Les Grands thermes de l'Est de Timgad (en latin : ) sont un établissement de thermes romains situé dans la partie orientale de la ville antique de Timgad, dans l'actuelle wilaya de Batna, en Algérie. Implantés à proximité de la porte de Mascula, le long du oriental. Le monument fait partie du site archéologique de Timgad, inscrit sur la liste du patrimoine mondial de l'Unesco depuis 1982.

Construits dans la première moitié du , les thermes font l'objet d'un important agrandissement en 167, sous le règne de Marc Aurèle et de Lucius Verus. Attestés par une inscription monumentale, ces travaux sont réalisés par décret des décurions et financés pecunia publica. Ils modifient profondément le plan primitif de l'établissement, dont la superficie dépassait probablement . Le complexe appartient à la catégorie des thermes de dimensions moyennes et présente une organisation annulaire asymétrique à circuit sénestrogyre.

Le secteur balnéaire, principalement conservé dans la partie occidentale, comprend un doté de deux piscines froides, un , deux , un et plusieurs bassins chauffés. Les salles chaudes reposent sur des hypocaustes alimentés par plusieurs foyers et desservis par des couloirs de service. La partie orientale, largement détruite par l'effondrement de ses sous-sols, comprenait une vaste salle et plusieurs espaces annexes, peut-être organisés autour d'une palestre. Plusieurs transformations successives affectent l'organisation et les installations thermiques du monument au cours de son utilisation.

Le décor est principalement connu par ses mosaïques polychromes, dont le pavement du représentant Neptune sur un char tiré par quatre hippocampes. Probablement réalisée dans la seconde moitié du , cette mosaïque est aujourd'hui conservée au musée de Timgad. D'autres pavements géométriques ainsi que des graffitis représentant notamment des chevaux en course ont également été découverts dans l'établissement.

Dégagés à partir de 1902, les thermes sont étudiés successivement par Albert Ballu, Émile Boeswillwald et René Cagnat, puis par Serge Tourrenc, Suzanne Germain et Yvon Thébert. Leurs travaux permettent de préciser la chronologie du monument, son organisation architecturale et l'évolution de son décor, malgré la destruction importante de sa partie orientale et la disparition de plusieurs pavements depuis les premières fouilles.

Localisation de la cité vignette|alt=Plan de Timgad indiquant rues, monuments et principaux édifices numérotés.|Localisation des Grands Thermes de l'Est (élément 24, en bleu).

Timgad s'élève sur les premières pentes septentrionales du massif de l'Aurès, à la transition entre les reliefs montagneux et les plaines de l'intérieur numide. La cité occupe un espace largement dégagé, ouvert sur les voies de circulation reliant les zones de plaine aux régions montagneuses, dans un secteur qui constitue à l'époque romaine une limite naturelle stratégique.

La création de la ville répond notamment à des préoccupations militaires et territoriales. Fondée au pied de l'Aurès, Timgad constitue une place de seconde ligne destinée à contrôler les accès vers les massifs et à surveiller les populations montagnardes. Son noyau urbain initial adopte un plan régulier organisé autour du cardo maximus et du decumanus maximus, à l'intérieur d'une enceinte.

Dans le cadre de l'Empire romain, Timgad constitue une colonie de droit romain dont la situation géographique et la fonction stratégique participent à son développement urbain.

Situation des thermes dans la ville antique

Les thermes occupent la partie orientale de Timgad, à proximité de la porte de Mascula, qui marque l'une des principales issues de la ville antique vers l'est. L'établissement s'insère ainsi dans un secteur périphérique du tissu urbain, à proximité immédiate de l'axe qui relie cette porte aux quartiers de la cité.

Cette implantation place les thermes à l'écart du centre monumental organisé autour du forum, tout en les maintenant directement accessibles depuis le réseau viaire de la ville. Leur proximité avec la porte de Mascula les situe également sur un axe de circulation reliant Timgad aux territoires établis à l'est de la colonie.

Histoire

Construction et agrandissement vignette|alt=Deux blocs de pierre juxtaposés portant une longue inscription latine très effacée, devant des murs en briques.|Inscription commémorant l'agrandissement des Grands Thermes de l'Est...

Les grands thermes de l'Est sont dégagés à partir de 1902. Leur date de construction n'est toutefois pas précisément établie. Boeswillwald, Cagnat et Ballu situent leur édification à une époque proche de la fondation de Timgad, sans pouvoir déterminer si l'établissement appartient à la phase initiale d'aménagement de la cité. Les études ultérieures proposent plus précisément de placer la construction initiale dans la première moitié du .

Un agrandissement des thermes est attesté en 167 par une longue inscription dont quatre fragments sont découverts dans les déblais du monument. Ces fragments avaient été remployés comme montants dans un mur tardif qui divisait en deux l'une des salles chauffées par le sous-sol. L'inscription est complétée en 1962 par la découverte d'un nouveau fragment qui se raccorde à deux des éléments déjà connus. Ce fragment avait été remployé comme dalle de pavement devant la porte orientale de Timgad, à proximité des grands thermes de l'Est.

L'inscription mentionne explicitement l'agrandissement de l'établissement et sa nouvelle dédicace ; elle précise que l'opération est réalisée par décret des décurions et pecunia publica, aux frais publics. Elle portait également à sa dernière ligne le nom d'un légat de Numidie, ultérieurement martelé à la suite de sa condamnation. Serge Tourrenc identifie ce légat à Lucceius Torquatus, qui porte dans l'inscription des thermes le seul titre de patronus coloniae. Cette titulature fournit un jalon dans la chronologie de sa carrière : les dédicaces de l'amphithéâtre de Lambèse le qualifient ensuite de consul désigné.

Selon Yvon Thébert, les travaux de 167 modifient assez profondément le plan primitif de l'établissement et conduisent à plusieurs solutions de compromis. Il rattache notamment à ces transformations la fermeture de la colonnade qui séparait le d'une salle chauffée, ainsi que la juxtaposition du grand bassin froid et de l'une des piscines chaudes du . Les vestiges témoignent ainsi de plusieurs états successifs de l'organisation des espaces balnéaires, dont certains aménagements ne correspondent plus au dispositif initial.

Boeswillwald, Cagnat et Ballu mettent cet agrandissement en relation avec l'accroissement de la population de Timgad, qui aurait rendu insuffisantes les installations primitives. L'agrandissement s'inscrit plus largement dans une importante phase de développement monumental de Timgad sous Marc Aurèle. Durant la légation de Lucceius Torquatus, entre 167 et 169, la cité connaît l'inauguration de plusieurs monuments et aménagements, parmi lesquels le théâtre, deux temples, une place et l'agrandissement des grands thermes de l'Est. Tourrenc rattache cette activité édilitaire à une période de prospérité de la cité et souligne le rôle du légat dans son développement monumental.

Destruction et état de conservation vignette|alt=Porte voûtée en briques entre des murs ruinés, avec les colonnes de la porte de Meskoula à l’arrière-plan.|Porte intérieure des thermes avec la porte de Meskoula à l’arrière-plan.

L'état de conservation des thermes de l'Est varie fortement selon les secteurs de l'édifice. La partie orientale, construite en grande partie au-dessus de sous-sols, a subi les destructions les plus importantes : l'effondrement des niveaux supérieurs y a entraîné la disparition d'une grande partie du rez-de-chaussée, notamment dans l'angle nord-est du bâtiment. La lecture de ce secteur est par conséquent rendue difficile par l'effondrement de sa partie septentrionale et par le mauvais état des vestiges subsistants. À l'inverse, le secteur occidental, qui concentre les principales salles balnéaires, est sensiblement mieux conservé. Plusieurs sols établis sur des piliers de briques ont notamment subsisté avec une partie de leurs supports.

L'état actuel du monument résulte également de plusieurs transformations intervenues au cours de son utilisation. L'agrandissement attesté en 167 paraît avoir profondément modifié le plan primitif de l'établissement. Dans le secteur chauffé, certaines dispositions observées lors des fouilles correspondent à des remaniements postérieurs. Thébert relève notamment qu'une colonnade séparant le d'une salle chauffée pourrait appartenir à un premier état du monument avant d'être partiellement condamnée. Dans le grand méridional, la destruction d'une piscine et son remplacement par un nouveau foyer témoignent également d'une modification des installations thermiques.

Les pavements conservent d'autres indices de ces réfections successives. Dans l'une des salles chauffées, une ancienne mosaïque est recouverte d'une couche de chaux et de briques pilées, interprétée par Boeswillwald, Cagnat et Ballu comme une réfection tardive destinée à éviter une restauration plus coûteuse du décor. La mosaïque figurée du présente elle aussi des réparations anciennes : certaines parties ont été reprises avec des tesselles plus grandes et assemblées moins soigneusement, tandis que son tableau central a été recouvert d'une mince couche de ciment. La seule volonté de limiter le coût des réparations ne suffit toutefois pas à expliquer ce recouvrement, puisque le reste du pavement est demeuré apparent.

L'état des mosaïques évolue encore après le dégagement du monument au début du . Plusieurs pavements signalés par les premiers fouilleurs ont disparu ou ne subsistent plus que sous forme de fragments lorsque Suzanne Germain reprend leur étude. Les mosaïques autrefois observées dans la grande salle et les galeries de la partie orientale ne laissent ainsi plus aucune trace. Dans le grand , le pavement à étoiles à quatre branches, déjà signalé en très mauvais état, a entièrement disparu, tandis que dans l'étuve seule une portion de bordure demeure in situ près du mur septentrional.

Cette succession de destructions, de réfections et de remaniements rend difficile l'établissement d'une chronologie précise des pavements conservés. Germain souligne que la longue durée d'utilisation des thermes, depuis leur construction au , a nécessairement entraîné des réparations et des transformations ; elle considère néanmoins comme difficile de faire remonter les mosaïques parvenues jusqu'à l'époque contemporaine aux débuts de l'utilisation de l'établissement. Thébert aboutit à une observation comparable en considérant que les pavements mosaïqués conservés paraissent postérieurs aux importantes transformations architecturales intervenues au cours de l'histoire du monument.

Fouilles et études vignette|alt=Étroit couloir entre deux murs antiques en pierre, avec une petite ouverture à son extrémité.|Étroit couloir longeant un mur des Grands Thermes de l'Est.

Le dégagement des grands thermes de l'Est commence en 1902, dans le cadre des fouilles menées à Timgad au début du . Albert Ballu publie dès 1903 une première étude détaillée de l'établissement, accompagnée d'un plan et d'une description de son organisation architecturale, de ses installations thermales et de ses pavements. Les fouilles livrent également différents éléments de mobilier, parmi lesquels des vases et des tuyaux de plomb, ainsi que plusieurs inscriptions. Ballu publie notamment les fragments alors connus de l'inscription commémorant l'agrandissement des thermes et, à partir de la titulature impériale, date ces travaux de 167. Le dégagement met aussi au jour dans le la mosaïque représentant Neptune sur son char, transférée au musée de Timgad dès cette première phase des recherches.