vague de réactions tant positives que négatives, ainsi que des accusations d'antisémitisme à l'encontre de l'auteur. Un chroniqueur de la revue observe que plus le domaine de spécialisation de l'auteur de la critique était proche de l'histoire des Juifs dans la Russie prérévolutionnaire, plus celui-ci se montrait critique à l'égard de Soljenitsyne; à l'inverse, plus les compétences des évaluateurs s'éloignaient de la thématique de l'ouvrage, plus leurs appréciations étaient enthousiastes. La slaviste canadienne Zinaïda Gimplelevitch souligne qu'il s'agit du livre le plus controversé de Soljenitsyne. Il a été salué par la critique comme une réalisation intellectuelle exceptionnelle de la part d'un écrivain vieillissant. Toutefois on y relève des préjugés, du dogmatisme, des omissions manifestes et des interprétations erronées.
Aspects positifs L'historien, spécialiste des religions et politologue Andreï Zoubov écrit: « Ayant étudié durant plus de quinze ans les relations ethniques en Russie, je peux affirmer que je ne puis imaginer résultat scientifique plus abouti dans l'étude des relations russo-juives que celui auquel est parvenu Alexandre Isaïevitch (Soljenitsyne) dans le premier tome de son nouvel ouvrage. Son étude est absolument dénuée de toute partialité. Elle ne met en avant ni ne privilégie la position juive ou russen mais témoigne d'une volonté de rechercher la vérité et d'une qualité essentielle pour un historien: considérer que, quelle qu'elle soit, la vérité est toujours plus importante pour comprendre tant les causes que les conséquences - immédiate comme lointaine - que n'importe quelle falsification, omission, dissimulation ou occultation. La vérité doit être exprimée jusqu'à ses fondements les plus profonds, jusqu'à ses derniers mots. C'est alors qu'il y a une possibilité de guérison ».
Wolf Rubinchik, politologue biélorusse d'origine juive, répondant aux critiques qui reprochaient à l'auteur du livre son manque d'objectivité, écrivait: « Un écrivain, même s'il est lauréat du prix Nobel et membre de l'Académie des sciences, n'est pas tenu d'être aussi objectif que les participants à des débats scientifiques ». W. Rubinchik s'est posé la question suivante и: « Peut-être est-ce justement ce genre d'ouvrages qui manque à notre époque ? » et « Le proverbe cité par l'auteur „ N'aime pas celui qui acquiesce, aime celui qui conteste“, n'est-il pas pertinent ?» (Selon lui, l'une des personnalités biélorusses faisant autorité devrait poursuivre l'œuvre de Soljenitsyne et rédiger un ouvrage consacré aux relations entre les Litvins et les Litvaks, c'est-à-dire les Biélorusses et l'Histoire des Juifs en Biélorussie). Par ailleurs, certaines erreurs méthodologiques ont été relevées dans le livre Deux siècles ensemble.. Critiques Après la parution de l'ouvrage, les polémiques concernant la position de Soljenitsyne sur la question juive, qui étaient déjà apparues auparavant, ont repris de plus belle. Malgré quelques critiques globalement favorables concernant la première partie de l'ouvrage, celui-ci a fait l'objet de vives critiques tant en Russie qu'en Occident. La plupart des réactions scientifiques portaient sur cette partie, bien que certaines des questions soulevées s'appliquaient également à la seconde. Les critiques ont remis en cause le recours par Soljenitsyne à plusieurs sources largement dépassées, soulignant l'utilisation sélective et souvent erronée de citations ; l'ouvrage ne tenait pas compte des sources russes qui ne correspondaient pas à l'interprétation historique de l'auteur, ni de nombreuses études occidentales importantes sur le sujet. Ils ont souligné la volonté de l'auteur de disculper le gouvernement tsariste pour ses excès antisémites et d'en attribuer la responsabilité à d'autres, y compris aux Juifs eux-mêmes. Ils ont condamné le fait que Soljenitsyne ait repris des stéréotypes antisémites : dans son ouvrage, les Juifs sont présentés comme des forces destructrices et des conspirateurs qui ne produisent rien eux-mêmes et ne font qu'exploiter les autres. En raison de ces problèmes et d'autres encore, l'historien Yohanan Petrovski-Stern considère que l'ouvrage deviendra un chef-d'œuvre de l'antisémitisme russe.
La critique la plus courante formulée par les spécialistes à l'encontre de l'auteur concernait la promotion de sa propre conception historique, selon laquelle les autorités russes auraient apporté un soutien sans faille aux Juifs, tandis que ceux-ci, en retour auraient enivré et asservi le peuple russe, tout en détruisant ainsi le pays. Pour ce faire, selon les critiques, l'auteur aurait manipulé les sources utilisées, en mettant en avant ce qui correspondait à sa conception propre et en passant sous silence ce qui la contredisait..
L'historien a écrit que cet ouvrage était on ne peut plus antisémite, agrémenté de maximes pseudo-moralisantes et parsemé d'attributs pseudo-académiques et qu'il consacre toutes idées les plus mensongères, les plus néfastes, les plus infondées, les plus préjugées et, hélas, les plus ultraconservatrices sur les Juifs, telles qu'elle sont forgées dans la tradition de la pensée russe.». L'historien Gennadi Kostyrtchenko; dans la revue ; fait remarquer que la position affichée par l'auteur, celle de se tenir au-dessus de la mêlée n'est rien de plus qu'une déclaration, car en réalité, Soljenitsyne « s'est mis à justifier principalement la culpabilité historique collective d'un seul camp- celui des Juifs. Et c'est précisément cette orientation sous-jacente qui est devenue l'un des principaux piliers de la trame idéologique de l'ouvrage »« Kostyrtchenko, G. V. » Sous les blocs du siècle. À propos de la deuxième partie de l’ouvrage d’A. I. Soljenitsyne « Deux cents ans ensemble » (Moscou : Russki put’, 2002) |titre= À propos de la deuxième partie de l’ouvrage d’A. I. Soljenitsyne « Deux cents ans ensemble| // revue Lechaïm.
Dans un autre article publié dans le même magazine, en comparant Deux cent ans ensemble à l'ouvrage de l'historien Oleg Boudnitski, intitulé Les Juifs russes entre les Blancs et les Rouges ( 1917-1920), Kostyrtchenko écrit que « Soljenitsyne, en explorant ce sujet brûlant, se demande qui est responsable ? (et répond le plus souvent: les Juifs) », tandis que Budnitsky s'intéresse avant tout aux faits, et que Soljenitsyne s'empresse de prononcer un verdict, alors que Budnitsky s'efforce d'établir la vérité« Kostyrchenko, G. V. » Vybor. À propos du livre d’Oleg Budnitsky . Kostyrtchenko a également écrit dans sa monographie Staline contre les cosmopolites à propos du pouvoir et de l'intelligentsia juive en URSS que « à l'issue d'un débat animé, la plupart des spécialistes ont estimé que cet ouvrage, bien qu'il ait eu un effet éducatif positif, était loin d'être parfait sur le plan scientifique ».
Le bibliographe , dans un article publié sur le site du Club des écrivains de Tel-Aviv estime que « en tant qu'étude historique, l'ouvrage de Soljenitsyne Deux siècles ensemble ne peut être considéré comme professionnel, car il ne répond pas à son objectif. L'auteur n'a pas proposé de nouvelle conception de l'évolution de la question juive dans la Russie prérévolutionnaire. L'objectif principal de l'étude n'est pas formulé avec suffisamment de clarté, mais une tendance se dégage clairement: un assouplissement de la politique officielle sur la question juive, la proclamation d'une culpabilité et d'une responsabilité égales des parties russe et juive, et, dans certains cas, la prédominance de la partie juive à cet égard. Le tableau d'ensemble brossé par l'auteur est incomplet et, surtout, présente des distorsions sur des points essentiels ; il est loin de toujours correspondre à la réalité. »La question juive en Russie : vue par Alexandre Soljenitsyne . Club des écrivains de Tel-Aviv..
Les Juifs en URSS et dans la future Russie En 2000, un certain Anatoli Sidorenko a publié à Slaviansk un ouvrage intitulé Soli Deo Gloria, dans lequel il a inclus un chapitre intitulé Les Juifs en URSS et dans la future Russie qui, selon lui, appartenait à Alexandre Soljenitsyne et avait été rédigé en 1968. Soljenitsyne, qualifiant l'auteur de malade mental, a nié toute implication dans cet ouvrage et a qualifié cette publication de manœuvre hooligane. Cependant, après la parution du deuxième tome de Deux siècles ensemble on y a découvert de nombreux emprunts stylistiques et textuels tirés de l'essai Les Juifs en URSS et dans la future Russie. Par ailleurs, la presse a rapporté que le texte publié par Sidorenko correspondait à l'original du manuscrit remis auparavant par l'ex-épouse de l'écrivain aux archives de l'institut de littérature russe de l'Académie russe des sciencesGazette juive internationale. 2001. n° 32. Cité d’après « Iz-pod glyb veka » ..
Bibliographie