La campagne byzantine de l'Aurès de 539 est une expédition militaire conduite par le général Solomon contre Iaudas, chef maure établi dans l'Aurès. Elle intervient dans le contexte de la reconquête de l'Afrique du Nord par l'Empire byzantin après la chute du royaume vandale en 534. Après une première campagne infructueuse contre Iaudas en 535, Solomon reprend l'offensive en 539 et parvient à vaincre les forces de son adversaire. La campagne renforce temporairement l'autorité impériale dans l'Aurès et s'accompagne d'une réorganisation du dispositif militaire byzantin dans la région.

Contexte

vignette|Comparaison de l'Afrique du Nord sous domination vandale puis byzantine, montrant les territoires reconquis par les Byzantins. La conquête de l’Afrique vandale par les Byzantins à partir de 533 ne suffit pas à rétablir immédiatement l'autorité impériale sur l'ensemble des territoires correspondant à l'ancien diocèse d’Afrique. Plusieurs groupes maures disposent alors de leurs propres chefs et conservent une importante autonomie politique et militaire. L'Aurès constitue l'un des principaux espaces où cette autonomie se maintient face à la restauration de l'autorité impériale.

Iaudas, appelé également Iabdas dans certaines sources, apparaît dans les récits de la reconquête byzantine comme le chef des Maures de l'Aurès. Il parvient pendant plusieurs années à résister aux forces impériales et à conserver une position indépendante dans le massif.

La première offensive de Solomon contre Iaudas, en 535, ne permet pas aux Byzantins de soumettre durablement l'Aurès. Les difficultés liées au relief montagneux et la capacité des forces locales à se replier dans des positions difficiles d'accès limitent l’efficacité de l'armée impérialeProcope de Césarée, Guerre vandale, II, 19-20..

Michel Janon propose une relecture du récit de Procope concernant l'Aurès au . Son étude souligne notamment la nécessité d'examiner les rapports entre les pouvoirs maures et l'administration impériale sans réduire les premiers à une simple opposition militaire désorganisée.

Lorsque Solomon reprend le commandement de l’Afrique en 539, il entreprend une nouvelle offensive contre Iaudas. Cette campagne s'inscrit dans une politique plus large de consolidation de l'autorité byzantine dans les régions intérieures de l'Afrique du Nord.

Déroulement Solomon dirige son armée vers l'Aurès et organise sa progression en direction des positions contrôlées par Iaudas. Une partie des troupes est placée sous le commandement de Guntharic, tandis que Solomon conserve le commandement du gros de l’armée.

Les premières opérations se déroulent dans la région de Bagaï. Les Byzantins rencontrent des difficultés liées au terrain et aux cours d'eau. Les forces de Iaudas cherchent à exploiter ces conditions pour ralentir ou désorganiser l'armée impériale, mais l'arrivée de Solomon permet aux Byzantins de poursuivre leur progression.

Les forces de Iaudas se replient ensuite vers une position appelée Babôsis par Procope. Solomon les poursuit et leur inflige une nouvelle défaite. Pierre Morizot a proposé d'identifier Babôsis avec l'ancien site de Babar, dans l'Aurès oriental, en s’appuyant notamment sur la situation stratégique du site et sur les données archéologiques. Cette identification demeure toutefois une proposition et ne peut être considérée comme certaine.

Après cette défaite, Iaudas se replie avec une partie de ses forces vers une place forte appelée Zerboulé. Procope indique qu’un important contingent demeure auprès de lui. Les chiffres donnés par l'auteur antique doivent cependant être utilisés avec prudence.

Solomon met alors le siège devant Zerboulé. Iaudas quitte cependant la place avec une partie de ses hommes et se retire vers une autre position située dans les montagnes, appelée Toumar. Une garnison reste à Zerboulé afin de poursuivre la résistance.

La localisation exacte de Zerboulé reste incertaine. Pierre Morizot envisage une localisation dans le secteur de la confluence de l'oued El-Arab et de l'oued Mellagou. Cette proposition repose notamment sur la confrontation entre le récit de Procope, la topographie et les vestiges archéologiques.

Solomon se dirige ensuite vers les plaines de Timgad, où les récoltes constituent une importante source de ravitaillement. Les Byzantins ravagent les moissons afin de priver les forces de Iaudas de ressources alimentaires. Cette opération montre que la campagne ne repose pas uniquement sur les affrontements directs, mais également sur la destruction des ressources nécessaires au maintien de la résistance.

Après son retour devant Zerboulé, Solomon poursuit le siège. La garnison finit par abandonner la forteresse pendant la nuit. Les Byzantins peuvent alors poursuivre Iaudas en direction de Toumar.

L'approche de Toumar place l'armée impériale dans une situation difficile. Le relief montagneux, les positions défensives et les problèmes d'approvisionnement en eau compliquent l'offensive. Les soldats de Solomon sont confrontés à un terrain particulièrement défavorable et envisagent d'interrompre la poursuite.

Procope rapporte qu'un groupe de soldats prend alors l'initiative d'attaquer les positions de Iaudas. L'assaut entraîne le reste de l'armée et permet aux Byzantins de pénétrer dans la position fortifiée. Les défenseurs sont finalement mis en déroute et Iaudas, blessé, parvient à s’enfuir vers la Maurétanie situés à l'ouest de l'Aurès.

La localisation de Toumar fait également l'objet de discussions. Pierre Morizot propose de la rapprocher de , en raison de la concordance qu'il relève entre la description de Procope, la topographie et les vestiges du site. Il s'agit là encore d'une identification proposée par l'historiographie moderne et non d'une équivalence définitivement établie.

Conséquences vignette|Ruines du fort byzantin de Thamugadi près de la chaîne des Belezma, dans les contreforts occidentaux de l'Aurès, une région conquise par les Byzantins après 539. La défaite de Iaudas constitue un succès important pour Solomon. Iaudas perd momentanément la maîtrise de l'Aurès et doit se réfugier hors de la région. Cependant, sa défaite ne signifie pas la disparition définitive de son pouvoir ni la fin des résistances maures à l'autorité impériale.

La campagne permet surtout aux Byzantins de renforcer leur présence militaire dans les régions entourant l'Aurès. La politique de Solomon associe opérations militaires, contrôle des ressources et implantation de positions fortifiées destinées à empêcher la reconstitution rapide d’un pouvoir hostile

Cette réorganisation concerne notamment Timgad. Une forteresse byzantine est édifiée au sud de l'ancienne cité sous l'autorité de Solomon. Son inscription de fondation la rattache à la treizième année du règne de Justinien Ier, correspondant à la période comprise entre et .

La forteresse de Timgad s'insère dans un dispositif plus large de contrôle militaire de l'intérieur de la Numidie. La construction de ces ouvrages répond à la nécessité de maintenir les territoires reconquis et de surveiller les voies de communication entre les plaines et les régions montagneuses.

La campagne de 539 ne constitue donc pas une soumission définitive de l'ensemble des populations de l'Aurès. Elle représente plutôt une étape importante de la reconquête byzantine : l’Empire parvient à vaincre le principal pouvoir militaire établi dans le massif et à consolider temporairement sa présence grâce à un réseau de positions fortifiées. Les événements des années suivantes montrent néanmoins que la question du contrôle des populations maures demeure l'un des principaux problèmes auxquels se heurte l'administration impériale en Afrique.

Références

Voir aussi Articles connexes Campagne byzantine de l'Aurès (535) Histoire des Aurès Guerre des Vandales Empire byzantin Royaume de l'Aurès Liste des guerres de l'Empire byzantin

Bibliographie

Liens externes

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