Los baños de Argel (« Les Bagnes d'Alger ») est une comédie de captifs de l'écrivain et soldat espagnol Miguel de Cervantes, inspirée en partie de son expérience de captivité à Alger. La pièce met en scène la vie et les épreuves de captifs chrétiens détenus dans les bagnes d'Alger, ainsi que leurs tentatives de libération et d'évasion.
L'œuvre reprend et développe le thème de la captivité déjà abordé par Cervantès dans Los tratos de Argel, pièce composée vers 1582 à la suite de son retour de captivité. Los baños de Argel est toutefois une œuvre plus tardive, dont la date de composition demeure discutée et qui présente une structure dramatique plus complexe. Elle est publiée en 1615 dans le recueil Ocho comedias y ocho entremeses nuevos nunca representados.
Intrigue La pièce met en scène le sort de captifs chrétiens détenus à Alger par les pirates barbaresques. Yzuf et Cauralí capturent notamment un groupe composé d'un sacristain, qui joue le rôle comique du gracioso, d'un vieillard accompagné de ses deux petits-enfants et de la jeune Costanza. Fernando, qui aime Costanza, rejoint le groupe en se jetant à la mer afin de ne pas être séparé d'elle.
Parallèlement, Zahara, amoureuse du captif don Lope, cherche à favoriser sa libération. Elle lui fait parvenir de l'argent accompagné de lettres dans lesquelles elle lui exprime son amour et lui fait part de son désir de devenir chrétienne et de partir avec lui en Espagne, où elle souhaite l'épouser.
Les captifs espagnols sont ensuite conduits dans les « bagnes », terme désignant les lieux de détention des esclaves chrétiens à Alger. Fernando repousse les avances de Halima afin de rester fidèle à Costanza, qui est au service de celle-ci. Le vieillard assiste au martyre de l'un de ses petits-enfants, exécuté pour avoir refusé d'adopter la loi musulmane. Finalement, le groupe de captifs parvient à s'échapper par mer et à gagner l'Espagne.
Alger devient ainsi le reflet de l'expérience de captivité de Cervantès et de son parcours ultérieur, tout en constituant une source d'inspiration essentielle de son œuvre dramatique. Cette expérience se traduit notamment par une intrigue fondée sur la confrontation entre les univers maure et chrétien, incarnés par Zahara et Don Lope, autour d'une histoire d’amour. L’auteur privilégie toutefois le mouvement de l'action et l'enchaînement des scènes au détriment d'une analyse approfondie de la psychologie des personnages.
Historique et analyse La pièce s'inspire d'une œuvre antérieure de Cervantès, Los tratos de Argel, composée en 1582, qui traite également de la captivité chrétienne à Alger. Elle s'inscrit plus largement dans le théâtre consacré par Cervantès au cadre méditerranéen marqué par les affrontements entre mondes chrétien et musulman, aux côtés notamment de El gallardo español et La gran sultana. La pièce appartient ainsi à un ensemble d'œuvres dans lesquelles Cervantès explore la captivité, les relations entre les mondes chrétien et musulman et l'univers méditerranéen de son époque.
Los baños de Argel n'est connue que par son édition de 1615, publiée dans le recueil Ocho comedias y ocho entremeses nuevos nunca representados. L'édition originale, publiée à Madrid par Francisca de Medina, veuve d'Alonso Martín de Balboa, est conservée à la Bibliothèque nationale d’Espagne.
La dimension autobiographique de l'œuvre est notamment liée à l'expérience de captivité de Cervantès à Alger. María Antonia Garcés analyse ainsi les rapports entre l'expérience algéroise de Cervantès et son œuvre. À l’époque de Cervantès, Alger est une grande capitale méditerranéenne cosmopolite, marquée par la diversité des populations et des langues, notamment la « langue franque », et par la présence de nombreux captifs chrétiens. Les cinq années de captivité de Cervantès à Alger ont profondément marqué sa personnalité et son œuvre, faisant de la ville une source littéraire majeure et un véritable lieu d'écriture.
La date de composition demeure discutée. Plusieurs auteurs la situent vers 1600 et estiment que Cervantès aurait cherché à corriger, réfuter ou imiter Los cautivos de Argel (1599) de Lope de Vega, consacrée au même thème. Ana Roig propose cependant une datation comprise entre 1606 et 1610, ce qui rattacherait la pièce à la seconde période du théâtre de Cervantès, marquée par un rapprochement avec l'esthétique de Lope de Vega.
La pièce est postérieure à Los tratos de Argel de Cervantès et à Los cautivos de Argel de Lope de Vega, auxquels elle fait allusion. Sa construction est relativement complexe : elle commence in medias res, comporte une scène métathéâtrale au début de la troisième journée, présente une narration fragmentaire et recourt fréquemment aux apartés des personnages. La chronologie des événements est également inversée.
Le personnage du gracioso est incarné par un sacristain antisémite. Personnage comique récurrent de la espagnole, le gracioso joue généralement le rôle d’un valet et sert de contrepoint au personnage noble, introduisant dans l'action des éléments comiques et burlesques. La pièce accorde une place importante à l'histoire d'amour entre Zahara et don Lope. Cervantès privilégie ici la structure de l'action au détriment de la psychologie des personnages. Certains chercheurs estiment par ailleurs que la structure originale comportait quatre actes, et non les trois de l'édition imprimée.
Anne Teulade souligne plus largement l'hétérogénéité du théâtre de Cervantès, dont les œuvres se caractérisent par la diversité des sujets et des formes dramatiques, sans se conformer à un modèle unique. Los baños de Argel participe ainsi à cette diversité, tant par son sujet que par sa construction dramatique
Mise en scène La première mise en scène de la pièce est réalisée par pour le Centre dramatique national. Présentée le au de Madrid, cette version constitue une adaptation importante de l’œuvre cervantine. Nieva en assure la version et la mise en scène, tandis que la scénographie et les costumes sont réalisés avec Juan Antonio Cidrón. Le spectacle réunit une importante distribution et associe au texte théâtral la musique, la danse et une scénographie particulièrement développée. La presse souligne alors l’ampleur et la dimension visuelle du montage, ainsi que les libertés prises par Nieva dans son adaptation. Le spectacle reçoit un accueil favorable du public et contribue à renouveler l’intérêt porté au théâtre de Cervantès.
Références
Bibliographie
Liens externes
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