Le moulin de La Chatille est un ancien moulin à eau situé à Béthines, dans le département de la Vienne, en France, sur le Salleron. Il fait partie du lieu-dit de La Chatille, ancien domaine dépendant de la Maison-Dieu de Montmorillon.
Le moulin est implanté en contrebas du village de La Chatille, à proximité immédiate du Salleron et de son ancien système hydraulique. Le bief longe directement le moulin et est aujourd'hui à sec. Une ancienne écurie se trouve également à proximité immédiate du bâtiment.
Son histoire est documentée au moins depuis le XIIIe siècle. Un acte de 1248 mentionne en effet le « vieux moulin de La Chatille »Alfred Richard, « Cartulaire de la Chatille », Archives historiques du Poitou, t. VII, Société des archives historiques du Poitou, Poitiers, 1878, acte de 1248.. Les archives des XVIIe et XVIIIe siècles décrivent ensuite les baux, les meuniers, les meules, la roue, les réparations et les visites du moulinArchives départementales de la Vienne, dossier du Moulin de La Chatille..
Histoire
La Chatille au Moyen Âge
La Chatille constitue au Moyen Âge un domaine dépendant de la Maison-Dieu de Montmorillon. Le Cartulaire de La Chatille, publié par Alfred Richard en 1878, rassemble des actes relatifs à la commanderie et à ses possessions, principalement entre 1233 et 1339Alfred Richard, « Cartulaire de la Chatille », Archives historiques du Poitou, t. VII, Société des archives historiques du Poitou, Poitiers, 1878. Version numérisée : ..
Les actes font apparaître des terres labourables, des prés, des vignes, des bois, des maisons, des rentes et différents droits d'usage. Le Salleron occupe une place importante dans les descriptions de ces biens et dans les droits attachés au domaine.
La Maison-Dieu de Montmorillon est une institution hospitalière ancienne. La Chatille constitue l'une de ses commanderies et la principale commanderie de cette institution sur la commune de Béthines. La Chatille disposait également de la haute justiceGuillaume de Sonnac, « Vienne 2008 », étude consacrée aux commanderies de la Vienne : ..
Les formes anciennes du toponyme
Le nom de La Chatille apparaît sous plusieurs formes dans les documents anciens, notamment Catillia, Catilhia et Castillia. Louis Rédet relève également différentes formes anciennes et modernes dans son Dictionnaire topographique du département de la VienneLouis Rédet, Dictionnaire topographique du département de la Vienne, Imprimerie nationale, Paris, 1881..
La forme Castillia est notamment attestée à la fin du XIIIe siècleAlfred Richard, « Cartulaire de la Chatille », Archives historiques du Poitou, t. VII, 1878, acte de 1296..
Le moulin en 1248
La première mention particulièrement précise du moulin remonte à 1248. Un acte concernant Hélie des Barrès mentionne trois sous de revenu qu'il possède in veteri molendino de la Chatille, c'est-à-dire « au vieux moulin de La Chatille ».
Le qualificatif « vieux » montre que le moulin existe déjà à cette date. La date de construction du premier moulin n'est pas connue, mais son existence est donc antérieure à 1248.
En 1249, les mêmes revenus attachés au vieux moulin apparaissent encore dans un acte concernant Hélie des BarrèsAlfred Richard, « Cartulaire de la Chatille », Archives historiques du Poitou, t. VII, Société des archives historiques du Poitou, Poitiers, 1878, acte de 1249..
Les premiers ouvrages hydrauliques
En 1245, Géraud de Belac donne à la Maison-Dieu douze deniers de rente perçus sur l'esclusello de la Chatille, terme rapproché par Alfred Richard du français « écluseau »Alfred Richard, « Cartulaire de la Chatille », Archives historiques du Poitou, t. VII, Société des archives historiques du Poitou, Poitiers, 1878, acte de 1245 et note de l'éditeur..
Cet acte atteste l'existence à La Chatille d'un ouvrage hydraulique générant une rente dès le milieu du XIIIe siècle. La source ne permet toutefois pas d'établir avec certitude une identité entre cet « écluseau » et les ouvrages hydrauliques encore visibles aujourd'hui.
Le moulin et les habitants du territoire
Un acte du 9 octobre 1271 concerne directement le fonctionnement économique du moulin. Hugues de La Roche impose aux hommes de Villemort de faire moudre leur grain au moulin ou aux moulins de la maison de La Chatille tant qu'ils ne disposent pas de leur propre moulin dans un rayon d'une lieueActe du 9 octobre 1271 relatif à la commanderie de La Chatille et aux habitants de Villemort ; notice archivistique, FranceArchives : ..
Le texte prévoit également une pénalité pour les habitants faisant moudre leur grain ailleurs. Le moulin bénéficie ainsi d'une clientèle dont l'utilisation est encadrée juridiquement.
L'acte est confirmé par un vidimus du 26 novembre 1279Acte du 26 novembre 1279, vidimus de l'acte de 1271 ; notice archivistique, FranceArchives : ..
Le XVIe siècle
Une baillette de 1551 décrit les biens de La Chatille en utilisant notamment le Salleron et les chemins comme limites. Une autre pièce du même ensemble documentaire est datée de 1555Archives départementales de la Vienne, document de 1551 relatif à La Chatille..
Le XVIIe siècle
À partir du XVIIe siècle, le moulin est beaucoup plus abondamment documenté.
Un marché de 1629 concerne directement le moulin. En 1634, une ferme du moulin est conclue pour huit années. En 1649, un marché de réparation est passé avec François Pellerin, charpentier à AntignyArchives départementales de la Vienne, dossier du Moulin de La Chatille, pièces du XVIIe siècle..
En 1662, une ferme du moulin atteint 300 livres par an et le document mentionne un terrain appelé le « pré de la roue »Archives départementales de la Vienne, dossier du Moulin de La Chatille, pièce de 1662..
La visite de 1686
La visite du 4 avril 1686 décrit l'installation du moulin. Elle comporte notamment des rubriques consacrées à la roue, au coffre et à la meuleArchives départementales de la Vienne, dossier du Moulin de La Chatille, visite du 4 avril 1686..
Une procédure de 1693 renvoie à cette visiteArchives départementales de la Vienne, dossier du Moulin de La Chatille, procédure de 1693..
Production et mouture
Le moulin de La Chatille est documenté comme un moulin à céréales destiné à la mouture et à la production de farineArchives départementales de la Vienne, dossier du Moulin de La Chatille, visites et fermes du XVIIe et du XVIIIe siècle mentionnant les meules, le froment et la farine..
Les archives médiévales mentionnent notamment le froment, le seigle, l'avoine et la baillarge dans les redevances et donations liées au domaineAlfred Richard, « Cartulaire de la Chatille », Archives historiques du Poitou, t. VII, 1878, actes relatifs aux redevances en céréales..
Les archives modernes décrivent des meules et mentionnent notamment la fleur de farine ou la fleur d'un boisseau de fromentArchives départementales de la Vienne, dossier du Moulin de La Chatille, pièces relatives aux fermes et aux visites du moulin..
Les réparations du XVIIIe siècle
Les documents de 1707 et 1708 montrent que le meunier est soumis au contrôle des poids et mesuresArchives départementales de la Vienne, dossier du Moulin de La Chatille, certificats de 1707 et 1708..
Une visite du moulin est conservée pour 1709Archives départementales de la Vienne, dossier du Moulin de La Chatille, visite de 1709..
En 1723, un « mémoire des réparations » distingue un « moulin de devant » et un « moulin de derrière » et énumère de nombreuses pièces de bois et éléments nécessaires aux travauxArchives départementales de la Vienne, dossier du Moulin de La Chatille, « Mémoire des réparations qui est nécessaire de faire au moulin de La Chatille », 1723..
Le bâtiment conservé aujourd'hui présente lui aussi deux corps nettement distincts. Le corps situé à gauche constitue la partie la plus ancienne du bâtiment et comprend notamment un four à pain ; le corps situé à droite est plus récent. Cette organisation architecturale actuelle peut être rapprochée de la distinction, présente dans l'archive de 1723, entre un « moulin de devant » et un « moulin de derrière », sans toutefois permettre d'affirmer que les deux désignations anciennes correspondent exactement aux deux corps actuels.
Le document de 1723 énumère notamment des pièces de bois et des éléments nécessaires aux travaux. Il montre que le moulin fait alors l'objet d'un entretien important portant sur la structure et les équipements.
Une nouvelle visite en 1735 reprend la distinction entre les deux parties du moulin et décrit les meules et leur étatArchives départementales de la Vienne, dossier du Moulin de La Chatille, état du moulin du 4 janvier 1735..
Les dernières années de l'Ancien Régime
Une pièce de 1739 porte encore le titre « Moulin de La Chatille »Archives départementales de la Vienne, dossier du Moulin de La Chatille, pièce de 1739..
En 1766, Jean Guillermin est explicitement qualifié de meunier du moulin de La Chastille dans un compteArchives départementales de la Vienne, dossier du Moulin de La Chatille, compte de Jean Guillermin, 1766..
En 1769, Jean Guillermin et son épouse Madeleine Jacquet apparaissent encore dans un dossier relatif au moulin et à la seigneurie de La ChatilleArchives départementales de la Vienne, dossier du Moulin de La Chatille, pièce de 1769..
En 1786, une nouvelle visite du moulin est conservée. Elle décrit l'état des meules et de l'installation et évalue les travaux à réaliserArchives départementales de la Vienne, dossier du Moulin de La Chatille, visite de 1786..
Le moulin est donc encore documenté comme installation exploitée et entretenue à la veille de la Révolution française.
Architecture et vestiges techniques
Le bâtiment actuel est constitué de deux corps principaux nettement différenciés. Le corps situé à gauche constitue la partie la plus ancienne et comprend notamment un four à pain. Le corps situé à droite est plus récent. La date de construction de ces deux parties n'est pas établie.
La présence du four à pain est attestée dans la partie ancienne du bâtiment. Sa date de construction et la durée de son utilisation ne sont toutefois pas documentées ; il n'est donc pas possible d'affirmer qu'il était déjà présent lors des périodes décrites dans les archives médiévales ou modernes.
Plusieurs vestiges de l'ancien équipement du moulin sont encore visibles. Trois anciennes meules sont intégrées à un mur de soubassement largement visible.
Une ancienne roue métallique est également conservée sur le site. Les traces de l'ancienne roue hydraulique restent clairement visibles devant le moulin, au niveau du bief.
À l'intérieur du bâtiment, le principal élément de l'ancien dispositif hydraulique encore en place est le mécanisme permettant de monter et de descendre la vanne de régulation du bief.
Ces vestiges montrent que l'organisation actuelle du site conserve encore plusieurs éléments directement liés à l'ancien fonctionnement hydraulique et à la mouture, même si l'installation n'est plus en fonctionnement.
Production et fonctionnement
Le moulin utilise l'eau du Salleron comme force motrice. Les visites du XVIIe et du XVIIIe siècle mentionnent une roue hydraulique, des meules et différents éléments de la structure du moulin.
Le moulin est implanté en contrebas du village de La Chatille, à proximité immédiate du Salleron. Le bief longe directement le bâtiment et est toujours visible, bien qu'il soit aujourd'hui à sec.
Les céréales mentionnées dans les sources comprennent notamment le froment, le seigle et l'avoine.
Les archives modernes mentionnent la production de farine et notamment la fleur de farine.
Le moulin apparaît ainsi comme un moulin à céréales dont l'activité est intégrée à l'économie agricole du domaine de La Chatille.
Le XXe siècle