La Fille de Léningrad (, ) est un drame de guerre soviétique réalisé par Viktor Eïssymont et sorti en 1941.

Le film, qui raconte le travail d'un hôpital de première ligne pendant la guerre d'Hiver, est sorti en mai 1941 et n'a pas eu le temps de toucher un public de masse, mais il a néanmoins reçu de nombreuses critiques enthousiastes dans la presse ; les membres de l'équipe de tournage ont reçu le prix d'État de l'URSS, degré II (1942).

Avec le début de la guerre, un court métrage de propagande est tourné : ( « Les Amies du front »), avec les mêmes actrices.

En 1943, un remake du film, intitulé Three Russian Girls est tourné aux États-Unis par Fedor Ozep.

Synopsis Dans les locaux du comité municipal de la Croix-Rouge russe, l’ambiance est bruyante et il y a du monde : on procède à l’inscription des volontaires dans l’équipe d’infirmières qui devra travailler dans un hôpital situé près du front. Certaines des jeunes femmes volontaires avouent avoir peur des coups de feu et du sang ; d’autres, refusées en raison de leur trop jeune âge, se disputent avec le responsable des inscriptions et menacent d’écrire à Kliment Vorochilov, commissaire du peuple à la Défense.

La commandante de l’unité, Natacha Matveïeva (Zoïa Fiodorova), se montre confiante. Elle s'engage en toute conscience parmi les volontaires afin d’être plus proche de son fiancé, le lieutenant Sergueï Korovine (Andreï Abrikossov). La rencontre a lieu le lendemain matin à la gare ; en se quittant, les jeunes gens se promettent de s’écrire dès qu’ils en auront l’occasion.

Lorsque les infirmières arrivent à destination, elles découvrent qu’il n’y a pas encore d’hôpital à proprement parler. Le médecin militaire qui accueille les volontaires leur confie une mission : il faut remettre en état un bâtiment abandonné, aller chercher de l’eau et préparer un lieu où passer la nuit. Bientôt, les blessés commencent à affluer.

Quelques jours plus tard, le médecin informe Natacha que le salle réservée aux malades graves accueille l’éclaireur Andreï Morozov (Boris Blinov), qui nécessite des soins particuliers et une surveillance constante. Natacha prend sous sa protection ce héros dont même les journaux ont parlé. Elle passe de longs moments à discuter avec lui, lui lit à haute voix des extraits de Guerre et Paix et lui chante des chansons émouvantes en s'accompagnant à la guitare. Morozov, d’ordinaire renfrogné et taciturne, commence peu à peu à s'ouvrir ; il devient évident que Natacha représente pour lui bien plus qu’une simple infirmière.

Quant à l'héroïne elle-même, elle refuse catégoriquement d’admettre qu'elle éprouve pour l’éclaireur blessé autre chose que de la compassion fraternelle : elle répète, tant à elle-même qu’à ses amies, qu’elle a un fiancé qui sert quelque part dans les environs. La jeune fille ignore encore qu'elle se retrouvera bientôt elle-même dans une chambre d’hôpital et qu'elle comptera sur Morozov pour lui apporter exactement le même soutien.

Fiche technique Titre français : La Fille de Léningrad Titre original : , Réalisation : Viktor Eïssymont Scénario : Vladimir Nedobrovo, Photographie : Musique : Vissarion Chebaline Décors : Fiodor Bernchtam Société de production : Lenfilm Pays de production : Langue originale : russe Format : Noir et blanc - 1,37:1 - 35 mm - son mono Durée : Genre : drame de guerre Dates de sortie : Union soviétique :

Distribution Zoïa Fiodorova : Natacha Matveïeva, commandante d'escouade Andreï Abrikossov : Serguéï Korovine, lieutenant Boris Blinov : Andreï Morozov, éclaireur Iouri Toloubeïev : Braguinski : médecin militaire Vladimir Abramov : chauffeur : Zina Maslova : Tamara Kozlova : Tchijik Iekaterina Melentieva : Choura

Accueil critique À la mi-juin 1941, le magazine La Travailleuse consacre une critique au film ; son correspondant souligne que les créateurs de La Fille de Léningrad ont eu le goût artistique d'« éviter aussi bien le naturalisme grossier que le sentimentalisme mièvre ». La prestation de Zoïa Fiodorova est particulièrement saluée : l'actrice façonne son rôle « avec délicatesse, sans forcer le trait », livrant une interprétation convaincante tant dans les scènes lyriques que dans les séquences de combat.

Le numéro de mai 1941 du magazine Sanitarnaïa oborona ( « Défense sanitaire ») publie non seulement des images du film, mais aussi les paroles et les partitions des chansons qui y figurent (paroles de Sergueï Mikhalkov et , musique de Vissarion Chebaline).

Une critique publiée trente ans après la sortie de La Fille de Léningrad met en évidence les défauts du scénario ; les auteurs, éloignés de la réalité des événements de guerre, ont construit l'intrigue « selon les règles mécaniques de la narration ». Privé de la possibilité de concrétiser pleinement la vision créative de l'œuvre, le réalisateur se concentre alors sur la direction d'acteurs Кремлев Г. Виктор Эйсымонт // 20 режиссёрских биографий. — М.: Искусство, 1971. — 408 с. :

Dans une analyse des films consacrés à la guerre d'Hiver, l'auteur d'un article du journal Krasnaïa Zvezda souligne que La Fille de Léningrad présente des affinités thématiques avec les films Dans la tanière de l'ennemi de Ievgueni Chneïder et Machenka de Iouli Raïzman. Ils partagent une même visée de propagande ; en particulier, dans deux de ces œuvres (Machenka et La Fille de Léningrad), l'ennemi n'est pas étoffé, apparaissant plutôt comme une figure abstraite, une « silhouette en uniforme étranger ».

Par ailleurs, les critiques ont relevé des similitudes scénaristiques entre La Fille de Léningrad et le film Ici les aubes sont calmes Заозерская А. Три плюс два: 5 знаменитых фильмов по сценариям Сергея Михалкова // Вечерняя Москва. — 2014. — № 12 марта., tout en notant l'absence de ce « chauvinisme regrettable » propre aux films d'avant-guerre tels que Les Combattants (1939) d'Edouard Pentsline et Si demain c’est la guerre (1938) de Iefim Dzigan, , et .

Évoquant le prix Staline qu'il a reçu pour La Fille de Léningrad, Sergueï Mikhalkov s'est rappelé ce qu'il a ressenti lors de la remise de la récompense : l'idée dominante était qu'on lui avait accordé un « sauf-conduit », l'assurance que « l'on ne m'arrêtera pas désormais » С. Михалков. Я был советским писателем. — М.: ИН-СОФТ, 1992..

Notes et références

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