British South American Airways (BSAA) est une ancienne compagnie aérienne publique du Royaume-Uni, active du milieu à la fin des années 1940. Elle assure alors les liaisons britanniques vers les Caraïbes et l’Amérique du Sud. Fondée sous le nom de British Latin American Air Lines, elle est rebaptisée en 1945, avant le lancement de ses services l’année suivante.
Son exploitation repose principalement sur des appareils Avro — des York, des Lancastrian et des Tudor — qui desservent les Bermudes, les Antilles, le Mexique et la côte occidentale de l’Amérique du Sud. La disparition, très médiatisée, de deux de ses avions au-dessus de l’Atlantique précipite son absorption par la British Overseas Airways Corporation (BOAC), effective le .
La plupart de ses appareils portent un nom commençant par Star (« étoile »), en référence aux astres utilisés de longue date pour la navigation astronomique à longue distance.
Histoire
Origines et création (1944-1946)
La British Latin American Air Lines Ltd. (BLAIR) est constituée le par un groupe d’armateurs — la Royal Mail Lines, la Pacific Steam Navigation Company, la Lamport & Holt Line, la Booth Steamship Company et la Blue Star Line — soucieux de compléter par la voie aérienne leurs services maritimes vers l’Amérique du Sud. Le , la société prend le nom de British South American Airways. Son président est J. W. Booth.
En attendant la mise à disposition de l’Avro Tudor II, les premiers appareils retenus sont des Avro Lancaster transformés par Avro dans une configuration proche de celle de l’Avro Lancastrian ; les équipages sont recrutés parmi d’anciens membres de la Pathfinder Force, dont le directeur général Don Bennett avait été le commandant durant la guerre. La seule liaison prévue relie alors Hurn à Buenos Aires, via Lisbonne, Bathurst, Natal, Rio de Janeiro et Montevideo.
Le , le premier Lancastrian de la compagnie, le Star Light, piloté par Don Bennett et R. Clifford Alabaster, effectue le premier vol au départ de l’aéroport de Heathrow tout juste ouvert : un vol de qualification à destination de l’Amérique du Sud, qui rallie Rio de Janeiro en trente-quatre heures. La compagnie avait d’ailleurs été la première à se poser sur la piste en dur de Heathrow, dès le , avec un Lancastrian également piloté par Bennett. Le premier vol commercial suit dix semaines plus tard.
Une société nationalisée (1946-1947)
À l’approche de la nationalisation du transport aérien britannique, la compagnie passe sous le contrôle de la British Overseas Airways Corporation. L’adoption du , qui institue trois sociétés d’État, en fait une entreprise publique le , chargée de développer les liaisons entre le Royaume-Uni et l’Amérique du Sud. Cette mission est ensuite étendue, plus tard dans l’année, aux routes vers les Antilles, l’Amérique centrale et la côte ouest de l'Amérique du Sud.
En , la BSAA conclut un accord avec la British West Indian Airways (BWIA), destinée à devenir une société associée : la BSAA en acquiert la majorité des actions et lui apporte conseil technique et supervision générale. En , elle entame une série de vols d’essai vers les Bermudes à bord d’un Avro Lancaster converti, ravitaillé en vol au-dessus des Açores pour boucler le trajet en vingt heures.
Le , le Lancastrian Star Dust s’écrase en Argentine, tuant l’ensemble de ses occupants. Malgré ce revers, la compagnie dégage un excédent de livres sterling au cours de son premier exercice sous contrôle public (août 1946 – mars 1947), là où les deux autres sociétés d’État, la BOAC et la BEA, accusent une perte cumulée de livres. Au , elle emploie personnes et a transporté passagers depuis août 1946. Pour la navigation, ses Lancastrian et ses York recourent au radar militaire Gee au-dessus de l’Europe et au système Rebecca de l’autre côté de l’Atlantique.
Les disparitions et la fusion avec la BOAC (1948-1950)
Le , l’Avro Tudor Star Tiger, avec six membres d’équipage et vingt-cinq passagers à destination des Bermudes, disparaît au-dessus de l’Atlantique. Les Tudor restants sont immobilisés le temps d’une enquête. En février, le directeur général Don Bennett est démis de ses fonctions par le conseil d’administration ; en mars, les Tudor sont de nouveau autorisés à voler, d’abord comme seuls avions-cargos. Sur l’exercice avril 1947 – mars 1948, la compagnie enregistre une perte de livres sterling.
Le transport de passagers par Tudor reprend le , avec une nouvelle desserte de Kingston, en Jamaïque. En décembre, les Tudor remplacent les Lancastrian sur les lignes de La Havane et de la côte occidentale de l’Amérique du Sud. À partir de , la compagnie stationne des Tudor à Wunstorf pour participer au pont aérien de Berlin, chaque appareil acheminant d’essence ou de fioul ; en avril 1949, cinq de ses avions y sont engagés. En décembre 1948, elle a convoyé plus d’un million de gallons d’essence vers Berlin en plus de sept cents rotations, essentiellement au moyen de Tudor V ravitailleurs à cinq réservoirs.
En , la BSAA rachète la Bahamas Airways ; avec la BWIA, celle-ci doit servir de compagnie d’apport pour ses services caribéens. Le , dans une répétition presque exacte du drame du Star Tiger, le Tudor Star Ariel disparaît à son tour au-dessus de l’Atlantique lors d’un vol au départ des Bermudes, avec sept membres d’équipage et treize passagers à son bord. Dans l’attente de l’enquête, la compagnie retire ses Tudor du service.
En , la disparition du Star Ariel demeurant inexpliquée, les Tudor IV définitivement interdits de transport de passagers et faute d’autres long-courriers, le gouvernement propose de fusionner la compagnie avec la BOAC — dont les avions acheminaient déjà, via New York, les passagers de la BSAA à destination des Bermudes. Les Saunders-Roe Princess commandés par la compagnie ne devant être livrés qu’en 1951, le transfert des Canadair North Star destinés à la BOAC est un temps envisagé. Le , le ministre de l’Aviation civile annonce la fusion des deux sociétés.
À la suite de l’, la British South American Airways Corporation devient la division sud-américaine de la BOAC ; la fusion devient effective le .
Bases
La compagnie utilise l’aérodrome de Langley pour la maintenance avant de transférer l’ensemble de ses opérations à l’aéroport de Londres-Heathrow.
Flotte
vignette|L’Avro Anson Star Visitant, avion de liaison de la BSAAC arborant son immatriculation complète, à l’aéroport de Manchester en mars 1949. vignette|L’Avro 688 Tudor 4B Star Olivia (G-AHNI), en 1949. vignette|L’Avro 688 Tudor 4B cargo Super Trader, semblable au Star Tiger et au Star Ariel. vignette|Un ancien Tudor V de la BSAA, entreposé en 1953.
La compagnie a exploité les types suivants :
Airspeed Consul — deux appareils employés à l’entraînement à la navigation et à la radio ; Airspeed Oxford — un appareil d’entraînement à la navigation et à la radio ; Avro 19 série 2 — un appareil affecté aux liaisons et au convoyage d’équipages ; Avro Lancastrian 2 — deux appareils de neuf places acquis en décembre 1947 et février 1948, complétés par deux autres achetés pour pièces ; Avro 691 Lancastrian 3 — six appareils de treize places, à l’origine des premiers services début 1946 ; Avro 691 Lancastrian 4 — deux appareils achetés en 1948, engagés par la suite dans le pont aérien de Berlin ; Avro Lancaster cargo — début 1946, la compagnie fait convertir quatre bombardiers en avions-cargos à nez allongé ; Avro Tudor cargo 1 — deux appareils ; Avro Tudor 4 — quatre appareils, version 32 places dépourvue de poste de mécanicien de bord ; Avro Tudor 4B — deux appareils, version 32 places conservant ce poste ; Avro Tudor 5 — cinq appareils, version 44 places jamais mise en service commercial, utilisée comme avion-citerne lors du pont aérien de Berlin ; Avro York ; Percival Proctor III — un appareil de liaison et d’entraînement ; Saunders-Roe Princess — grand hydravion, commandé mais jamais construit.
Accidents et incidents
Le Star Dust
Le , le Lancastrian Star Dust, avec onze personnes à son bord, disparaît lors d’un vol reliant Buenos Aires à Santiago, au Chili. L’épave n’est identifiée qu’une cinquantaine d’années plus tard, dans un glacier du Tupungato, en Argentine, l’appareil s’étant encastré à haute altitude dans la montagne. Son dernier message en morse, achevé par le mot inexpliqué « STENDEC », est resté célèbre parmi les énigmes de l’aviation.
Le Star Tiger et le Star Ariel
Le Star Tiger et le Star Ariel étaient deux Avro Tudor IV perdus corps et biens au-dessus de l’Atlantique. Ces deux disparitions, jointes à celle, inexpliquée, d’un au sud de Miami le et à la perte du Vol 19 de l’US Navy le , ont nourri la légende du triangle des Bermudes.
Star Tiger
Le , à 15 h 33, le Star Tiger décolle de Santa Maria, aux Açores, pour la dernière étape vers les Bermudes, terme d’un vol parti d’Angleterre ; il doit couvrir les quelque en douze heures et demie. Tôt le lendemain, après un dernier compte rendu de position à environ des Bermudes, le contact est perdu ; à l’heure prévue d’atterrissage, une opération de recherche est déclenchée, sans résultat. L’enquête, au cours de laquelle l’avocat général Hartley Shawcross énuméra sept causes possibles, ne put en établir aucune avec certitude. Parmi les victimes figurait le maréchal de l’air Arthur Coningham.
Star Ariel
Le Star Ariel (G-AGRE) quitte les Bermudes pour Kingston le . Peu après le décollage, le commandant John McPhee transmet un message de départ standard annonçant une arrivée à 14 h 10, suivi d’un unique compte rendu de position — « J’étais au-dessus de 30° N à 9 h 37. Je passe sur la fréquence MRX. » On n’entendra plus jamais parler de l’appareil. Plus de soixante-dix avions et de nombreux navires, dont les porte-avions et et le cuirassé , ratissent la zone jusqu’à près de au sud des Bermudes, sans retrouver le moindre débris ni nappe d’hydrocarbures. Le Tudor IV est par la suite définitivement abandonné.
Autres accidents
: l’Avro 685 York I Star Leader (G-AHEW), assurant la liaison Londres–Buenos Aires via Lisbonne, Bathurst, Natal, Rio de Janeiro et Montevideo, perd le contrôle et s’écrase peu après son décollage de Bathurst. La cause n’a pu être établie avec certitude, une erreur de pilotage restant l’explication la plus probable ; les vingt-quatre occupants périssent. : à l’atterrissage, le G-AGWJ perd son train, part en embardée hors de la piste et est réformé, sans faire de victime. : après trois remises de gaz par mauvaise visibilité à l’aéroport de Dakar-Yoff, le York G-AHEZ, à court de carburant, se pose brutalement sur le ventre et se rompt en deux ; l’accident fait six morts. : l’Avro York Star Venture (G-AHEX) subit un incendie moteur et se pose en catastrophe près de Rio de Janeiro, tuant trois personnes. L’Avro York Star Dale (G-AHFA), vendu à Skyways, disparaît le ().
Notes et références
Notes
Références
Voir aussi
Bibliographie . . .
Articles connexes British Overseas Airways Corporation BWIA West Indies Airways Histoire de British Airways Liste des compagnies aériennes disparues du Royaume-Uni
Liens externes
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