L'agroécologie au Bénin désigne l'ensemble des pratiques agricoles et des démarches de gestion des agroécosystèmes visant à maintenir la production tout en préservant les sols, l'eau, la biodiversité et les ressources naturelles. Elle comprend notamment les associations et rotations de cultures, l'agroforesterie, le recyclage des résidus organiques, la fumure organique, le compostage et les techniques de conservation des eaux et des sols.
Au Bénin, l'agroécologie s'inscrit dans un contexte de baisse de la fertilité des sols, d'érosion, de variabilité des précipitations et de pression croissante sur les terres agricoles. Les systèmes de production reposent souvent sur de faibles quantités d'intrants et sur le recyclage de ressources disponibles localement, mais l'augmentation des besoins alimentaires et la réduction des périodes de jachère peuvent accélérer l'épuisement des nutriments du sol.
Contexte agricole et environnemental L'agriculture béninoise est principalement constituée d'exploitations familiales produisant des céréales, des tubercules, des légumineuses, du coton, des cultures maraîchères et des fruits. La diversité des zones agroécologiques entraîne des différences dans les pratiques, les sols, les systèmes de culture et les contraintes rencontrées par les producteurs.
Dans le nord du Bénin, les producteurs associent plusieurs pratiques de gestion de la fertilité : jachère, parcage des animaux, épandage de fumier, apport de déjections animales, compostage, restitution des résidus de récolte, rotation coton-maïs, rotation céréales-légumineuses et association de cultures.
Ces pratiques ne sont pas adoptées de manière uniforme. Leur utilisation dépend notamment de l'accès aux animaux et aux résidus organiques, de la main-d'œuvre disponible, de la distance entre l'exploitation et le domicile, du niveau d'instruction, de l'expérience agricole et des contacts avec les services de vulgarisation.
Pratiques agroécologiques
Associations et rotations de cultures L'association de cultures consiste à cultiver simultanément plusieurs espèces sur une même parcelle. Au Bénin, les associations entre céréales et légumineuses, notamment entre le maïs et le niébé, permettent de diversifier la production et peuvent améliorer l'utilisation des ressources du sol.
Les rotations de cultures alternent plusieurs espèces sur une même parcelle au cours de saisons ou d'années successives. Les rotations coton-maïs et les rotations intégrant des légumineuses sont utilisées dans le nord du Bénin. Elles peuvent contribuer à rompre certains cycles de ravageurs et à répartir les prélèvements de nutriments entre les cultures, mais leurs effets dépendent des espèces, de la durée de la rotation et des pratiques de fertilisation.
Agroforesterie L'agroforesterie associe des arbres et des cultures ou des animaux sur une même unité de production. Elle peut fournir du bois, des fruits, du fourrage ou des produits médicinaux, tout en contribuant à la protection contre l'érosion, à l'amélioration du microclimat et au stockage de carbone dans la biomasse et les sols.
Les parcs agroforestiers et la conservation d'arbres utiles dans les champs constituent des formes d'agroforesterie présentes dans plusieurs régions du Bénin. Leur maintien dépend notamment des droits fonciers, de la valeur économique des produits arborés, de la concurrence entre les arbres et les cultures et des règles locales de gestion.
Fumure organique et compostage La fumure organique comprend notamment le fumier, les déjections animales, le compost, les résidus de récolte et d'autres matières organiques décomposées. Elle apporte de la matière organique et certains éléments nutritifs, améliore la structure du sol et peut accroître sa capacité à retenir l'eau.
Une étude réalisée sur un sol ferrallitique du sud du Bénin a évalué l'utilisation de bois raméal fragmenté et de litière de volaille. Les amendements organiques ont contribué à maintenir une humidité du sol plus élevée dans certaines conditions d'irrigation et ont augmenté la teneur en matière organique et en phosphore au cours de l'expérimentation.
Le compostage transforme des matières organiques telles que les résidus végétaux, les déchets ménagers biodégradables et les déjections animales en un amendement stabilisé. Il peut réduire la quantité de déchets à éliminer et restituer au sol une partie de la matière organique et des nutriments, sous réserve d'un tri et d'une préparation appropriés.
La fumure organique ne fournit pas toujours les mêmes quantités d'azote, de phosphore et de potassium que les engrais minéraux. Son efficacité dépend de sa composition, de son degré de décomposition, de la dose utilisée, du moment d'application et des caractéristiques du sol. L'association raisonnée d'engrais organiques et minéraux peut donc être envisagée dans une approche de gestion intégrée de la fertilité.
Conservation des eaux et des sols Les techniques de conservation des eaux et des sols cherchent à limiter le ruissellement, l'érosion et la perte de terre fertile, tout en favorisant l'infiltration de l'eau. Elles comprennent notamment les cordons pierreux, les diguettes, les bandes enherbées, les billons suivant les courbes de niveau, les fossés et le zaï.
Les cordons pierreux sont installés transversalement à la pente. Ils ralentissent l'écoulement de l'eau, favorisent le dépôt des particules transportées et améliorent l'infiltration. Leur efficacité dépend de leur emplacement, de leur entretien, de la pente et de la disponibilité de pierres dans la zone concernée.
Le zaï consiste à creuser de petites cuvettes dans les sols dégradés et à y apporter de la matière organique avant le semis. Cette technique permet de concentrer localement l'eau de pluie et les nutriments, mais elle demande une main-d'œuvre importante et est surtout adaptée à certaines conditions de sol et de climat.
La couverture permanente du sol par des résidus de récolte, des plantes de couverture ou des cultures associées réduit l'impact des pluies et la température du sol. Elle peut aussi limiter l'évaporation, l'érosion et la formation de croûtes superficielles, mais la restitution des résidus doit être conciliée avec leur utilisation comme fourrage, combustible ou alimentation animale.
Engrais biologiques et biopesticides vignette|Préparation de terrain L'expression « engrais biologique » peut désigner des produits contenant des microorganismes ou des matières organiques destinés à améliorer la nutrition des plantes. Elle doit être distinguée de l'engrais organique, constitué principalement de matières d'origine végétale ou animale, et du biopesticide, qui vise à lutter contre un organisme nuisible. vignette|Compost en coupe Les engrais organiques utilisés au Bénin comprennent notamment le compost, le fumier, les déjections de volaille, les résidus de récolte et certains sous-produits agroalimentaires. Leur utilisation permet de recycler des ressources locales, mais la qualité agronomique et sanitaire varie selon l'origine des matières, le stockage et le degré de compostage.
Les microorganismes associés à certains biofertilisants peuvent améliorer la disponibilité de nutriments pour les plantes, par exemple grâce à la fixation biologique de l'azote ou à la solubilisation de certains phosphates. Leur efficacité dépend cependant de la souche utilisée, de la culture, du sol, de l'humidité et des conditions climatiques.
La lutte biologique et la gestion intégrée des ravageurs cherchent à réduire l'utilisation systématique de pesticides chimiques en combinant la surveillance des populations, les pratiques culturales, les variétés résistantes, les auxiliaires naturels et, lorsque cela est nécessaire, des traitements ciblés.
Effets et limites Les pratiques agroécologiques peuvent améliorer la matière organique du sol, l'infiltration de l'eau, la structure du sol et la diversité biologique des agroécosystèmes. Leurs effets sont généralement plus importants lorsqu'elles sont combinées, par exemple dans un système associant rotation, fumure organique, couverture du sol et conservation des eaux.
Les résultats ne sont pas identiques dans toutes les régions du Bénin. Ils dépendent du climat, des propriétés du sol, de la disponibilité de la biomasse, de la main-d'œuvre, de la taille des exploitations et de l'accès aux services de conseil agricole.
Le recours aux matières organiques peut entrer en concurrence avec d'autres usages des résidus, notamment l'alimentation du bétail, la couverture des toitures, la cuisson et la production d'énergie. Le transport du fumier et du compost peut également limiter leur utilisation dans les grandes parcelles ou lorsque les exploitations sont éloignées des lieux d'élevage.
L'agroécologie ne signifie pas nécessairement l'abandon complet des engrais minéraux ou des produits phytosanitaires. Dans de nombreux systèmes, l'objectif est plutôt de réduire les pertes, d'améliorer l'efficacité des intrants et d'intégrer des solutions organiques, biologiques et agronomiques dans une gestion durable de la fertilité et de la santé des cultures.
Politiques et programmes La gestion durable des terres constitue un axe des politiques agricoles et environnementales du Bénin. Les orientations nationales comprennent notamment l'agroforesterie, la gestion intégrée de la fertilité des sols, la conservation des eaux et des sols, la restauration des terres dégradées et la promotion de pratiques agricoles adaptées aux changements climatiques.
Le développement de l'agroécologie repose aussi sur les services de vulgarisation, la formation des producteurs, les organisations paysannes, la recherche agronomique et l'accès aux équipements. Au nord du Bénin, les contacts avec les services d'encadrement et la disponibilité des connaissances techniques figurent parmi les facteurs associés à l'adoption de la fumure organique.
Les politiques publiques doivent également prendre en compte les conditions économiques et foncières des exploitations. Le coût de la main-d'œuvre, l'accès au crédit, la disponibilité des amendements organiques, la sécurité foncière et l'accès aux marchés influencent la capacité des agriculteurs à adopter et à maintenir des pratiques agroécologiques.
Voir aussi
Agroécologie Agriculture durable Agriculture biologique Agroforesterie Conservation des sols Compost Bénin
Notes et références
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