Le massacre de Sovići et Doljani désigne les crimes de guerre commis contre des Bosniaques dans les villages de Sovići et Doljani, près de Jablanica, en Bosnie-Herzégovine, en avril 1993, pendant la guerre de Bosnie-Herzégovine. Après la prise des deux villages par les forces du Conseil de défense croate (HVO), plusieurs centaines de civils bosniaques furent détenus et soumis à des mauvais traitements. Des habitants furent tués lors des bombardements, alors qu'ils tentaient de fuir ou après leur capture, dans les villages et dans les lieux de détention. Des habitations et des lieux de culte furent également détruits.

Contexte Au début de la guerre de Bosnie-Herzégovine, les Croates de Bosnie organisent leurs propres structures politiques et militaires autour de la république croate d'Herceg-Bosna et du Conseil de défense croate (HVO). Les relations entre les Croates et les Bosniaques, qui avaient auparavant combattu ensemble les forces serbes, se détériorent progressivement et débouchent en 1993 sur la guerre croato-bosniaque.

Selon les conclusions du Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie (TPIY) dans l'affaire Prlić et autres, plusieurs dirigeants politiques et militaires des Croates de Bosnie, ainsi que des responsables de haut niveau de la Croatie, dont le président Franjo Tuđman, ont participé à une entreprise criminelle commune. Celle-ci avait notamment pour objectif de créer une entité croate en Bosnie-Herzégovine sur les territoires revendiqués par la Herceg-Bosna, afin de permettre leur rattachement à la Croatie et de contribuer à l'unification du peuple croate.

Le TPIY a également conclu que l'objectif criminel commun de cette entreprise comprenait l'expulsion et la persécution de la population musulmane des territoires contrôlés par la Herceg-Bosna.

Dans ce contexte, la région de Jablanica, où se trouvent les villages de Sovići et Doljani, devient l'un des secteurs disputés entre le HVO et l'Armée de la république de Bosnie-Herzégovine (ARBiH). L'attaque des deux villages en avril 1993 s'inscrit dans une offensive plus large du HVO visant la région de Jablanica.

Attaque et prise des villages L'offensive du Conseil de défense croate (HVO) contre la région de Jablanica commence le . Le , les forces du HVO, appuyées par des éléments de l'Armée croate (HV), attaquent les villages de Sovići et Doljani. Le matin, l'artillerie bombarde Sovići, notamment la partie haute du village, qui est en grande partie détruite. Des civils sont tués lors des bombardements et alors qu'ils tentent de fuir.

Les forces de l'Armée de la république de Bosnie-Herzégovine (ARBiH), qui disposent de moyens militaires inférieurs et sont largement inférieures en nombre, opposent une résistance limitée. Le même jour, environ 75 à 80 soldats bosniaques se rendent.

Plusieurs civils et soldats bosniaques capturés sont ensuite soumis à des mauvais traitements. Certains sont torturés et tués par des membres de la Kažnjenička bojna (bataillon punitif), une unité du HVO commandée par Mladen Naletilić, dit « Tuta ».

L'avancée des forces du HVO vers Jablanica est finalement interrompue à la suite de la conclusion d'un accord de cessez-le-feu.

Exactions contre la population civile Après la prise des villages, des maisons appartenant à des Bosniaques sont incendiées et plusieurs mosquées sont détruites. Selon les éléments présentés devant le TPIY, ces destructions visaient notamment à empêcher le retour de la population bosniaque dans la région. Les hommes civils et les soldats capturés sont d'abord détenus dans l'école de Sovići, où ils sont soumis à des violences et à des tortures. Quatre d'entre eux y sont tués. Ils sont ensuite transférés vers divers lieux de détention, notamment à Ljubuški et au camp de l'Heliodrom, où plusieurs détenus subissent de nouveaux sévices et sont utilisés comme boucliers humains, et où certains sont tués.

Au moins 400 civils bosniaques de Sovići et Doljani, dont des femmes, des enfants et des personnes âgées, sont détenus dans l'école de Sovići avant d'être transférés dans des maisons du hameau de Junuzovići, où ils restent pendant environ deux semaines.

Les conditions de détention sont difficiles en raison de la surpopulation. Certains détenus sont battus et soumis à d'autres sévices par des soldats du HVO, notamment des membres de la Kažnjenička bojna, l'unité commandée par Mladen Naletilić, dit « Tuta ».

Le , une commission mixte composée de représentants du HVO et de l'ARBiH, ainsi que de membres de plusieurs organisations internationales et de médecins, se rend à Sovići et Doljani. Le date|4 mai 1993}}, les civils détenus sont conduits vers un secteur contrôlé par l'ARBiH.

Responsabilités et poursuites judiciaires Les événements de Sovići et Doljani ont été examinés par le Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie (TPIY) dans plusieurs procédures. Dans l'affaire Procureur c. Naletilić et Martinović, le Tribunal a notamment examiné les attaques contre les deux villages, la détention de civils et les traitements infligés aux personnes capturées. Mladen Naletilić, dit « Tuta », commandant de la Kažnjenička bojna, a été condamné pour plusieurs crimes commis contre des Bosniaques.

Les crimes de Sovići et Doljani sont également examinés dans le jugement rendu dans l'affaire Prlić et autres. Le deuxième volume du jugement décrit notamment les opérations militaires menées dans la région de Jablanica, ainsi que les événements survenus à Sovići et Doljani. Dans cette affaire, Jadranko Prlić, Bruno Stojić, Slobodan Praljak, Milivoj Petković, Valentin Ćorić et Berislav Pušić, six hauts responsables politiques et militaires de la Herceg-Bosna, ont été condamnés pour leur participation à une entreprise criminelle commune visant notamment à assurer la domination croate sur les territoires revendiqués par la Herceg-Bosna. Leurs condamnations ont été confirmées en appel en 2017, avec certaines modifications des peines.

Bibliographie

Notes et références

Voir aussi Nettoyage ethnique dans la guerre de Bosnie-Herzégovine Nettoyage ethnique de la vallée de Lašva

Catégorie:Crime contre l'humanité en Bosnie-Herzégovine Catégorie:Massacre de la guerre de Bosnie-Herzégovine Catégorie:Crime de guerre en Bosnie-Herzégovine Catégorie:Guerre de Bosnie-Herzégovine Catégorie:1992 en Bosnie-Herzégovine Catégorie:Génocide bosniaque