Le racisme antinoir en Mauritanie désigne les formes de racisme, de discrimination et de marginalisation visant les populations noires de Mauritanie.
Il concerne principalement deux ensembles dont les situations historiques diffèrent : les Haratins, généralement arabophones et historiquement liés aux structures de l'esclavage en Mauritanie, et les populations afro-mauritaniennes, principalement halpulaar, Soninkés et Wolofs, établies en particulier dans la vallée du fleuve Sénégal.
Ces discriminations ont pris des formes sociales, économiques et politiques. Elles culminent entre 1989 et 1991 avec l'expulsion de dizaines de milliers de Mauritaniens noirs vers le Sénégal et le Mali, des confiscations de terres et de biens ainsi qu'une purge meurtrière au sein des forces armées et de l'administration.
Contexte social et politique
La société mauritanienne est historiquement structurée par des distinctions de statut, de langue et d'origine qui ne se réduisent pas à la seule couleur de peau. Les Beidanes, traditionnellement appelés « Maures blancs », et les Haratins partagent largement la langue hassanya et une culture maure, tandis que les principales communautés afro-mauritaniennes parlent le pulaar, le soninké ou le wolof. Les Haratins sont issus en grande partie de populations anciennement réduites en esclavage et ont conservé une position sociale et économique défavorisée après les abolitions légales de l'esclavage.
Après l'indépendance, les tensions portent également sur la place de l'arabe et du français, l'accès aux emplois publics et le contrôle des terres agricoles de la vallée du Sénégal. En 1986, les Forces de libération africaines de Mauritanie diffusent le Manifeste du Négro-Mauritanien opprimé, qui dénonce la marginalisation des populations noires. Plusieurs militants, fonctionnaires et intellectuels noirs sont ensuite arrêtés, emprisonnés ou torturés.
Expulsions et violences de 1989 à 1991
En avril 1989, un incident frontalier entre éleveurs mauritaniens et agriculteurs sénégalais provoque une crise entre la Mauritanie et le Sénégal. Des violences communautaires éclatent dans les deux pays. À Dakar, des Mauritaniens sont tués et leurs commerces pillés ; à Nouakchott et dans d'autres localités mauritaniennes, des Sénégalais ainsi que des Mauritaniens noirs sont pris pour cible. Les causes de la crise dépassent cependant l'incident frontalier et comprennent des tensions anciennes concernant les terres, les migrations, les rapports entre communautés et les politiques nationales des deux États.
Lors des opérations organisées pour rapatrier les ressortissants des deux pays, les autorités mauritaniennes expulsent également des citoyens mauritaniens noirs, principalement halpulaar, soninkés et wolofs. Des fonctionnaires, enseignants, syndicalistes, agriculteurs et éleveurs figurent parmi les personnes expulsées. Des cartes d'identité sont confisquées ou détruites et des terres, du bétail et d'autres biens sont saisis.
À la fin de 1993, les Nations unies estimaient qu'environ réfugiés mauritaniens se trouvaient au Sénégal et au Mali. Les expulsions s'accompagnent d'exécutions extrajudiciaires, de tortures, de violences sexuelles et de confiscations de biens.
Entre octobre 1990 et janvier 1991, environ Mauritaniens noirs sont arrêtés, en particulier dans les forces armées mais aussi parmi les fonctionnaires et les civils. Entre 500 et 600 personnes meurent sous la torture ou sont exécutées selon les investigations ultérieures de Human Rights Watch. À Inal, dans la nuit précédant la fête de l'indépendance du 28 novembre 1990, plusieurs dizaines de militaires noirs détenus sont pendus ; cet épisode devient l'un des symboles de la répression de cette période.
Reconnaissance des violations et retour des expulsés
En 1993, une loi d'amnistie protège de poursuites les membres des forces armées et de sécurité pour les infractions commises au cours de la période 1989-1992. En 2000, la Commission africaine des droits de l'homme et des peuples conclut que la Mauritanie a connu durant cette période des violations graves ou massives de plusieurs dispositions de la Charte africaine des droits de l'homme et des peuples. Elle demande une enquête indépendante sur les disparitions, le remplacement des pièces d'identité confisquées, le retour des expulsés, la restitution des biens et l'indemnisation des victimes.
Un programme de rapatriement volontaire organisé à partir de 2008 par le Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés et les gouvernements mauritanien et sénégalais permet le retour de réfugiés depuis le Sénégal jusqu'en mars 2012. Beaucoup avaient vécu plus de vingt ans en exil et certains étaient nés au Sénégal.
Discriminations contemporaines
Les inégalités raciales et statutaires ne disparaissent pas avec le retour des réfugiés. Les Haratins et les Afro-Mauritaniens restent confrontés à des difficultés d'accès à l'emploi, à la propriété foncière, aux fonctions publiques et aux documents d'état civil. La hiérarchie sociale liée à la couleur de peau et à l'ascendance demeure visible dans la société mauritanienne contemporaine.
En 2024, le Comité des droits économiques, sociaux et culturels des Nations unies constate la persistance de discriminations et d'une exclusion sociale affectant les communautés haratine et afro-mauritaniennes, ainsi que les victimes et descendants de l'esclavage. Il relève également les difficultés rencontrées pour l'enregistrement à l'état civil et l'obtention de documents d'identité, avec des conséquences sur l'accès à l'éducation, à l'emploi formel et à la propriété foncière.
Notes et références
Voir aussi
Articles connexes Racisme antinoir Esclavage en Mauritanie Haratins Conflit sénégalo-mauritanien Forces de libération africaines de Mauritanie Démographie de la Mauritanie Histoire de la Mauritanie
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